Blog

Toute l’actualité des RH et du Management

qi gong et bien-être au travail

J’ai testé pour vous : le Qi Gong en entreprise

# , ,

Une belle journée de printemps, dans le jardin du grand cloître de la Chartreuse de Neuville (Pas-de-Calais). Un cercle de femmes et d’hommes qui ne se connaissaient pas 5 minutes auparavant esquissent de concert, avec plus ou moins d’adresse, certains des gestes fondamentaux d’une discipline dont ils ignorent tout : le Qi Gong. Instant bien-être avant de renouer avec le bouillonnement d’une journée de séminaire collaboratif. Alors, le Qi Gong en entreprise, ou en tout cas en ambiance de travail, quel effet ça fait ? J’ai testé pour vous.

 

Le contexte : l’entreprise et le bien-être

#SpoilerAlert : la série Mad Men, qui suit sur une douzaine d’années le destin du publicitaire Don Draper, se termine au début des années 1970, dans un centre de méditation en Californie. Suivant l’une des interprétations possibles de l’épisode, il en repart revigoré, et produit un spot qui révolutionne le monde de la publicité. Le thème du ressourcement du travailleur venu « prendre du recul » ne date donc pas d’hier.

Ce qui est plus nouveau, c’est la relative banalisation d’interventions au travail, de spécialistes de diverses disciplines traditionnellement associées aux loisirs. Yoga, tai-chi-chuan, shiatsu, pilates, sophrologie, exercice physique… le CE de Google France met même un salon de massage à la disposition des salariés ! Le bien-être au travail est un enjeu pris très au sérieux par certaines entreprises, qui y voient un levier d’engagement et de fidélisation.

Les congrès, les salons, les colloques proposent aussi souvent ce genre de prestations, pour peu que le thème s’y prête un tant soit peu. C’est aussi l’occasion pour les professionnels de faire une démonstration, et pour les participants de découvrir de nouvelles pratiques. En 2008, des ostéopathes officiaient ainsi déjà à l’Université d’été du Medef. J’y étais, avec le dos complètement coincé. Pour être honnête, ils n’ont pas pu faire grand-chose pour moi, mais j’allais quand même un peu mieux après.

 

Le décor : un monastère du Pas-de-Calais

C’est également dans un contexte événementiel que j’ai testé le Qi Gong. L’association La Chartreuse de Neuville, « incubateur d’initiatives locales et responsables » installé dans l’ancien monastère du même nom, organisait le 3 mai 2016 une journée de rencontres et de travail autour du thème « croissance et inclusion sociale ». J’en étais le rapporteur. Experts, entrepreneurs, associatifs, politiques… Les participants venaient de tous horizons. Au menu : conférences le matin, ateliers l’après-midi. Avec un temps de pause entre les deux, pour lequel plusieurs options étaient prévues. Parmi celles-ci, donc, le Qi Gong.

Une brève expérience du Tai-Chi m’avait laissé sur l’impression que je n’avais guère la patience pour ce genre de discipline. Poussé par la curiosité, et aussi par l’envie de prendre le soleil, je suis néanmoins les participants qui se rendent, au nombre d’une vingtaine peut-être, vers la cour herbeuse du grand cloître. Tout autour, la galerie fermée ouvrait autrefois sur 24 cellules de moines chartreux, venus méditer loin du monde. Le site idéal pour une activité contemplative, fût-elle venue de l’autre bout de la planète.

 

Le Qi Gong : qu’est-ce que c’est ?

Issu initialement de la tradition taoïste chinoise, le Qi Gong est une gymnastique traditionnelle qui vise à exercer son « souffle ». Il ne s’agit pas uniquement d’exercices de respiration, même si celle-ci est une dimension importante. Le « Qi », en médecine chinoise, désigne plus généralement le souffle vital, l’énergie. Le maître de Qi Gong se propose de nous aider à maîtriser et canaliser cette énergie, par des figures lentes associées à des exercices de respiration et de concentration.

