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L’IA nous fait gagner du temps. Enfin, paraît-il…

À l’approche de la prochaine édition de nos #24heuresRH, nous avons décidé d’en savoir plus sur ce sujet éminemment d’actualité.

Publié le 29/10/2026

Par Stéphane Varisellaz

La rédaction de Parlons RH a une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous. La bonne, c’est que l’IA nous fait gagner du temps. La mauvaise, c’est que personne ne sait vraiment si c’est vrai… et à quoi ce temps prétendument gagné serait consacré. Enfin, si… on a bien une petite idée ! À l’approche de notre prochaine édition des #24heuresRH, dédiée aux « Innovations et solutions RH », le 26 novembre, nous avons décidé d’en savoir plus sur ce sujet éminemment d’actualité. Au programme : des chiffres qui ne laissent guère de place au doute, une petite leçon d’économie vieille de près de deux siècles et un regard sans concession sur les effets de l’IA sur nos journées de travail. Promis, vous ne perdrez pas votre temps avec cette lecture !

Oui, l’IA nous fait gagner du temps. Vous en doutiez vraiment ?

Il faudrait vraiment faire preuve de mauvaise foi pour prétendre le contraire : l’IA générative a beau avoir ses limites, sa capacité à nous faire gagner du temps n’est plus vraiment à démontrer. On peut débattre de la qualité des réponses, des risques d’hallucinations, de la confidentialité des données, de notre dépendance croissante à ces outils ou de leur aspect addictif. Ces interrogations sont légitimes, et même nécessaires. Sur la question de la rapidité d’exécution, en revanche, difficile de nier l’évidence.

Regardez les chiffres, si vous voulez en avoir le cœur net. Selon une étude du Boston Consulting Group (BCG) publiée en juin 2026, 20 % des utilisateurs réguliers de l’IA en France déclarent économiser au moins une journée de travail par semaine. À supposer ce rythme maintenu sur l’année, cela représenterait l’équivalent de plus de neuf semaines de travail économisées. Une broutille !

Chers professionnels de la fonction RH, vous êtes évidemment concernés. Ne serait-ce que pour vous attaquer à votre ennemi juré, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom : la lourdeur administrative (brrrr). D’après notre infographie issue de notre 2e Baromètre de l’IA dans les RH, une entreprise sur quatre a déjà supprimé des tâches ou des étapes de ses processus RH grâce à l’IA, principalement dans le recrutement, l’administration RH et les activités transversales. Le mot important ici, c’est “supprimé”. Il ne s’agit plus seulement d’accélérer l’exécution d’une tâche, mais de se demander si celle-ci a encore une raison d’exister.

À ce stade, difficile de ne pas se réjouir. Le gain de temps n’est d’ailleurs pas un objectif honteux : pourquoi faudrait-il consacrer trois heures à une activité qui peut être réalisée à qualité égale en trente minutes ? La valeur d’un travail ne se mesure pas au temps passé à l’accomplir.

À ce rythme, nous devrions bientôt tous avoir du temps à revendre. Amis RH, dites-nous : vos journées ont raccourci ? Non ? Comme c’est curieux… Où passent donc toutes ces heures économisées ?

Dopés à l’insu de leur plein gré

Au XIXe siècle déjà, l’économiste William Stanley Jevons avait remarqué que des machines consommant moins de charbon pouvaient, paradoxalement, faire augmenter la consommation totale de charbon. Plus efficaces, elles coûtaient moins cher à utiliser, ce qui encourageait à produire davantage. Près de deux siècles plus tard, le charbon a laissé place à l’IA. La logique, elle, n’a pas pris une ride.

En 2026, le sociologue Yann Ferguson, directeur scientifique du LaborIA (Inria), constate que l’IA nous incite plutôt à en faire toujours plus. Une synthèse rédigée en dix minutes ? Génial, vous pouvez maintenant en préparer trois autres ! Cette course à la vitesse, que le chercheur compare à une forme de dopage, risque surtout de demander à des salariés déjà débordés d’absorber davantage de travail.  On aurait presque envie de demander à l’IA de nous aider à lever le pied…

À l’échelle de l’entreprise, cette course à la vitesse peut aussi réserver de mauvaises surprises. Le directeur scientifique du LaborIA parle de « productivité à crédit ». L’entreprise se félicite des gains immédiats de l’IA, mais oublie parfois de compter ce qu’ils lui coûtent ailleurs… ou ce qu’ils lui coûteront demain. Reprenons notre super collaborateur qui rédige désormais trois synthèses au lieu d’une. Sa journée est toujours aussi remplie. Son manager, lui, se retrouve maintenant avec trois fois plus de documents à lire, à vérifier et éventuellement à corriger. Pas sûr qu’il applaudisse la prouesse ! Sans compter les collaborateurs qui, à force de confier certaines tâches à l’IA, finissent par ne plus vraiment savoir les réaliser eux-mêmes. 

L’entreprise produit plus, tout le monde court davantage… quelqu’un a vérifié qu’elle travaillait réellement mieux ?

Automatiser moins pour gagner plus (de temps) ?

Nous disposons d’une technologie capable de nous faire gagner plusieurs heures par semaine, et nous serions incapables d’en profiter ? Condamnés à travailler toujours plus vite, à produire toujours davantage, sans jamais en récolter les fruits ? Franchement, on est en droit d’espérer mieux de cette révolution.

Pour récolter ces fameux fruits, commençons par ne pas vouloir automatiser tout ce qui bouge ! Cécile Dejoux, professeure au Cnam et spécialiste du management à l’ère de l’IA, défend l’idée qu’il est tout aussi important de savoir utiliser l’IA que de savoir s’en passer. Certaines tâches sont chronophages, répétitives et franchement pénibles… bon débarras ! D’autres permettent aux collaborateurs de se creuser les méninges, de confronter leurs idées et, surtout, de développer leurs compétences.

Surtout, arrêtons de considérer chaque minute gagnée grâce à l’IA comme une occasion d’en demander davantage aux salariés ! Un collaborateur termine son travail plus rapidement ? Tant mieux pour lui ! Pourquoi faudrait-il aussitôt lui confier de nouvelles missions ? Le temps retrouvé pourrait aussi lui permettre de travailler plus sereinement, de se former ou simplement de souffler un peu. Pour la fonction RH, engagée depuis des années sur la QVCT, la prévention de l’épuisement professionnel et le développement des compétences, l’IA pourrait enfin permettre de concilier productivité et qualité de vie au travail. Chiche ?

L’IA n’a pas fini de nous surprendre. Elle va continuer de progresser, de transformer nos métiers et, probablement, de bousculer quelques-unes de nos habitudes. Espérons surtout qu’en regardant en arrière, nous pourrons nous dire que cette révolution nous a permis de travailler mieux, de retrouver du temps pour nous et, pourquoi pas, de prendre davantage de plaisir à exercer notre métier. Ce serait une belle réussite, non ?

À propos de l’auteur

  • Stéphane Varisellaz

    Content Manager RH chez Parlons RH

    Stéphane a développé son appétence pour la création de contenus au cours de plusieurs expériences variées, en start-up et en agence. Passionné par l’univers des ressources humaines, tout particulièrement par la marque employeur et le recrutement, il officie chez Parlons RH en qualité de Content Manager. À la suite de sa licence Économie-Gestion, il obtient un Master 2 en Communication et Management du sport à l’ESG Management School de Paris.