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Le monde du vivant, un terrain d’inspiration incontournable pour repenser nos modèles RH

le 05 janvier 2022
Le monde du vivant, un terrain d’inspiration incontournable pour repenser nos modèles RH

Ce qui est ancien pour la Nature est souvent nouveau pour l’Homme. S’inspirer de récits du vivant permet de repenser différemment la performance, le collectif ou encore l’efficience. L’idée n’est pas de transposer de manière mimétique. Cela ne ferait pas sens.

Monde du vivant : une déroutante inspiration

S’inspirer de la Nature peut s’avérer déroutant. D’une part, parce que nous avons un biais naturel d’égo, qui consiste à penser qu’un organisme sans cerveau n’a rien à apprendre aux Homo Sapiens que nous sommes. Et d’autre part, parce qu’il existe une loi dite « de la proximité », bien connue des communicants, selon laquelle les informations ont moins d’importance quand elles sont géographiquement éloignées du récepteur. Et force est de constater que poulpes, coraux, chimpanzés ou hévéas ne sont pas toujours géographiquement proches de nous.

Pourtant, le monde du vivant a construit un laboratoire d’innovations dans lequel seuls les modes de fonctionnement les plus efficients ont été sélectionnés. Dans l’évolution, tout organisme qui n’évolue pas est condamné à disparaître. Et depuis des dizaines d’années, fort de sa durabilité et de sa résilience, le vivant inspire la technologie et les produits. Et en s’ouvrant à l’émerveillement, la Nature pourrait aller plus loin et alimenter nos pratiques, pour en faire des processus à la fois agiles, vertueux, durables et performants. En matière de fonctionnement RH, le vivant est une source d’inspiration sous-exploitée, qui favoriserait pourtant l’hybridation et encouragerait une utilisation plus pérenne de l’énergie des collaborateurs.

Lâcher-prise pour favoriser l’hybridation

Lors de ses déplacements, le sanglier transporte des graines sur ses poils drus. La chaleur de son corps et la boue amoncelée protègent la graine, qui a ainsi plus de chances de germer, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres de l’endroit où elle a initialement poussé. L’abeille a un fonctionnement similaire. Elle véhicule sur ses poils un pollen qui fécondera jusqu’à des milliers de fleurs. Ce transport représente une source d’hybridation précieuse car c’est le croisement des végétaux qui permet le brassage génétique et développe la mixité.

L’hybride est un terme en vogue, qui a positivement envahi nos modes de travail. L’identité professionnelle s’est transformée. Nous sommes passés d’un cadre de référence unique spatio-temporel à un cadre de référence multiple, qui mêle présentiel et distanciel, individuel et collectif, responsabilité et liberté. Les rites qui incarnaient le monde post-Covid-19 ont évolué au profit de nouveaux codes qui favorisent une forme de lâcher-prise, d’hybridation. Croisement d’éléments empruntés à des univers différents, l’hybride casse nos codes et génère parfois un malaise. Pourtant, c’est le mélange qui va permettre la fertilisation d’idée. Et plus encore, le mélange par sérendipité, à l’instar des croisements naturels. Mais cela demande de savoir où placer les efforts, l’énergie.

Utiliser son énergie à bon escient

« L’énergie la plus propre reste celle que l’on ne consomme pas. » L’affirmation, qui a un sens dans sa dimension écologique, a également une résonnance en matière comportementale. L’évolution darwinienne a évincé de la surface de la Terre toute espèce dispendieuse en énergie. Le secteur de l’énergie met d’ailleurs des efforts importants dans le mimétisme des processus naturels, tellement ces derniers sont optimisés. Le vivant incarne ce principe de sobriété en misant sur l’information plus que sur la consommation.

Les deux années qui viennent de s’écouler ont mis nos organismes à rude épreuve et transformé notre rapport à l’énergie. Une énergie, qui est un moteur fortement soumis aux incertitudes, au surmenage, à l’anxiété, au découragement, au désengagement ou à la solitude. Or, utiliser au mieux ses ressources et comprendre ce qui se passe dans notre tête et dans notre corps semble désormais essentiel pour faire face à la complexité des enjeux.

Transposé à notre réalité d’entreprise, l’optimisation de notre énergie façonne une manière de travailler qui implique de développer une connaissance de soi suffisante pour connaître ses limites psychiques comme physiques, de pouvoir soutenir ses efforts dans le temps, sur la durée, comme un marathon et d’éviter les rythmes frénétiques soudains, mais également de bien calibrer la hauteur de l’ambition en fonction de l’énergie disponible.

Créer la sécurité psychologique des collaborateurs

Cela implique une forme de discernement sur ce qui m’apporte de la puissance au travail, que ce soit le challenge, une ambiance agréable, la création de liens, l’aide aux autres, ou une curiosité purement intellectuelle. Un discernement qui permet également d’être lucide sur ce qui nous régénère en dehors du travail – sport, nature, lecture, moment avec des amis, temps familial, solitude… – à l’échelle d’une semaine : quelle est la dose minimale de ces moments dont j’ai besoin pour me sentir bien ? Permettre aux collaborateurs de se sentir bien, c’est également créer les conditions de la sécurité psychologique de chacun.

« Venez comme vous êtes » est un slogan d’expérience client qui a marqué les esprits. Mais ce qui est vrai pour le client, accepté tel qu’il est, sans artifice, l’est beaucoup moins pour le collaborateur. Les salariés sont rarement invités à venir travailler au « naturel », sans façade. Le quotidien professionnel a longtemps nécessité un « habit » : un vocabulaire de considération vis-à-vis de la hiérarchie, une tenue vestimentaire adaptée à l’environnement professionnel, un respect des codes de représentation associés à la profession. Et si les pratiques évoluent, les croyances restent fortement ancrées.

Mais le télétravail forcé a accentué l’aspiration à travailler sans contrainte superfétatoire, sans un parterre d’obligations vestimentaires, sémantiques ou de déférence feinte à une hiérarchie parfois non exemplaire. La liberté d’être soi, même sur son lieu de travail, est probablement une aspiration qui va fleurir dans les prochains mois. Car les salariés ont goûté à cette liberté, levier de performance durable qui creuse le sillon de la sécurité psychologique. Une sécurité qui n’est rendue possible que par un investissement optimisé de son énergie. A l’image du vivant.



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