Sur la théorie, les ressources ne manquent pas, et je ne m’aventurerai pas plus loin. Concentrons-nous sur les enseignements de l’expérience.

 

Comment ça se passe ?

Première observation : comme toute activité collective, la séance de Qi Gong tend à faire tomber assez rapidement les barrières entre les participants. Les casquettes sont au vestiaire, les fonctions sociales sont invisibles à l’œil nu. Chacun se ramène à ce qu’il est : un esprit dans un corps.

Les participants ne sont pas tous égaux, en revanche, devant l’expression corporelle. Tout le monde n’est pas d’emblée à l’aise, il y a quelques rires gênés, mais finalement assez peu. Après tout, il n’y a que des volontaires. C’est sans doute la première leçon, assez évidente, à retenir : il faut que les gens aient envie d’être là. Un détail logistique d’importance : certains mouvements se font assis par terre. De ce fait, les jupes un peu courtes ne sont pas très Qi-Gong-friendly, à moins de très bien se connaître ! Un plaid résout efficacement le problème.

Qi Gong à la Chartreuse de Neuville

Notre séance de Qi Gong dans la cour du cloître. Photo : Luc Cambier

 

Nous aidons notre intervenante, Isabelle Gougeon, à installer la sono portative qui diffuse une musique planante, bande originale de notre expérience. Les participants forment un large cercle, et sont invités à se déchausser, s’ils le souhaitent. J’obtempère avec plaisir, quelques-uns font de la résistance en tiquant un peu. Rapidement, nous nous laissons emmener par la voix plaisante et rassurante d’Isabelle dans une première série de gestes lents, que nous nous efforçons d’assimiler par mimétisme. Le sens de chaque mouvement nous est expliqué en termes imagés : nous soulevons une boule, levons les bras au ciel, ramenons l’énergie en nous…

Le soleil aidant, j’arrive à un état de calme contemplation du monde alentour, les angoisses refluent, un certain bien-être s’installe, et le temps passe vite. Une ou deux personnes quittent le cercle avant la fin, probablement appelées par un rendez-vous impératif. Alors qu’on vient nous chercher pour poursuivre la journée, la séance est un peu prolongée pour les besoins du photographe, puis à la suggestion d’Isabelle, qui insiste sur la nécessité de clore la session suivant une procédure particulière. Nous quittons le cloître détendus.

 

Alors, ça marche ?

La lecture des précédents paragraphes suffira à s’en convaincre, cette unique séance ne m’a pas transformé en expert du Qi Gong. Comme toute discipline, celle-ci requiert probablement un entraînement prolongé pour en retirer tous les bienfaits et en comprendre toute la portée. Pour autant, cette brève expérience m’a donné un aperçu des bénéfices que l’on peut en retirer.

– Pour la cohésion : comme je l’ai déjà souligné, une séance de Qi Gong en entreprise – ou d’une pratique analogue – contribue à baisser les barrières entre les individus. Bien sûr, il y a bien d’autres manières de le faire. Mais celle-ci présente l’avantage d’entraîner tout le monde sur un terrain « neutre », nouveau pour la plupart, au cœur d’une bulle d’apaisement.

– Pour marquer une césure dans une journée de travail : de fait, c’est un moyen efficace de prendre ensemble un peu de recul, sans pour autant divertir l’attention dans une autre direction. Le retour au travail est facilité.

– Pour améliorer la concentration : le fait d’apprendre des gestes lents, de se concentrer sur leur exécution, puis d’en changer, en suivant un cycle logique, exerce la concentration. Bien sûr, une séance ne va pas modifier en profondeur vos capacités en la matière. Mais on comprend que les entreprises qui mettent en place des dispositifs pour favoriser ces pratiques sur le lieu de travail ou en dehors (type chèque bien-être) en retirent des bénéfices.

