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La passion n’est pas une compétence

Curieuse équation qui fait de l’absence de passion le symptôme d’une erreur d’aiguillage professionnel, voire d’un déficit de compétence.

Publié le 21/09/2026

Mis à jour le 18/09/2026

Par Manuelle Bermann

« Faites ce que vous aimez… ou fuyez ! » Débrouillons-nous donc avec cette injonction nouvelle génération (il est vrai que nous en manquions). Trouver du sens dans son travail, déborder d’amour pour ce que l’on fait : ce qui ressemblait hier à une promesse de liberté est aujourd’hui devenu un étalon de réussite professionnelle. Il y a ceux dont la flamme brûle en eux… et les autres : les simplement compétents, fiables ou consciencieux qui turbinent sans exaltation particulière. À force de valoriser la passion, les organisations ont fini par lui prêter les vertus d’une compétence… et par regarder avec suspicion ceux qui en seraient dépourvus. L’entreprise leur doit peut-être des excuses. 

Pardon de ne pas vibrer

TEDx de patrons visionnaires en col roulé, coachs certifiés en Ikigaï promettant « l’alignement » salvateur en quelques heures, posts LinkedIn expliquant comment trouver le bonheur au travail en réconciliant passion, mission et vocation. Tous portent le même évangile : aimez ce que vous faites ou laissez votre vie vous filer entre les doigts.

En vingt ans, ce qui était une idée douce et séduisante s’est mué en injonction puis en critère de valeur.

Si vous ne vibrez pas professionnellement, c’est que vous n’êtes pas au bon endroit et fichtrement trouillard pour tout plaquer, histoire d’assouvir les besoins de votre vous profond. 

Curieuse équation qui fait de l’absence de passion le symptôme d’une erreur d’aiguillage professionnel, voire d’un déficit de compétence ou d’engagement. On peut avoir choisi son métier, l’apprécier, y être reconnu et performant… sans le considérer comme le grand amour de sa vie.

La compétence relève du savoir, de l’expérience, de l’attention, de l’effort. La conscience professionnelle, d’une exigence envers soi-même et envers les autres. La passion, elle, d’un sentiment qui n’est ni un savoir-faire ni un critère de performance.

Cela n’a pas empêché l’entreprise de s’enticher de ce récit : elle demande aux candidats ce qui les « anime », aux collaborateurs ce qui donne du « sens » à leur engagement, et fait parfois de leurs réponses un critère implicite de sélection ou de reconnaissance.

Les grands oubliés de la passion affichée

Je veux parler des collaborateurs qui font leur travail avec sérieux et produisent une qualité constante, sans fièvre ni effusion. Ceux qui, à la question « qu’est-ce qui vous motive ? », pourraient répondre, s’ils osaient : « faire correctement mon métier, être payé justement et rentrer chez moi retrouver ce qui me passionne vraiment ».

Dans les cultures d’entreprise qui valorisent l’enthousiasme de rigueur, on les trouve « peu ambitieux », « peu proactifs ». Formules pudiques pour dire qu’ils ne jouent pas le jeu de la passion performative.

La dette de la fonction RH

Depuis plusieurs décennies, la fonction RH cherche, à juste titre, à humaniser le travail. Au salaire et à la carrière se sont ajoutés le sens, l’épanouissement, l’expérience collaborateur, la raison d’être, l’accomplissement. Peu à peu, l’entreprise n’a plus seulement promis les conditions pour bien travailler, mais la possibilité de se réaliser par le travail.

Une promesse intenable, car tous les métiers ne sont pas des vocations, toutes les missions ne promettent pas le septième ciel professionnel et toutes les journées de travail ne changent pas le monde. Dieu soit loué.

Lorsque la promesse n’est pas tenue, la responsabilité finit parfois par s’inverser. Ce n’est plus l’entreprise qui s’est emballée, mais le collaborateur qui ne « trouve pas de sens » ou ne « s’engage pas assez ». Celui qui fait parfaitement son métier sans y chercher son accomplissement devient alors le mauvais élève d’un contrat qu’il n’a jamais signé.

La dette de la fonction RH est d’avoir contribué à faire de l’investissement affectif dans le travail une preuve de valeur professionnelle.

Peut-être est-il temps de promettre un peu moins et de garantir l’essentiel : pouvoir bien travailler, être reconnu justement et rentrer chez soi sans culpabiliser de n’avoir fait que son métier.

Alors oui, l’entreprise doit des excuses à ceux qui n’ont jamais rêvé de leur travail mais y excellent pourtant. À ceux qui ne clament pas à tout va qu’ils sont raides dingues de leur boîte ou fous d’amour pour leur job, mais respectent leurs collègues, leurs clients et leurs engagements.

À ceux, enfin, qui ne cherchent pas dans leur travail le sens de leur existence, mais donnent chaque jour du sens à ce qu’ils font… simplement avec compétence et conscience professionnelle.

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Auteur :

  • Manuelle Bermann

    Rédactrice en chef du média Parlons RH & Responsable pôle Content Marketing

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À propos de l’auteur

  • Manuelle Bermann

    Rédactrice en chef du média Parlons RH & Responsable pôle Content Marketing

    Spécialisée dans le digital, Manuelle est rédactrice en chef du média Parlons RH et anime le pôle Content Marketing de l’agence Parlons RH. Titulaire d’un diplôme d’école de commerce (NEOMA) et d’un master 2 en journalisme (CELSA), elle met à la disposition des acteurs RH sa double expertise. Avant de rejoindre la Team, Manuelle a été directrice marketing dans les médias et l’e-commerce, puis journaliste indépendante. Sa devise : « l’intelligence, c’est la faculté d’adaptation ». Son credo : accompagner, écrire, convaincre.