Dossier Tendances RH 2024

François-Xavier Moronval : “Les DRH doivent encourager les collaborateurs à faire des pauses et à se dépenser régulièrement”

le 29 janvier 2024
François-Xavier Moronval : “Les DRH doivent encourager les collaborateurs à faire des pauses et à se dépenser régulièrement”
François-Xavier Moronval
François-Xavier Moronval

François-Xavier Moronval est médecin urgentiste à l’hôpital d’Épinal, dans les Vosges. Il est responsable du Centre d’Enseignement des Soins d’Urgence (CESU) ainsi que Référent des Situations sanitaires exceptionnelles (SSE). Aussi connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme Doc FX, il devient populaire au niveau national pendant la crise sanitaire, grâce à de nombreuses prises de parole ayant pour but d’expliquer et de rappeler les bons gestes. Sa chaîne YouTube @DOC FX, compte aujourd’hui près de 14 000 abonnés. 

François-Xavier Moronval est médecin urgentiste. Plus connu sous le pseudonyme Doc FX, il se fait connaître en 2019 grâce aux vidéos qu’il publie sur sa chaîne YouTube, vulgarisant plusieurs sujets de santé. Lorsqu’on l’interroge sur les tendances RH 2024, son message est clair : la santé physique et mentale des salariés doit être la priorité des professionnels RH. Entre sédentarité, manque de sommeil et addiction aux écrans, les entreprises ont un rôle capital à jouer. 

LA tendance RH qui fera 2024 ?

Je dirais la faculté des DRH et des salariés à faire, à la fois, preuve de pluridisciplinarité et d’adaptabilité. En milieu hospitalier, comme dans tous les secteurs d’activité, il est indispensable d’être flexible et de s’adapter au jour le jour à toutes les situations, inédites parfois, qui se présentent. Le principal enjeu de la fonction RH cette année sera donc de recruter, ou de former, des collaborateurs capables de jongler d’une mission à l’autre, d’un poste à un autre pour répondre aux besoins du moment et être en mesure de faire face à l’imprévisible. Selon moi, le secret de la longévité d’un urgentiste, c’est justement cette pluralité dans les missions : côtoyer des patients différents, faire de l’urgence vitale puis de la régulation, de la formation, etc. Je suppose qu’il en va de même pour tous les métiers. 

Sédentarité professionnelle : comment prévenir ses conséquences sur la santé des collaborateurs, en entreprise ?

Le rôle des entreprises, et en particulier de la fonction RH, est d’informer des risques de la sédentarité professionnelle sur la santé physique et mentale des salariés, mais également de leur proposer des solutions. Selon moi, il faut que les messages de prévention adressés aux collaborateurs soient très directs. Rien ne sert de passer par quatre chemins : une communication claire et transparente est de rigueur. Les DRH doivent encourager les collaborateurs à faire des pauses et à se dépenser régulièrement. Instaurer une politique de droit à la déconnexion, par exemple, garantissant aux collaborateurs des plages horaires où les mails et autres sollicitations sont interdits, peut être une première solution. Les DRH peuvent également encourager les salariés à pratiquer une activité physique en proposant des abonnements à des salles de sport ou, mieux, en mettant à disposition des équipements dédiés au sein même de l’entreprise.  

Le principal défi en matière de santé au travail, auquel sera confrontée la fonction RH en 2024 ?

Le manque de sommeil provoqué, entre autres, par l’utilisation grandissante et néfaste des écrans, qui agit directement sur la productivité des salariés et la performance de l’entreprise. C’est le mal du siècle : nous passons de plus en plus de temps les yeux rivés sur l’ordinateur, le smartphone ou encore la télévision, ce qui peut provoquer des insomnies régulières. Le manque de sommeil augmente les risques de maladies cardiovasculaires et d’AVC, provoque des sautes d’humeur, du stress et du surpoids. Le rôle des DRH est, à mon sens, de prévenir ces effets délétères et d’encourager les collaborateurs à se déconnecter afin de préserver leur santé. En Chine, par exemple, la sieste après le déjeuner est de coutume. Une tendance que l’on adopte de plus en plus aux urgences, en France. Certains responsables urgentistes imposent une période de sieste après les repas pour permettre aux médecins de se reposer et d’être en pleine possession de leurs moyens, même en fin de journée. Dans un secteur où nos actions impactent directement l’état de santé des patients, être fatigué peut s’avérer fatal. En entreprise, même si on ne sauve pas de vies, le manque de sommeil peut également avoir des répercussions néfastes, entraîner des erreurs, ou avoir des répercussions sur la santé mentale des collaborateurs.

