On aimerait croire qu’en 2026, accompagner un proche malade, âgé ou en situation de handicap ne pose plus de difficultés particulières dans le monde du travail. La réalité est un peu moins réjouissante. Cette semaine, la rédaction de Parlons RH vous propose de découvrir une infographie de myteamily consacrée aux salariés aidants. Parmi les chiffres présentés, certains nous ont fait lever les sourcils. Trois aidants sur quatre préfèrent garder leur situation pour eux. D’autres accumulent les absences, avec des conséquences qui finissent aussi par se faire sentir dans les entreprises. Voilà qui soulève quelques questions sur la place que nous accordons réellement à ces collaborateurs. Nous parlerons de confiance, de préjugés et même d’argent. On vous prévient, ça risque de piquer un peu !
3 salariés aidants sur 4 ne se déclarent pas : le contrat de méfiance ?
Un salarié sur quatre est proche aidant dans votre organisation, selon l’infographie de myteamily. Rapporté aux quelque 27 millions de salariés en France, selon l’Insee, cela représenterait tout de même près de 6,7 millions de salariés aidants ! C’est déjà bien plus impressionnant mais, jusque-là, rien de bien surprenant : c’est l’un des grands sujets RH de l’année 2026, vous ne pouvez pas être passé à côté.
Un autre chiffre nous interpelle davantage : trois aidants sur quatre ne se déclarent pas. Pourquoi tant de discrétion ? Il n’y a pourtant rien d’extraordinaire (même si ceux qui le font le sont, eux !) à accompagner un parent vieillissant, un conjoint malade ou un enfant en situation de handicap. C’est un phénomène qui devrait d’ailleurs prendre de plus en plus d’ampleur dans les années à venir, avec le vieillissement de la population. Alors, qu’est-ce qui pousse autant de collaborateurs à garder le silence ?
Moins disponible, moins investi, moins performant… Voilà ce que certains salariés aidants craignent que l’on pense d’eux. Selon une enquête du cabinet How Much publiée en février 2026, 25 % des aidants qui ne déclarent pas leur situation redoutent des répercussions professionnelles. Une promotion ? On pourrait peut-être prendre un collègue plus disponible. Un projet ambitieux ? Houla, mieux vaut le confier à quelqu’un qui a moins de soucis à la maison. Vous voyez le problème ? À cela s’ajoute la peur du jugement, évoquée par 23 % des répondants. Vous voyez le problème.
Au regard de ces chiffres, la question du manque de confiance envers l’entreprise ne peut être éludée. Certains salariés souhaitent simplement préserver leur vie privée, et c’est parfaitement leur droit. Reste que la crainte d’être pénalisé professionnellement en dit long sur les représentations qui entourent encore la disponibilité au travail. Les entreprises, qui aiment tant encourager chacun de leurs collaborateurs à être soi-même au travail, devraient commencer par leur donner l’assurance qu’ils ne seront pas pénalisés pour ce qu’ils vivent en dehors du bureau.
20 jours d’absence supplémentaires : le coût de l’indifférence ?
Comme aurait pu le chanter Maxime Le Forestier, on ne choisit pas de devenir aidant. Un collaborateur ne choisit pas non plus le moment où une urgence familiale vient bouleverser toute une semaine de travail. Alors, il s’organise, il improvise, il jongle avec son agenda et il fait comme il peut. Jusqu’au jour où trop, c’est trop. Dans les situations d’aidance les plus lourdes, les salariés concernés peuvent cumuler jusqu’à 20 jours d’absence supplémentaires par an. Dans ces conditions, difficile de croire que quelques arrangements de dernière minute permettront de tenir indéfiniment. La bonne volonté a ses limites, même chez les collaborateurs les plus dévoués.
Passons aux finances, puisque les chiffres ont parfois le don de réveiller certaines consciences. Selon les données présentées par myteamily, un salarié aidant non accompagné représenterait entre 4 000 et 6 000 euros de coûts indirects par an pour l’entreprise. Précisons tout de même que nous préférerions éviter de calculer ce que les difficultés personnelles d’un salarié coûtent à son employeur. Nous pensons que le sujet mérite mieux qu’une simple équation comptable ! En revanche, attendre que les absences se multiplient pour s’intéresser à ces difficultés nous semble être un bien mauvais calcul.
Chers professionnels des RH, l’accompagnement des salariés aidants mérite de devenir l’un de vos grands combats. Vous avez un rôle essentiel à jouer pour que ces collaborateurs puissent continuer à exercer leur métier sans s’épuiser à tout concilier. Cela passe notamment par une approche plus souple, qui laisse aux salariés aidants la possibilité d’adapter leur travail à leurs contraintes, sans avoir à se justifier à chaque imprévu. Cela suppose aussi de donner aux managers les moyens de les accompagner, de rendre les dispositifs existants réellement accessibles et, surtout, de créer un climat de confiance où chacun se sent libre de parler de sa situation. Personne ne vous demandera de résoudre toutes leurs difficultés personnelles. En revanche, vous pouvez leur éviter d’avoir à choisir constamment entre leur travail et leurs proches.
Avec l’allongement de la vie et les évolutions démographiques, l’aidance prendra une place croissante dans le quotidien des entreprises. À vous, professionnels de la fonction RH, d’en faire une occasion de repenser la manière de travailler et de manager dans vos organisations, et de prendre soin des salariés concernés. Nous serons nombreux, un jour, à avoir besoin de cette compréhension alors autant commencer à construire le monde du travail dans lequel nous aimerions nous-mêmes évoluer !

Source : myteamily



