À l’occasion de la sixième semaine de notre Dossier Tendances RH 2026, la Revue du web met le projecteur sur un sujet devenu central dans le débat public : la santé mentale au travail, prolongée en tant que grande cause nationale par le gouvernement cette année encore, signe que le sujet s’installe durablement… et que le temps des constats touche à sa fin. Cette Revue du web se poursuit ensuite au cœur des organisations, où les managers apparaissent plus que jamais sous pression, pris entre exigences de performance, attentes croissantes en matière de bien-être et régulation d’un travail de plus en plus complexe. Parmi les autres sujets abordés cette semaine : le télétravail et ses effets contrastés sur la santé mentale, l’IA qui recompose la charge cognitive et une hyperconnexion diffuse qui grignote les frontières du temps de travail. Heureusement, cette Revue du web propose une note plus légère et inspirante avec le fika suédois, ou l’art assumé de faire de la pause un véritable levier de santé mentale collective. Une édition dense et très révélatrice, qui rappelle une chose essentielle : en 2026, la santé mentale ne pourra plus rester un sujet de principe. Elle devra enfin se traduire en pratiques concrètes. Bonne lecture !
[SANTÉ MENTALE] La « grande cause nationale » prolongée en 2026
La santé mentale est désormais un enjeu national qui s’installe dans la durée. Comme le rapporte Le Monde sur son site internet, le gouvernement a confirmé la prolongation en 2026 de la santé mentale comme « grande cause nationale », après une première année jugée utile mais largement insuffisante sur le terrain. Comme l’a rappelé Nicole Dubré-Chirat, présidente de la commission d’enquête parlementaire, les actions n’ont pas été à la hauteur de l’urgence, notamment face à la dégradation de la santé mentale des jeunes. Maintenant que la France a commencé à changer son regard sur la santé mentale, l’objectif est d’aller encore plus loin. Les entreprises sont explicitement appelées à prendre leur part dans cet élan collectif, en rendant les dispositifs plus visibles, en s’appuyant sur les ressources existantes et en faisant de la santé mentale un sujet de pratiques concrètes, pas seulement de discours. La prolongation en 2026 acte une chose : le temps presse. Après l’année de prise de conscience, des résultats concrets sont désormais attendus. Je lis l’article
[TÉLÉTRAVAIL] Des effets positifs pour les femmes, un risque pour les hommes les plus fragilisés
Le télétravail n’est ni un remède miracle ni un poison lent. Comme le montre une étude australienne de grande ampleur, relayée par Science & Vie, ses effets sur la santé mentale sont profondément différenciés selon le genre, l’intensité du travail à distance et l’état psychologique préalable des salariés. Pour certaines femmes, un télétravail partiel bien dosé peut réellement améliorer le bien-être, en réduisant la charge mentale liée aux contraintes du quotidien. À l’inverse, chez certains hommes déjà fragilisés, l’isolement et la perte de repères sociaux associés au travail à distance peuvent accentuer les difficultés psychologiques. Derrière le débat trop souvent binaire sur le télétravail, l’étude rappelle une évidence encore peu intégrée dans les politiques RH : la flexibilité n’a de valeur que si elle est pensée comme un outil ajustable et non comme une solution uniforme. En matière de santé mentale, le bon dosage compte souvent plus que le principe lui-même. Je lis l’article
[IA] Moins de tâches répétitives, plus de charge mentale
L’intelligence artificielle promet de libérer du temps, d’alléger les tâches répétitives et d’améliorer la productivité. Oui mais, sur le terrain, le tableau est plus nuancé. Comme le montre cet article de Moustique, l’IA ne supprime pas toujours la charge de travail… elle en change surtout la nature. En automatisant l’administratif et les tâches à faible valeur ajoutée, elle laisse aux salariés les dossiers les plus complexes, les arbitrages difficiles, les situations à forte intensité cognitive ou émotionnelle. Résultat : moins de respiration mentale dans les journées, plus de concentration continue, et un risque réel d’augmentation de la charge mentale. Derrière le discours d’un travail « simplifié », une question devient centrale pour les organisations : comment éviter que l’IA ne transforme les collaborateurs en gestionnaires permanents de problèmes complexes ? Un enjeu clé quand on parle de santé mentale au travail, et un rappel utile que la technologie n’allège pas automatiquement le travail humain. Je lis l’article
[MANAGEMENT] Managers sous pression, organisations en tension