Innover en matière de santé au travail, quel mode d’emploi ? 

J’aime beaucoup ce que propose Google en matière d’expérience collaborateur. Le côté détente, les infrastructures mises en place en ce sens, comme des salles de sieste ou de sport, la liberté dans les horaires, etc. Tous ces dispositifs permettent de ne plus vivre le travail comme une contrainte, mais comme quelque chose d’agréable. Pour moi, qui perçoit mon activité comme une passion plutôt qu’un métier, c’est fondamental.

Organiser des journées ou des ateliers en entreprise autour de la santé au travail est aussi un moyen efficace de sensibiliser les collaborateurs. À l’hôpital, des stands de prévention sont régulièrement installés pour que le personnel puisse rester informé. Les DRH, eux, peuvent puiser les renseignements nécessaires en termes de santé physique et mentale dans des livres, sur des sites officiels ou encore via des chaînes Youtube.  

2 soft skills indispensables à la culture d’une entreprise pour préserver la santé mentale de ses salariés ?

La flexibilité, dans un premier temps, dont doit faire preuve la fonction RH afin de préserver l’équilibre des salariés entre leurs vies professionnelle et personnelle. La tolérance et l’empathie sont aussi des qualités importantes, au sein des équipes notamment. Elles permettent de se mettre facilement à la place de l’autre, de l’écouter, ce qui peut être très utile dans le milieu professionnel. Ce n’est pas donné à tout le monde et, pourtant, c’est selon moi une soft skills indispensable à la cohésion et à la bonne marche d’une équipe. 

3 techniques à emprunter aux urgentistes pour aborder les situations de crise en entreprise avec sérénité ? 

Gérer les crises, c’est notre quotidien en tant qu’urgentistes. Pour cela, la clé est de savoir prioriser les urgences, mais surtout d’actualiser cette liste de priorités selon les événements de la journée et les patients qui se présentent. Cela nécessite de bonnes capacités d’analyse des situations et d’organisation. 

Les salariés sujets à l’hyperconnexion, qui ont l’habitude de voir leurs tâches interrompues par un mail, un appel ou une réunion, peuvent également s’inspirer de ces méthodes propres aux urgentistes. À l’hôpital, nous sommes sans cesse sollicités par le téléphone qui sonne, une famille qui nous interpelle, un nouveau patient dans un état critique, etc. Pour s’y retrouver, certains prennent des notes ou utilisent des pense-bêtes, tandis que d’autres, comme certaines infirmières par exemple, enfilent des chasubles de couleur pour indiquer qu’elles ne doivent pas être dérangées. C’est encore une fois une question d’organisation et de priorisation. 

Pour gérer ses émotions face à des situations parfois dramatiques, il est nécessaire de prendre du recul, de mettre de la distance entre ce que l’on vit la journée au travail et ce que l’on emporte à la maison le soir. Personnellement, je vois mon trajet en voiture comme un sas de décompression. Une petite demi-heure de route qui me permet de faire le vide. On organise aussi régulièrement des débriefings entre collègues pour parler de ce que l’on a vécu durant la journée. En entreprise, il est tout aussi important de verbaliser ses émotions, afin d’extérioriser ce que l’on ressent et de trouver les solutions adéquates. Prévoir un point hebdomadaire ou mensuel avec le manager pour échanger sur les problématiques rencontrées, me semble être un bon début. 

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Sportifs, politiques, médecins, entrepreneurs, humoristes etc. : 24 personnalités prennent la parole afin de nous livrer leur vision des RH et du monde professionnel de l’année à venir. Leurs interviews sont à retrouver du 15 décembre au 18 mars, sur le média Parlons RH. 

Crédit photo : @François-Xavier Moronval



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