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Recrutement et guerre des talents : quelles sont les demandes atypiques des candidats et comment y répondre

le 31 octobre 2022
recrutement demandes atypiques

La question du recrutement et de la rétention des talents est au cœur des préoccupations RH. Alors que les attentes des salariés vis-à-vis des entreprises ont évolué, les nouvelles demandes, parfois atypiques, des candidats en entretien d’embauche peuvent dérouter certains recruteurs. Comment les entreprises peuvent-elles s’adapter dans un marché du travail sous tension ? Décryptage. 

Grande démission, “quiet quitting”, guerre des talents… Nombreux sont les enjeux des ressources humaines pour attirer et retenir les talents. Selon François Moreau, Secrétaire général du Groupe Randstad France, “le recrutement est sujet à de grandes tensions, tous secteurs d’activité confondus, dans un contexte de plein emploi où le taux de chômage est au plus bas.” 

Et pour cause, la crise sanitaire, entre mars 2020 et aujourd’hui, a profondément modifié le rapport au travail. Les attentes des candidats ont évolué. “Initialement, c’était les nouvelles générations qui ne souhaitaient plus vivre pour travailler ou se sacrifier pour leur travail comme l’ont fait les générations précédentes. Cette tendance s’est généralisée suite à la pandémie de la Covid-19.” affirme Fatine Dallet, directrice exécutive de Michael Page. En “quête de sens”, les candidats sont désormais plus sensibles à leur bien-être au travail et à la possibilité de trouver un juste équilibre entre leur vie professionnelle et personnelle. “Ils portent davantage d’attention aux valeurs des entreprises dans lesquelles ils postulent, à la marque employeur, mais aussi à ce qu’elles proposent en matière de RSE, d’inclusion et de QVT.” ajoute-t-elle. 

L’étude Workmonitor, menée par Randstad auprès de 35 000 répondants (salariés, demandeurs d’emploi et entrepreneurs de 18 à 67 ans) sur 3 continents, confirme cette tendance : les critères principaux des candidats en recherche d’emploi sont l’épanouissement personnel et l’alignement avec les valeurs de l’entreprise. La rémunération, quant à elle, n’arrive qu’en troisième place de leurs préoccupations, suivie par la flexibilité et l’accès au développement professionnel via des actions de formation. 

Si les attentes des candidats ont évolué, leurs méthodes de candidature ne sont pas en reste. A l’ère du tout numérique, “Ils n’hésitent pas à enquêter sur internet, via des plateformes telles que Glassdoor et sur les réseaux sociaux avant de postuler.” affirme Fatine Dallet. 

Télétravail, flexibilité et meilleure rémunération : des demandes légitimes

Le télétravail, qui était autrefois un privilège réservé à une minorité, s’est généralisé depuis la crise sanitaire. Pour de nombreux candidats, notamment chez la génération Z et les milléniaux, cet avantage est devenu un indispensable. D’après l’étude “People at work 2022” réalisée par ADP, 53 % des 18-25 ans en France envisagent de démissionner si leur employeur leur impose de retourner en 100 % présentiel. Fatine Dallet confirme cette tendance : “On ne peut pas dire à des candidats qui ont passé beaucoup de temps en télétravail pendant les confinements qu’ils ne pourront plus en faire du tout ». 

De manière générale, les candidats souhaitent avant tout davantage de flexibilité dans l’organisation de leur travail. Cela passe forcément par le travail à distance, mais aussi par l’aménagement des horaires de travail, la semaine de 4 jours ou encore plus d’autonomie et de confiance de la part des managers et des entreprises. François Moreau souligne une tendance qui semble être le Graal de la flexibilité : “Certains candidats, qui peuvent se le permettre, demandent à travailler 3 ou 4 jours par semaine dans une entreprise afin d’avoir une journée ou deux de libre pour exercer un job passion à côté.”

Toutefois, tous les métiers ne sont pas télétravaillables. Aujourd’hui encore, de nombreux postes techniques ou manuels n’offrent pas ou peu de flexibilité aux salariés. Fatine Dallet observe que, dans les industries moins favorables au travail à distance, “les entreprises se prêtent petit à petit au jeu en proposant une journée de télétravail par semaine pour les activités de reporting ou les tâches administratives.” Cette inégalité face au télétravail pourrait remettre en question l’équilibre des entreprises. « On va de plus en plus dans l’acceptation des demandes des candidats, jusque dans la perturbation du corps social. Si les entreprises commencent à accepter des demandes qui remettent en cause le modèle de travail existant, cela pose des problèmes d’équité et de gestion du collectif » affirme François Moreau. 

Concernant la rémunération, les candidats ont bien compris que la conjoncture actuelle du marché du travail les plaçait en position de force par rapport aux entreprises. Il faut donc s’attendre à ce que, naturellement, ils demandent une rémunération plus importante que celle proposée initialement par l’employeur. “Certains candidats demandent 20 à 30 % d’augmentation par rapport au salaire proposé par l’entreprise”, explique Fatine Dallet. Côté entreprises, “elles font de plus en plus l’effort de proposer un gap par rapport à leur fourchette de départ” si le candidat correspond à leurs besoins, et si elles cherchent depuis longtemps sans trouver de candidats.

