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Emploi : la fin des tabous !

le 03 octobre 2016

La fin de deux tabous dans l’entreprise vient dynamiter l’emploi et le monde du travail. Le premier, c’est la reconnaissance du risque de burn-out. Le déni n’est plus une stratégie possible. Le second tabou à lever, c’est oser dire qu’un grand nombre d’emplois vont disparaître. Très prochainement. Le travail en entreprise ne sera bientôt plus qu’une forme parmi d’autres de la contribution possible de l’individu au fonctionnement de la société. Cette transition sonne le glas de l’emploi mais fait la part belle à un renouveau du travail. Interview sans tabous de Jean-Christophe Anna, directeur général de #rmstouch et organisateur de l’événement #rmsconf, qui se déroule le 11 octobre 2016 au Tapis rouge, dans le X° à Paris.

 

 

Pourquoi la plupart des entreprises font-elles encore l’autruche sur la question du burn-out ?

Je pense que le burn-out fait peur. Alors que la mode est à la QVT (Qualité de vie au travail), grande préoccupation actuelle des entreprises, le burn-out est aujourd’hui encore mal appréhendé et méconnu, y compris par bon nombre de médecins qui le confondent avec la dépression. Il est souvent associé uniquement et exclusivement à la sphère professionnelle, alors que le burn-out est toujours multi-factoriel. Par conséquent, les entreprises éprouvent, face à cette souffrance un double sentiment de responsabilité et de culpabilité. Ignorant comment le traiter, elles préfèrent l’ignorer plutôt que de l’anticiper ! Ce déni s’accompagne d’un tabou du côté du collaborateur victime qui n’ose pas en parler de peur d’être mal jugé par son employeur. Une plus grande transparence entre l’entreprise et le collaborateur serait salutaire à l’heure où le management bienveillant a le vent en poupe !

 

Quelle est la recette d’un juste équilibre vie pro et vie perso ?

La formule magique est simple, c’est d’ailleurs celle du CREDIR (1) : cultiver la 3ème vie ! Nous devrions tous avoir trois vies. Or, la très grande majorité se contente des deux vies les plus connues, la vie professionnelle, celle à laquelle nous consacrons le plus de temps, et la vie personnelle, celle qui nous lie à notre famille et à nos amis les plus proches. C’est quoi cette 3ème vie ? C’est une activité, un engagement, qui s’inscrit dans une certaine fréquence dans le temps et qui s’enrichit de l’ingrédient indispensable de cette recette : la convivialité ! Si vous êtes investi dans une association ou que vous pratiquez un sport et qu’une fois la réunion passée ou le match terminé, vous rentrez chez vous, ce n’est pas de la 3ème vie. En revanche, si à la sortie de cette activité, vous partagez un moment de convivialité avec les autres membres de l’association ou de votre équipe sportive, là on y est. La convivialité, c’est la 3ème mi-temps du rugby. Cette 3ème vie vous permet de garder l’équilibre et de rebondir plus vite lorsque vous rencontrez une difficulté dans la 1ère vie (la vie pro) ou dans la 2ème (la vie perso).

 

La disparition de millions d’emplois, c’est un stress de plus ou une bonne nouvelle ?

C’est forcément source de stress pour tous ceux qui envisagent un quelconque changement de leurs habitudes, toute révolution, comme quelque chose d’anxiogène. Et pourtant, nous n’avons aujourd’hui pas le choix … Les plus grands experts (Bernard Stiegler, Marc Halévy, Paul Jorion, …) et les plus prestigieux instituts de recherche et de prospective (Gartner, Roland Berger, Forum économique de Davos, …) sont unanimes : l’automatisation/robotisation va détruire des millions d’emplois (2). Les entreprises n’ont plus besoin d’autant de ressources humaines sur d’aussi longues durées. Elles vont de plus en plus fonctionner en mode projet en ayant recours à des CDD, des intérimaires ou des free-lance. Aujourd’hui déjà, si le CDI reste le contrat de travail le plus répandu (2/3), 9 embauches sur 10 se font en CDD ou en intérim (3). Le CDI finira donc par disparaître !

 

[Tweet « Les entreprises n’ont plus besoin d’autant de ressources humaines sur d’aussi longues durées »]

 

L’ère de l’après-CDI, ça ressemble à quoi ?

Les individus alterneront des périodes d’activité et des périodes d’inactivité, un peu comme des intermittents du spectacle ou les consultants d’une SSII/ESN. C’est une tendance inéluctable, mais c’est aussi une aspiration partagée par de plus en plus de jeunes qui préfèrent choisir une activité qui leur plait et la précarité qui va avec, qu’un emploi bien rémunéré peu enthousiasmant et donc subi.

S’il n’y a plus suffisamment d’activité pour tout le monde, il est judicieux et vital de se poser la question d’une nouvelle façon de distribuer la richesse. Le revenu de base universel pourrait donc parfaitement être une solution. C’est une allocation versée de manière inconditionnelle à tous les individus qu’ils aient un emploi salarié ou non.

