Emails, réunions, notifications, messages instantanés, visioconférences… Les sollicitations se multiplient et occupent une place toujours plus importante dans nos journées de travail. Si les outils numériques ont profondément facilité la communication et la collaboration, ils ont également fait émerger de nouveaux défis : surcharge informationnelle, fatigue liée aux réunions ou encore difficulté à déconnecter. À partir de cette infographie de l’Observatoire de l’Infobésité et de la Collaboration Numérique (OICN), la rédaction de Parlons RH décrypte les principaux enseignements d’un phénomène qui façonne désormais le quotidien de millions de professionnels.
Vous avez (encore) un nouveau message
Les boîtes mail débordent un peu moins qu’en 2025. Selon les données de l’Observatoire de l’Infobésité et de la Collaboration Numérique (OICN), un salarié reçoit en moyenne 169 emails par semaine, soit une baisse de 4% en un an. Une évolution encourageante qui ne doit pas masquer la réalité : l’email continue d’occuper une place considérable dans le quotidien professionnel.
Chaque email reçu sollicite l’attention, interrompt une tâche en cours ou nécessite une décision, parfois minime, qui vient s’ajouter à toutes les autres. Au fil de la journée, cette accumulation crée une forme de surcharge cognitive qui complique la concentration et allonge le temps nécessaire pour accomplir un travail de fond.
Le phénomène est d’autant plus marqué que les emails ne constituent plus l’unique canal de communication. Messageries instantanées, outils collaboratifs, notifications diverses, réunions virtuelles ou physiques : les salariés doivent aujourd’hui jongler entre de multiples flux d’information simultanés. L’infobésité ne se mesure donc plus seulement au nombre d’emails reçus mais à l’ensemble des sollicitations numériques qui rythment la journée de travail.
Cette fragmentation de l’attention n’est pas sans conséquence. Difficulté à se concentrer durablement, sentiment de dispersion, impression de courir après le temps ou encore fatigue mentale en fin de journée : autant de situations auxquelles de nombreux professionnels sont désormais confrontés. Dans ce contexte, réduire l’infobésité ne consiste pas uniquement à envoyer moins d’emails mais aussi à repenser les pratiques de communication afin de redonner aux collaborateurs ce qui devient parfois la ressource la plus rare en entreprise : du temps de concentration.
Trop de réunions, pas assez d’action ?
La réunionite désigne la multiplication excessive des réunions au sein d’une organisation. C’est grave docteur ? Disons qu’entre les points d’équipe, les comités, les suivis de projet, les réunions d’information et les ateliers en tout genre, certains agendas sont dignes de celui d’un ministre. Les chiffres observés cette année montrent d’ailleurs que les managers y consacrent près de 15 heures par semaine, contre plus de 23 heures pour les dirigeants.
Chaque nouvelle invitation vient rogner un peu plus les moments consacrés aux tâches de fond, à la réflexion ou à la prise de recul. Les journées se morcellent, les interruptions se multiplient et il devient plus difficile de rester concentré durablement sur un sujet. À terme, cette fragmentation du travail peut peser sur la productivité, mais aussi sur l’énergie et la motivation des équipes.
La réunionite peut également brouiller les repères. À force d’enchaîner les points d’étape, les validations et les échanges d’information, les collaborateurs risquent parfois de perdre de vue l’essentiel : quelles sont les véritables priorités ? Dans certains cas, les réunions finissent même par donner le sentiment que l’on passe davantage de temps à parler du travail qu’à le réaliser.
À cela s’ajoute un autre facteur : la généralisation des réunions à distance. Pratiques, rapides à organiser et souvent indispensables lorsque les équipes sont dispersées géographiquement, elles présentent aussi quelques limites. Rester assis plusieurs heures devant un écran, enchaîner les visioconférences sans véritable pause ou devoir maintenir son attention en permanence demande un effort cognitif important. Sans compter qu’il est souvent plus difficile d’intervenir spontanément, de lire les réactions des autres participants ou de s’appuyer sur le langage non verbal pour fluidifier les échanges.
Les réunions virtuelles offrent évidemment de nombreux avantages et permettent souvent de gagner un temps précieux en évitant certains déplacements. Mais comme les réunions traditionnelles, leur efficacité dépend largement de la manière dont elles sont organisées.
Même le week-end, on pense au bureau, un peu, passionnément, à la folie…
Victoire ! Les soirées, les week-ends et les vacances sont un peu plus préservés qu’il y a un an. Eh oui, la part des emails envoyés en dehors des horaires de travail recule, signe que les efforts menés par les entreprises commencent peut-être à porter leurs fruits. Pas si vite : au global, 14% des emails continuent d’être envoyés le week-end.
Malheureusement, les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle demeurent particulièrement poreuses. Les outils numériques permettent aujourd’hui de travailler partout, tout le temps et depuis n’importe quel appareil. Une flexibilité appréciée par de nombreux salariés, qui rend parfois plus difficile le fait de décrocher complètement.
Cette hyperconnexion n’est pas sans risque. À court terme, elle peut même donner l’impression de gagner du temps ou de mieux maîtriser sa charge de travail. Grave erreur. À plus long terme, elle favorise la fatigue mentale, complique la récupération et entretient un sentiment de disponibilité permanente. Lorsque les temps de repos sont régulièrement perturbés par les sollicitations professionnelles, même ponctuelles, il devient plus difficile de recharger les batteries et de prendre la distance nécessaire pour revenir au travail dans de bonnes conditions.
Les conséquences ne concernent pas uniquement les individus. Une déconnexion insuffisante peut également affecter l’engagement, la motivation et, paradoxalement, la performance collective. Des collaborateurs constamment sollicités risquent davantage de s’épuiser, de perdre en concentration ou de voir leur qualité de travail se dégrader progressivement.
Entre surcharge informationnelle, multiplication des réunions et difficulté à déconnecter, le véritable enjeu n’est plus d’ajouter de nouveaux outils, mais d’apprendre à mieux les utiliser. Dans un environnement où l’attention devient une ressource rare, savoir la préserver pourrait bien devenir un avantage compétitif.

Source : OICN