 

Le Qi Gong en entreprise, en bref…

Les mauvais esprits diront sans doute qu’une salle de sieste, c’est moins cher. D’abord, le point se discute, au prix de l’immobilier ! Ensuite, si je devais retenir une impression de ma très brève expérience du Qi Gong, ce serait celle-ci : l’essentiel ne réside pas dans une hypothétique « vérité scientifique » de la circulation des énergies (même si le régime chinois post-maoïste, paraît-il, s’est essayé à la démontrer). Le bénéfice provient de l’alliance du geste et de la parole, ou plutôt de l’alliance du geste et de l’image mentale suscitée par la parole. Il y a une dimension « performative » : on se dit qu’on porte une boule d’énergie, qu’on la soulève, qu’on la ramène en soi… et on finit par le sentir. Ce n’est pas de l’autosuggestion, c’est de la concentration !

 

Cohésion et détente en situation ponctuelle de journée de coworking ; bien-être et concentration pour le collaborateur qui s’y investit à plus long terme. Tels sont les bénéfices que se propose d’apporter le Qi Gong en entreprise. Encore faut-il, certes, que le contexte RH s’y prête. Mais de ce que j’en ai vu, il n’y a pas de raisons que ça ne fonctionne pas.

 

Crédits photo : © Shutterstock/sunny juice

Pour recevoir les derniers articles de Parlons RH par mail ou s’abonner à la newsletter

The following two tabs change content below.

Bertrand SERIEYX

Bertrand écrit depuis 1999 pour les entreprises et les institutions, sur les grands enjeux socio-économiques, les RH et la protection sociale. Auprès d'un organisme interprofessionnel nordiste, en freelance après 2010, puis au sein de Parlons RH, il s'attache à rendre accessibles des problématiques complexes sous tout format, du livre d'histoire au billet de blog. Bertrand est diplômé de l’IEP Paris et titulaire d’un Master II en histoire économique contemporaine.

4 Commentaires

  1. David Cosme le 26 juillet 2016

    merci Bertrand pour ce partage expérience , vous résumez très bien les bénéfices de cette pratique qui allie détente et énergie de manière tout à fait adaptée aux besoins de l’entreprise d’aujourd’hui 🙂

  2. Bertrand SERIEYX le 28 juillet 2016

    Merci de votre retour David !

  3. vinvent le 30 août 2016

    Se prononcer sur les bénéfices du qi-qong à l’issue d’une séance découverte c’est un peu comme donner son avis sur la conduite d’une Mustang Shelby quand on a conduit que des velib, courageux 🙂
    Le qi-qong comme le Yoga, le Pilates sont assez souvent vus comme de la gymnastique alors qu’ils portent en eux une philosophie bien différente de la vie et aborde aussi bien la pensée, les exercices corporels, les respirations que l’alimentation .
    Je ne pense pas que l’entreprise soit un bon endroit pour enseigner le qi-qong en revanche l’entreprise peut aider à découvrir ces différentes approches durant des journées spécifiques.
    Yoga, Qi-Qong , Taichi mais aussi massages thaï sont autant de possibilités de réduire son niveau de stress, ses tensions et aligner corps et esprit. L’entreprise pourrait proposer des chèques-bien-être à utiliser avec des partenaires pour leur permettre d’aller plus loin qu’une simple initiation.

  4. Bertrand SERIEYX le 30 août 2016

    Merci pour votre éclairage sur ces disciplines, qui vont certainement beaucoup plus loin que ce que j’ai pu en voir ! On est d’accord, l’entreprise n’est pas le lieu pour les enseigner. Elles peuvent cependant nous aider à mieux vivre notre vie, en entreprise et ailleurs. Les chèques bien-être sont une bonne idée, il me semble d’ailleurs qu’il en existe déjà ? A creuser et développer !

    Bonne journée !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WEBINAR le 26/01 à 11h00 :

Réformes 2017 : employeurs et salariés au centre des évolutions légalesRéformes 2017 : employeurs et salaries au centre des évolutions legales

Je m’inscris