Comme toutes les grandes révolutions technologiques, l’intelligence artificielle nourrit autant de fantasmes que de certitudes. Certains annoncent une disparition massive des emplois, d’autres promettent au contraire une nouvelle vague de créations de postes. Entre ces deux visions, une réalité s’impose peu à peu : l’IA transforme déjà le travail. La rédaction de Parlons RH s’est penchée sur trois chiffres particulièrement révélateurs de l’infographie issue de notre 2e Baromètre de l’IA dans les RH, une belle occasion de revenir sur trois questions qui traversent aujourd’hui toutes les organisations : l’IA va-t-elle vraiment supprimer des emplois RH ? Quels métiers seront les plus bousculés ? À quoi ressemble, concrètement, cette transformation dans les entreprises ? Décryptage.
L’IA supprime les métiers… chez les autres
L’intelligence artificielle va-t-elle détruire des emplois ou, au contraire, en créer de nouveaux ? Pour l’instant, personne n’a de réponse définitive. Les projections se succèdent et dessinent des scénarios très différents. Une chose est sûre en revanche : l’IA transformera le travail.
Cette incertitude se retrouve chez les professionnels RH. Alors que beaucoup s’attendent à voir l’intelligence artificielle rebattre les cartes de l’emploi, ils ne l’envisagent pas tous de la même manière. 64% estiment que les entreprises vont réduire leurs effectifs RH grâce à l’IA. Pourtant, lorsqu’ils parlent de leur propre organisation, ils ne sont plus que 16% à anticiper une telle évolution.
Oui, le risque existe… mais il semble toujours concerner davantage les autres. Les professionnels des RH se montrent finalement assez confiants dans la capacité de leur entreprise à faire évoluer les métiers sans sacrifier les équipes.
Cette prudence n’a rien d’irrationnel. Les travaux publiés ces derniers mois peinent eux aussi à dégager une tendance claire. Le World Economic Forum estime que l’IA pourrait, d’ici 2030, créer davantage d’emplois qu’elle n’en supprimera à l’échelle mondiale. De son côté, Anthropic observe encore très peu d’effets concrets sur l’emploi, malgré un fort potentiel d’automatisation de certaines tâches. Enfin, une enquête menée par Snowflake montre que les entreprises créent déjà des postes liés à l’IA, tout en en supprimant d’autres. Le mouvement est donc bien engagé, mais il ressemble davantage à un déplacement des emplois qu’à une disparition massive.
L’IA ne transforme pas tous les métiers RH de la même façon
46% des professionnels RH estiment que l’intelligence artificielle conduira à renforcer les effectifs dans les métiers de la formation, contre seulement 10% qui anticipent une baisse. Le pilotage RH (41%) et la gestion des carrières (38%) suivent la même tendance. Des résultats qui montrent que, pour de nombreux professionnels, l’IA ne se traduira pas uniquement par des gains de productivité, mais aussi par de nouveaux besoins d’accompagnement.
Ce constat peut sembler paradoxal mais il s’explique assez facilement. Plus les outils d’intelligence artificielle se diffusent dans les entreprises, plus les collaborateurs doivent être formés à leur utilisation, accompagnés dans l’évolution de leurs métiers et aidés à développer de nouvelles compétences.
Le recrutement s’inscrit dans cette même logique, même si les projections sont un peu plus nuancées. 35% des répondants anticipent une hausse des effectifs, contre 18% une baisse. L’IA peut déjà rédiger des offres d’emploi, trier des CV ou préparer des entretiens. En revanche, elle ne remplace ni la capacité à évaluer un candidat, ni la compréhension d’un parcours, ni la relation qui se construit avec les managers ou les futurs collaborateurs. En automatisant les tâches les plus répétitives, elle pourrait même permettre aux recruteurs de consacrer davantage de temps à ces dimensions.
À l’autre extrémité du classement, la gestion administrative et la paie apparaissent plus exposées. Si 33% des professionnels RH y voient encore des perspectives de création d’emplois, ils sont également 19% à anticiper une baisse des effectifs, soit le niveau le plus élevé de l’ensemble des métiers présentés. Rien d’étonnant : ces fonctions reposent sur de nombreux traitements standardisés, des contrôles et des opérations administratives que l’intelligence artificielle est déjà capable de prendre en charge, au moins en partie.
Il faut bien garder en tête que l’impact de l’IA ne se résume pas à une opposition entre métiers « gagnants » et métiers « perdants ». Plus une fonction repose sur l’analyse, l’accompagnement, la décision ou la relation humaine, plus l’intelligence artificielle apparaît comme un outil d’appui. À l’inverse, les activités les plus répétitives et les plus standardisées sont les premières à voir leur périmètre évoluer.
La transformation est déjà en marche
Une entreprise sur quatre a déjà supprimé des tâches ou des étapes RH grâce à l’intelligence artificielle. À ce stade, il ne s’agit pas encore d’une révolution généralisée, mais ce chiffre montre que certaines organisations ne se contentent plus d’expérimenter l’IA : elles l’intègrent progressivement dans leurs processus.
Sans surprise, les premières tâches concernées sont celles qui demandent du temps sans toujours créer beaucoup de valeur. Les professionnels RH citent notamment la rédaction d’offres d’emploi, de fiches de poste ou d’e-mails, le tri des CV, les comptes rendus d’entretien, la production d’indicateurs ou encore les réponses aux questions les plus fréquentes des collaborateurs via des assistants conversationnels.
Les entreprises les plus avancées ne se contentent toutefois pas de gagner du temps. Elles réorganisent progressivement leur façon de travailler. Notre 2e Baromètre de l’IA dans les RH montre d’ailleurs que ce sont principalement les grands groupes et les entreprises de services qui ont déjà automatisé une partie de leurs processus RH. Dans ces organisations, l’IA devient un véritable levier de transformation, et non plus un simple assistant capable de rédiger quelques textes.
Les entreprises qui ont commencé à automatiser certaines tâches sont aussi celles qui anticipent le plus de mouvements dans leurs effectifs, notamment dans le recrutement et l’administration RH. Certaines y voient une opportunité de renforcer leurs équipes sur des missions à plus forte valeur ajoutée. D’autres misent davantage sur les gains de productivité. L’automatisation ne conduit donc pas partout aux mêmes choix organisationnels.
Enfin, pendant que certaines tâches disparaissent, de nouvelles compétences apparaissent. Une entreprise sur cinq a déjà créé des rôles spécifiquement liés à l’intelligence artificielle. Data analyst RH, chef de projet IA, ambassadeur IA ou spécialiste du prompt… autant de profils qui illustrent une évolution de la fonction RH vers davantage de pilotage, d’analyse et d’accompagnement des transformations.
L’IA pousse les ressources humaines à se réinventer. Les entreprises pionnières sont avant tout celles qui repensent la répartition des tâches, développent de nouvelles expertises et redéfinissent progressivement le rôle de leurs équipes RH.