Après des années d’attentisme, les entreprises françaises font face à une réalité devenue impossible à ignorer : la détresse psychologique des collaborateurs pèse directement sur la performance, la cohésion des équipes et l’attractivité des organisations. Comme le souligne Cadre & Dirigeant Magazine, le contexte est alarmant. La France affiche l’un des taux de syndromes dépressifs les plus élevés d’Europe, et les troubles psychiques constituent désormais le premier poste de dépenses de l’Assurance maladie. Sans surprise, les salariés identifient de plus en plus clairement le travail comme un facteur déterminant de leur santé mentale. Dans ce contexte, le modèle managérial actuel montre ses limites. Pris entre exigences de performance et attentes croissantes en matière de bien-être, les managers peinent à jouer un rôle de régulateur du travail. L’enjeu ? Faire évoluer le management lui-même. Certaines entreprises expérimentent déjà des fonctions davantage tournées vers la régulation du travail et l’accompagnement humain. Toutefois, former les managers ne suffit pas. Pour devenir un véritable levier de performance et de résilience, la santé mentale doit être intégrée à la stratégie globale, agir sur les causes organisationnelles et s’inscrire durablement dans les pratiques RH. Vous l’aurez compris, l’inaction ne coûte pas seulement cher humainement, elle devient un risque stratégique. Je lis l’article
[QVCT] Le fika, une pause sacrée en Suède
Avaler un café en scrollant ses mails n’a jamais vraiment calmé personne. En Suède, on fait autrement. Le fika, rituel de pause café aussi simple que codifié, transforme ce moment banal en véritable parenthèse sociale. Deux fois par jour, on coupe les écrans, on se retrouve autour d’un café et d’une douceur, et surtout, on parle d’autre chose que du travail. Derrière cette habitude nordique se cache une mécanique redoutablement efficace pour la santé mentale. En recréant du lien, en favorisant la déconnexion cognitive et en réduisant le stress, le fika agit comme un anxiolytique collectif parfaitement assumé. Au travail, cette pause loin d’être improductive stimule la créativité, améliore la concentration et renforce la cohésion, tout en faisant tomber les barrières hiérarchiques. Une respiration sociale présentée par Doctissimo qui rappelle une chose essentielle : pour bien travailler, il faut aussi savoir s’arrêter ensemble. Comme quoi, parfois, le bien-être commence simplement par une pause café… mais une vraie. Je lis l’article
📊 Le chiffre de la semaine : 60%
C’est la part d’actifs qui travaillent régulièrement en dehors de leurs horaires contractuels, le soir ou le week-end, souvent de façon diffuse. Ce chiffre, issu du Panorama des Connaissances « Technologies numériques et risques professionnels » publié par l’Observatoire de l’infobésité et de la collaboration numérique (OICN) avec Mailoop, dit beaucoup de notre rapport contemporain au travail. Emails tardifs, notifications persistantes, réunions qui débordent, outils collaboratifs toujours ouverts… le travail ne s’arrête plus vraiment, il s’étire. Cette porosité croissante entre vie professionnelle et vie personnelle alimente une surcharge cognitive durable, accentuée par le télétravail et l’essor des IA génératives. Le risque n’est pas seulement organisationnel : il est profondément mental. Fatigue, sentiment de travail empêché, désengagement progressif, voire épuisement, s’installent sans bruit. Un rappel utile, dans une Revue du web consacrée à la santé mentale, que la question n’est pas de travailler plus efficacement avec le numérique, mais de réapprendre à poser des limites collectives pour préserver la qualité du travail… et ceux qui le font. Un constat qui fait directement écho à l’édito de Manuelle Bermann, Responsable du média Parlons RH, et à son appel à ne plus ériger la fatigue en marqueur de prestige.
💻 Le post LinkedIn de la semaine : et surtout la santé !
En quelques mots et quelques dessins, Lucie Caubel met le doigt là où ça fait sens. En ce début d’année, les vœux pleuvent et la formule revient en boucle : « Bonne année, et surtout la santé ». Mais de quelle santé parle-t-on vraiment ? En relayant les illustrations pédagogiques et percutantes de Curieuxlive et Ludivine Martin, elle rappelle une évidence trop souvent oubliée : la santé mentale n’est ni une question de volonté, ni une affaire individuelle. Elle se construit tout au long de la vie, sous l’effet de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux, environnementaux… et professionnels. Si 2025 a permis de lever certains tabous et de libérer la parole, 2026 ne pourra pas se contenter d’intentions. La prolongation de la santé mentale comme Grande Cause Nationale pose un cadre clair : il est désormais temps de passer à l’action, collectivement, dans les politiques publiques comme dans les organisations. Un post simple, juste, et particulièrement en résonance avec le fil rouge de cette semaine.


Illustration : image générée par une IA