[Tweet « Le revenu de base universel pourrait donc parfaitement être une solution. »]

 

 

C’est l’opportunité de passer de l’emploi subi au travail choisi. Chaque individu pourrait ainsi choisir librement son activité, son engagement, sa contribution à la société, sans la contrainte de « gagner sa vie » pour se nourrir et se loger. Comme le résume à merveille Bernard Stiegler, la fin de l’emploi, c’est le renouveau du travail !

 

Si le rythme métro-boulot-dodo c’est fini, qu’est-ce qui le remplace ?

Marc Halévy l’explique parfaitement, l’emploi salarié est né avec la révolution industrielle. Les ouvriers recevaient un salaire correspondant à un laps de temps déterminé passé à un poste de travail. L’unité de mesure du travail était le nombre d’heures de présence sur le lieu de travail. Le monde professionnel a depuis bien évolué. Et pourtant les entreprises dépensent toujours des sommes faramineuses en bureaux et en équipements pour leur collaborateurs. Aujourd’hui, de nombreux salariés passent encore un temps infini dans les transports pour arriver dans leur bureau et ouvrir leur laptop. S’ils travaillaient de chez eux, ils seraient plus performants et moins stressés, sans parler de l’impact bénéfique en matière d’empreinte carbone.

 

Annoncer sereinement à ses collaborateurs que leur emploi va disparaître, c’est plus facile à dire qu’à faire ?

L’important n’est pas de savoir si c’est facile ou pas. Il en va de la responsabilité de l’entreprise d’informer ses collaborateurs et de les accompagner. Les sociétés vont-elle avoir le courage et la sincérité de dire à certains de leurs collaborateurs que leurs métiers sont menacés à court ou moyen terme ? Décideront-elles de les former et/ou de les accompagner pour changer de métier à l’intérieur de l’entreprise ou … à l’extérieur ? Il est quand même préférable d’anticiper les changements à venir plutôt que de fermer les yeux et de se contenter de licencier le moment venu, non ?

 

Si l’on ne travaille plus comme avant, on change aussi les modes d’éducation et d’apprentissage ?

Oui. La responsabilité d’informer, de former et d’accompagner incombe sans doute à l’entreprise, mais aussi au monde éducatif et de manière plus globale à la société toute entière.

L’Éducation nationale va-t-elle s’adapter à cette transformation de la sphère professionnelle ?  Difficile à croire au vu de son inertie… Et pourtant il est grand temps de changer son mode de fonctionnement et sa philosophie. Comme le dit très bien François Taddei, l’école continue de mettre les élèves en compétition sur des savoirs d’hier plutôt que de leur apprendre à trouver ensemble les solutions de demain.

Et la même question est posée à l’enseignement supérieur. Que dire aux étudiants qui s’inscrivent dans des filières qui préparent à des métiers menacés d’extinction par les robots et l’intelligence artificielle dans les 5 à 10 prochaines années ?

Comment former les jeunes d’aujourd’hui aux métiers de demain quand on sait que 60% des métiers qui seront exercés en 2025 n’ont pas encore été créés ?

Les écoles comme 42 et Wide Code School ont bien compris que le travail en équipe et le fonctionnement en mode projet était la clé pour préparer les jeunes au monde de demain.

 

 

Parlons RH est partenaire de l’événement #rmsconf qui se déroule le 11 octobre 2016 au Tapis Rouge, à Paris dans le X°. Pour parler sans faux-semblants du sujet « Authenticité et Transparence », un sacré casting de speakers français et internationaux seront au rendez-vous : représentants de grandes entreprises (Carrefour, Accor Hôtels, BNP Paribas, Orange, SNCF, Thales, Accenture, Deloitte), des pépites de l’écosystème start-ups (La Fourchette, Leetchi, Wynd, Talent.io), des organisations « d’intérêt général » (Pôle Emploi, le CREDIR) et des cabinets de recrutement innovants (Gates Solutions, Urban Linker, Emergences RH, CCLD Recrutement). Irina Shamaeva et Jonathan Campbell sont les pointures de cette édition en matière de sourcing. Côté animation,  David Abiker, Jean-Philippe Conégéro, Vincent Rostaing, Benoit Chaminade, Dan Leclaire, Thomas Chardin et toute l’équipe #rmstouch sont aux platines.

 

 

(1) Etude « The future of job » produite du Work economic forum.

(2) Le CREDIR est une start-up à but non lucratif dédiée à la traversée des transitions de tous les professionnels, quels que soient leurs métiers. Ses 3 missions : informer, former et faire de la recherche.

(3) Étude de la Darès publiée en 2014 et Étude « Emploi et salaires » de 2014 de l’Insee.

 

Crédits photos : Beeboys/ Shutterstock

 

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grizard2016-11-21 09:41:01
Analyse très pertinente de la situation. à diffuser dans les grosses entreprises et dans l'administration publique où les réflexes archaïques subsistent Concernant le burn-out je ne pense pas que les entreprises éprouvent un sentiment de culpabilité particulier, mais simplement restent dans le déni.

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