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IA : moins d’effort, moins de mérite ?

Au travail, mieux vaut parfois laisser croire qu’on en a bavé.

Publié le 19/10/2026

Par Manuelle Bermann

Vous avez écrit un texte brillant ? ChatGPT, on sait que c’est toi. Vous avez produit un PowerPoint stupéfiant ? Gamma, on t’a reconnu. Vous avez trouvé l’idée du siècle ? Encore ce bon vieux Claude. Depuis que l’IA générative sait produire à peu près tout, à peu près correctement, un soupçon lancinant a fait son trou : derrière chaque livrable réussi se cache sûrement une machine. Nous voulions que l’IA nous fasse gagner du temps. Nous n’avions pas prévu qu’il faudrait presque s’en excuser.

Coupable d’excellence

Il fut un temps où produire un travail excellent était plutôt bien vu. Ça, c’était avant. Désormais, excellence rime avec méfiance. Si c’est parfait, c’est que l’IA est passée par là. 

Cette suspicion quasi-systématique est paradoxale : nous prétendons valoriser les résultats alors que nous sacralisons en réalité l’effort. Ce qui a demandé du temps, de l’expertise, des tâtonnements nous paraît mérité. À l’inverse, ce qui a été obtenu facilement devient plus suspect et moins louable…. comme si la valeur du travail augmentait avec la peine consentie pour l’accomplir.

L’IA rompt cette mécanique : elle permet d’obtenir en trente minutes ce qui en exigeait trois heures… sans que le résultat ne soit moins bon.

Si la peine diminue mais pas la qualité, pourquoi la valeur du travail devrait-elle diminuer avec elle ?

Travailler moins pour valoir autant

Nous avons répondu à cette question depuis bien longtemps. Chaque progrès technique a permis de faire plus vite ce qui, auparavant, demandait davantage d’efforts. Personne ne regrette le boulier, les pigeons voyageurs ou les CRM sur bristol. Nous appelions cela le progrès. 

L’IA nous chamboule davantage parce qu’elle ne nous épargne plus seulement des gestes fastidieux. Elle s’attaque à des activités intellectuelles (écrire, synthétiser, traduire, raisonner, analyser, créer), dont la difficulté nous semblait attester la valeur. Autrement dit, l’intelligence artificielle ne rend pas seulement le travail plus rapide : elle facilite ce dont nous tirions une partie de notre mérite. Et ça, ça nous chiffonne un chouïa. 

Cachez cette facilité que je ne saurais voir

Au travail, mieux vaut parfois laisser croire qu’on en a bavé. Temps passé, charge apparente, difficulté de la tâche : notre culture professionnelle est truffée de signes extérieurs d’effort.  

Continuer à récompenser le labeur au détriment du résultat risque de donner lieu à une drôle d’injonction : utilisez l’IA pour gagner en efficacité, mais ne donnez surtout pas l’impression qu’elle vous a facilité la tâche.

À ce petit jeu, les salariés apprendront vite. Ils utiliseront l’IA… tout en affichant les signes d’un travail qui leur a coûté beaucoup de temps.

Curieux destin pour une technologie censée nous en faire gagner. 

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Auteur :

  • Manuelle Bermann

    Rédactrice en chef du média Parlons RH & Responsable pôle Content Marketing

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À propos de l’auteur

  • Manuelle Bermann

    Rédactrice en chef du média Parlons RH & Responsable pôle Content Marketing

    Spécialisée dans le digital, Manuelle est rédactrice en chef du média Parlons RH et anime le pôle Content Marketing de l’agence Parlons RH. Titulaire d’un diplôme d’école de commerce (NEOMA) et d’un master 2 en journalisme (CELSA), elle met à la disposition des acteurs RH sa double expertise. Avant de rejoindre la Team, Manuelle a été directrice marketing dans les médias et l’e-commerce, puis journaliste indépendante. Sa devise : « l’intelligence, c’est la faculté d’adaptation ». Son credo : accompagner, écrire, convaincre.