Welcome bonus, full-remote, pet day… les demandes les plus atypiques

Si l’accès au télétravail, à une meilleure rémunération et à la flexibilité peuvent aujourd’hui paraître légitime de la part des salariés, les recruteurs sont parfois confrontés à des demandes plus originales. Pour François Moreau, la question du full-remote est souvent abordée lors des entretiens d’embauche par des candidats désireux de partir vivre à l’étranger tout en travaillant en France. Si cette pratique est de plus en plus courante dans certains secteurs d’activité comme l’IT ou dans les petites structures, elle reste inenvisageable pour certaines entreprises. Fatine Dallet, qui partage ce ressenti, tient tout de même à rassurer les recruteurs : “La plupart des candidats ne veulent pas de full-remote. Ils lui préfèrent le travail hybride. Ils veulent aller voir leurs collègues, partager avec eux, travailler en équipe, mais ils veulent aussi de l’équilibre entre leur vie pro et perso, ne pas toujours prendre les transports ou être dans les bouchons.” 

Concernant la rémunération, la directrice exécutive de Michael Page explique que “certains candidats demandent un welcome bonus à leur nouvel employeur pour compenser les possibles primes de fin d’année qu’ils ne toucheront pas en quittant leur entreprise pour une nouvelle”. Ils sont également nombreux à demander une prime de rétention qu’ils toucheront s’ils restent plusieurs années dans l’entreprise. Plus fréquemment dans les PME et les startup que dans les grands groupes, les candidats n’hésitent pas à négocier un BSPCE (bon de souscription de part de création d’entreprise) si la société n’est pas en capacité de s’aligner sur leur prétention salariale. 

Autre demande étonnante et pourtant de plus en plus fréquente : amener son animal de compagnie sur son lieu de travail. Une étude réalisée par Central Canine en avril 2022 nous informe que 4 français sur 10 souhaiteraient que les chiens soient davantage acceptés au travail. Or, aujourd’hui, seules 7 % des entreprises acceptent les animaux de compagnie. 

Toujours selon Fatine Dallet, les demandes que l’on peut considérer comme atypiques, ou qui sont en tout cas moins courantes en entretien et peuvent surprendre les recruteurs, prouvent la volonté des candidats de prioriser leur épanouissement personnel et leurs valeurs. Certains candidats, soucieux des questions liées à la RSE, peuvent par exemple demander à conduire des voitures hybrides ou électriques, si le poste prévoit un véhicule de fonction. D’autres vont plutôt désirer un vélo ou une trottinette électrique s’ils doivent se déplacer dans les grandes villes. 

Les entreprises doivent s’adapter, mais… 

Force est de constater que le monde du travail change, que les attentes des salariés évoluent et que les entreprises doivent impérativement s’adapter pour continuer à recruter en pleine “guerre des talents”. « Il faut être conscient qu’on ne peut plus se reposer sur ses acquis et rester sur l’ancien modèle. Les entreprises doivent être en mesure de repenser leur modèle de management, leur mode de travail et proposer un mode de travail hybride dès que c’est possible » affirme Fatine Dallet. 

Doivent-elles pour autant tout accepter ? “Pas forcément”, selon François Moreau : “tout est une question d’équilibre entre l’offre et la demande. Les entreprises ont besoin des candidats pour faire tourner leur business, elles doivent faire un pas vers eux.” Pour cela, le Secrétaire général de Randstad France préconise de “s’ouvrir aux profils atypiques” et de “créer des process de recrutement plus originaux”. Selon lui, il faut sortir des sentiers battus en utilisant, par exemple, l’apprentissage comme un préalable au recrutement en CDI et en ne négligeant pas l’importance des seniors : “les entreprises les plus agiles ont bien compris l’importance des profils seniors de par leur expérience et leur maturité, mais il reste de la pédagogie à faire sur la question.”

Pour Fatine Dallet, les entreprises doivent trouver le juste milieu entre les demandes des candidats et ce qu’elles sont en mesure d’accepter. Sur la partie salaire notamment, “les entreprises ne peuvent pas toujours répondre aux demandes des candidats et ne doivent pas forcément y répondre voire même être un peu plus fermes afin de respecter l’équité en interne”, affirme-t-elle. Les candidats ont aussi leur rôle à jouer dans ce duel d’équilibristes : “Le marché est en leur faveur. Il est légitime qu’ils en profitent pour essayer de comparer les offres, mais ils doivent rester raisonnables dans leurs négociations. On ne peut pas demander la même chose à une TPE, à une startup ou à un grand groupe”.

Face à un marché du travail tendu, l’adaptation de la part de tous les acteurs semble être le mot d’ordre. En effet, c’est une question d’équilibre, et même “d’équilibres précaires”, selon François Moreau. “Il y a encore quelques mois, l’avantage était entre les mains des recruteurs, mais aujourd’hui il est entre celles recrutés. Est-ce que dès 2023, les recruteurs ne vont pas reprendre la main ? Il faut savoir raison garder”, conclut-il. 

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Crédit photo : Shutterstock / Ground Picture



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