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Marina Shifrin : futur cauchemar des entreprises ?

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Une Américaine ne supporte plus les conditions de travail de son job et a décidé de poster sa démission sur Youtube : c’est le buzz assuré.

 

« Au revoir, au revoir présideeeent » : une publicité prémonitoire ?

Souvenez-vous. En 2002, la Fédération Française des Jeux diffusait un énième spot publicitaire pour son jeu du Loto. Sur nos écrans de télévision, on découvrait Pierre, grand gagnant du dernier tirage, qui avait décidé de se déguiser en coq et d’aller saluer une dernière fois son président en pleine réunion avec ses équipes. Muni de son caméscope, Pierre débarque dans la salle pour entonner son cultissime « au revoir, au revoir présideeeeent » devant une assistance médusée.

 

 

Avouez-le. On a tous rêvé au moins une fois de pouvoir faire la même chose. Moi le premier. Sauf, que nous étions en 2002 et qu’on savait très bien à cette époque que cela resterait qu’un simple fantasme.

 

Mais ça, c’était avant l’arrivée de Youtube en 2005 et de la génération Y dans les entreprises.

 

 

Une Américaine démissionne en se filmant en train de danser dans les locaux de son entreprise

 

Marina Shiffrin, une jeune Américaine de 25 ans, travaille depuis deux ans pour Next Media Animation, une société d’animation audiovisuelle taïwanaise. Les semaines passent et elle supporte de moins en moins les conditions de travail imposées par l’entreprise. Elle décide donc de quitter son poste, non pas en remettant une lettre de démission mais en réalisant une vidéo qui sera diffusée sur la toile.

 

Encore dans les locaux à 4h30 du matin, elle allume sa caméra et se met à danser sur une chanson de Kanye West intitulée « Gone » (traduction en français : parti).

 

 

Dans les sous-titres, elle explique à ses managers, les raisons de son départ :

« Il est 4h30 du matin et je suis au travail. Je travaille pour une super entreprise qui produit des vidéos d’actualité. Pendant près de deux ans, j’ai sacrifié ma vie personnelle, mon temps et mon énergie pour cet emploi. Et tout ce qui intéresse mon patron c’est… la quantité de vidéos qu’on produit et leur nombre de vues. Alors je me suis dit que j’allais faire MA propre vidéo pour me concentrer sur le contenu plutôt que sur les vues. Et faire savoir à mon patron que… je démissionne! Je suis partie. »

 

Cette démission, originale par sa forme, provoque un véritable buzz sur la toile : à ce jour, la vidéo comptabilise plus 16 500 000 vues dans le monde !
Pour l’entreprise, cette vidéo ne fait pas rire puisque sa politique managériale est pointée du doigt dans le monde entier. Alors que faire ? Lancer une procédure judiciaire pour faire retirer la vidéo ? Non, inutile. A moins de vouloir s’attirer les foudres de la toile ! Les managers vont-être plus malins. Ils vont répondre point par point aux critiques tout en surfant sur le buzz : ils vont reprendre la même musique, les mêmes plans, le même humour… et proposer une offre d’emploi !

 

 

« Nous sommes au milieu d’une journée de travail de 8 heures et nous sommes toujours au travail. Nous travaillons dans une super entreprise qui recrute ses employés en fonction de leurs aptitudes en danse. Nous mangeons à nos bureaux car il n’y a pas de restaurants à proximité. Mais depuis que nous avons une piscine sur le toit et un sauna, ça compense. En plus… nous aimons les costumes funky et quand on fait semblant de tirer sur notre patron, il fait le mort… Alors tout va bien. Ah au fait… tous nos vœux de réussite à Marina et nous voulons faire savoir à tous que… nous embauchons »

 

Le phénomène Marina Shifrin : le début d’une nouvelle série de démissions en vidéo ?

 

Dans une interview qu’elle a donnée, Marina explique qu’elle voulait simplement « marquer [son] départ de manière à faire rire [ses] parents et rendre justice à [son] poste : directrice des vidéos virales ». Magnifique histoire, non ?

