Dossier Tendances RH 2024

Erwann Tison : « 46% des emplois actuels risquent de ne pas survivre à la révolution numérique »

le 09 février 2024
Erwann Tison : "46% des emplois actuels risquent de ne pas survivre à la révolution numérique"
Erwann Tison
Erwann Tison

Erwann Tison, économiste diplômé de l’Université de Strasbourg, actuellement directeur des études de l’Institut Sapiens, s’intéresse particulièrement aux mutations du marché du travail liées à la révolution numérique. Ce fut le thème de son premier essai « Les robots, mon emploi et moi » (Ed Eska, 2019).

Directeur des études à l’Institut Sapiens, Erwann Tison est également l’auteur de l’essai « Les robots, mon emploi et moi » (Ed Eska, 2019). Face aux défis du marché du travail moderne, il identifie les principales tendances des RH pour 2024. Quel modèle de travail hybride adopter ? Quel est l’impact de l’IA sur nos emplois et nos compétences ? Le représentant du think tank économique et social français et européen décrypte les changements organisationnels et technologiques qui influenceront la gestion des talents et souligne la nécessité d’une adaptation stratégique des entreprises.

LA tendance RH de 2024 ? 

La semaine de 4 jours et l’augmentation de la durée du congé parental sont, à mon avis, deux tendances qui vont prendre plus de poids dans les prochains mois. On observe, ici et là, de plus en plus d’entreprises qui communiquent sur leurs expérimentations de ces outils au sein de leur organisation. Ces annonces visent spécifiquement à augmenter l’attractivité desdites entreprises pour attirer de nouveaux talents, ce qui est essentiel dans cette période de difficultés de recrutements et de tensions sur les profils. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ces éléments extra-salariaux sont de plus en plus importants dans les arguments des organisations et séduisent de plus en plus de candidats.

Celle qui va droit dans le mur ? 

Je pense que le retour « forcé » au présentiel après avoir expérimenté le télétravail de manière quasi-industrielle n’est pas forcément une bonne idée. S’il est prouvé que le télétravail est bon pour la productivité (nous avons évalué qu’il génère une hausse de 20% de la productivité d’un actif par jour), il devient néfaste à partir de 2,5 jours par semaine (selon les estimations de la Commission européenne). Donc le 100% télétravail n’est pas une bonne idée. Mais le 100% présentiel ne l’est pas non plus, surtout après 4 années où les salariés ont pu s’approprier et adopter cette nouvelle méthode de travail. Imposer un retour en arrière en bridant les salariés sur une pratique qui est assimilée à un acquis social pourrait générer d’importants conflits facilement évitables.

« Robotisation » des métiers : qui est concerné ? 

Tout le monde ! C’est d’ailleurs ce qui caractérise le plus cette révolution industrielle par rapport aux précédentes. Pour la première fois dans notre histoire économique, les innovations vont bousculer tous les métiers, et plus uniquement les moins qualifiés. Cette verticalisation de l’effet social de la technologie appelle à d’importantes transformations et génère des craintes, car tout le monde sera concerné.

Néanmoins, il faut différencier deux types de profils : ceux ayant un emploi aux tâches reproductibles et répétitives, et les autres. Les premiers (comptables, banquiers, assureurs), représentant environ 46% de nos emplois actuels, risquent en effet de ne pas survivre à la révolution numérique. Ces exemples illustrent parfaitement le glissement vertical présenté précédemment, car ce sont principalement des Bac +2 / Bac+ 3 qui sont menacés, faisant mentir l’adage voulant que le diplôme serait la meilleure des protections contre le chômage. Les deuxièmes semblent, pour le moment, relativement protégés et seront au contraire « améliorés » par l’introduction des nouveaux outils. Ils gagneront en productivité en éliminant les tâches fastidieuses auxquelles ils sont confrontés au quotidien afin de pouvoir se concentrer sur les éléments dans lesquels leur talent représente la meilleure valeur ajoutée. 

La place de la formation et des compétences pour assurer les transformations numériques en 2024 ? 

Il faut qu’elle soit au premier rang. Ces dernières années, nous avons observé un important recul du nombre de salariés en formation. C’est un réel problème pour la mise à jour de leurs compétences et de leur capital humain. L’absence de formations intensives est pour nous une explication directe au recul de la productivité en France. Dans un environnement aussi mouvant que l’est notre époque, la formation représente notre meilleur outil pour accompagner le changement et apporter une solution efficace aux enjeux gigantesques auxquels seront confrontées les entreprises.

Extinction des métiers remplacés par l’IA : votre solution pour ne pas céder à la panique ? 

Regarder l’Histoire ! Au fil des années, quand la technologie détruisait un emploi, deux autres émergeaient à côté. À la fin du XVIIIᵉ siècle, au moment de la première Révolution Industrielle, plus de 80% des actifs dépendaient de l’agriculture. Avec la mécanisation, cette part est progressivement passée à moins de 3%. Pour autant, nous n’avons pas assisté à une explosion du chômage, mais au développement de nouvelles activités économiques pourvoyeuses d’emplois nouveaux et de croissance.

Rappelons que cette technologie, l’IA, si elle est porteuse d’immenses promesses, ne sera vraisemblablement pas en mesure de remplacer la plupart des tâches spécifiques à l’humain. Les métiers basés sur la créativité, les relations humaines et sociales, l’empathie, le dialogue et l’analyse seront difficilement remplacés par cette technologie.

Homo sapiens versus robots : duel perdu d’avance ou duo de choc ? 

Duo de choc ! La plupart des études, réalisées notamment dans le domaine médical, montrent que l’expertise humaine associée à la sagacité de la machine, obtiennent de meilleurs résultats aux tests pratiqués que chaque entité de manière individuelle. C’est en domptant les exigences d’utilisation de la machine que l’humain parviendra à améliorer ses compétences et à gagner en productivité.

« Remettre l’humain au cœur du numérique » : LE défi 2024 de la fonction RH ?  

Oui, comme ce devrait être le cas chaque année.

> Tendances RH 2024 : retrouvez notre dossier complet.

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Crédit photo : Ilithyia photograhie



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