 

Ne soyons pas crédule. Cette jeune femme n’a pas simplement posté une vidéo comme ça, par hasard, sur Youtube et la magie du web a fait le reste. Non, bien sûr que non. Pour s’assurer de la viralité de sa vidéo, Marina a envoyé son œuvre à Gawker, un site très populaire aux Etats-Unis, en l’accompagnant du message suivant :

 

« Je travaille pour une formidable entreprise qui fait des vidéos. J’ai tout donné à ce travail, mais mon chef ne s’intéresse qu’à la quantité, notre vitesse de travail et le nombre de vues pour chaque vidéo. Je pense que la qualité du contenu est plus importante. Quand vous apprenez à l’améliorer, les vues suivent. Cette petite vidéo exprime ce que je pense. Vous voulez travailler avec moi ? Contactez-moi sur www.marinashifrin.com. »

 

Une fois le buzz lancé, les médias se sont intéressés à elle. L’édition américaine du Huffington Post lui a consacré plusieurs articles et même un espace d’expression où elle a publié son premier article début octobre. Sur le plateau de l’émission « The Queen Latifah Show », l’animatrice va lui proposer, en direct, d’intégrer son équipe :

 

 

Queen Latifah : J’aime beaucoup être entourée de personnes créatives et intéressantes. Avec votre expérience, je pourrais vous créer un poste si ça vous intéresse.
Marian Shifrin : Vous plaisantez, là ?
Queen Latifah : Je suis la patronne et les patrons peuvent embaucher comme ils le veulent.

 

Avant la publication de la vidéo, son manager a expliqué au site Gawker, qu’il savait qu’elle voulait démissionner mais pas de cette façon-là :

« Je lui ai demandé de l’annoncer à ses chefs elle-même. Ils l’ont appris par la vidéo. J’aime beaucoup Marina, et je ne pense pas qu’elle voulait blesser qui que ce soit, mais c’est pourtant ce qui s’est passé […] Elle renvoie de nous l’image d’une usine, ce n’est pas le cas. Marina gagne 42 000 dollars par an. Elle travaille quarante heures par semaine, cinq jours sur sept. […] Nous demandons à nos journalistes de travailler en horaires de nuit un mois par an, car nous avons besoin de couvrir cette plage horaire. Nous payons ces heures 30 % de plus, car nous savons qu’elles sont difficiles ».

 

Alors, est-ce un réel coup de chance pour cette femme ou un scénario savamment bien orchestré ?

 

Pour ma part, j’ai quand même quelques soupçons. Qu’on se le dise, Marina Shifrin n’a pas inventé le badbuzz sur internet. En revanche, elle a surtout ouvert la boîte de Pandore car vous pouvez être sûr que d’autres personnes vont essayer de l’imiter en étant encore plus créatif qu’elle… Aujourd’hui, il est tellement facile de créer une vidéo et de la poster sur internet, alors pourquoi d’autres personnes ne tenteraient pas leur chance, elles aussi ? A mon avis, certaines entreprises vont s’en mordre les doigts très prochainement.

 

Le prochain badbuzz, à qui le tour ?

 

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Thomas LARRÈDE

Responsable du pôle Community Management chez Parlons RH
Spécialisé dans la communication digitale, Thomas accompagne les acteurs RH dans le déploiement de leurs stratégies de communication sur internet. Diplômé de deux Master II en Politique de communication (UVSQ) et Métiers de l’information et de la communication (Institut Catholique de Paris), il a également acquis une expertise en rédaction de contenus et en communication interne.

2 Commentaires

  1. Messmer Aurore le 1 novembre 2013

    Un article très intéressant. Le badbuzz corse davantage le rapport employeur- employé à coups de médias interposés. Si cela semble être un moyen de se démarquer pour trouver “le job de ses rêves “, c’est la personnalité de l’employé qui est valorisé ici : créativité, humour et culot bien sûr pour sortir du lot!

    • Thomas LARRÈDE le 4 novembre 2013

      Merci pour votre commentaire Aurore !
      Cependant, tout le monde ne maîtrisera pas aussi bien le buzz que Marina Shifrin et certaines catastrophes risquent malheureusement de voir le jour au détriment de l’image de l’entreprise…

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