Une récente étude de l’Apec, publiée en octobre 2025 et intitulée Futur du travail, 5 chocs majeurs pour le monde du travail des cadres, et du chemin à parcourir pour s’y préparer, revient sur les grandes transformations qui façonnent le travail d’aujourd’hui et de demain. Parmi elles : les révolutions technologiques, et notamment l’IA. À partir d’une infographie reconstituée de cette étude, la rédaction de Parlons RH s’intéresse tout particulièrement à deux chiffres clés. Les entreprises sont-elles réellement prêtes à accepter l’usage de l’IA générative ? Les cadres disposent-ils des compétences nécessaires pour suivre le rythme ? Et surtout, comment éviter de rester sur la touche ? Réponses.
47 % des entreprises acceptent l’utilisation de l’IA… mais 53 % ne le font pas
Difficile de passer à côté : l’intelligence artificielle s’immisce dans de nombreux recoins du monde du travail. Le hic ? Plus cette transformation technologique fait son nid, plus la France se fracture, entre les entreprises qui sautent le pas et celles qui restent sur la touche. Les données de l’Apec sont formelles : 47 % des entreprises acceptent l’IA. Derrière ce chiffre en apparence positif, plusieurs autres réalités. Premièrement, 14 % d’entre elles acceptent son utilisation mais ne l’encouragent pas pour autant. Ensuite, cela signifie également que la majorité des organisations n’acceptent pas l’IA. Plus précisément, 47 % n’ont tout simplement jamais évoqué le sujet avec leurs équipes, tandis que 4 % s’y opposent clairement.
Toujours selon l’Apec, cette prudence vis-à-vis de l’IA est particulièrement marquée dans les TPE. Les PME, de leur côté, amorcent une transition, bien qu’encore timides. À l’inverse, les ETI et grands groupes, mieux structurés et plus exposés aux enjeux de compétitivité, se distinguent : 53 % d’entre eux encouragent leurs collaborateurs à utiliser l’IA générative.
Mais lorsque l’on lit entre les lignes, ce qui frappe surtout, c’est le décalage entre les politiques des entreprises et les pratiques réelles des collaborateurs. Pendant que les entreprises tergiversent ou renforcent leur statu quo sur le sujet, les collaborateurs, eux, expérimentent déjà les outils d’IA. On parle alors de « shadow IA », lorsque l’IA est utilisée dans l’ombre, de manière informelle et non encadrée. D’après l’étude, 35 % des cadres utilisent l’IA générative au moins une fois par semaine, et 12 % en font un usage quasi quotidien.

74 % des cadres considèrent la maîtrise de l’IA comme une compétence d’avenir indispensable
Autre élément marquant de l’étude de l’Apec : pour une grande majorité des cadres, l’IA n’est plus perçue comme un simple outil, mais comme une compétence à part entière, qu’il faut apprendre à maîtriser. Ils sont 74 % à considérer que cette compétence sera d’ailleurs indispensable pour continuer à exercer leur métier dans les prochaines années.
Cette perception progresse à toute vitesse. En comparant les données des deux dernières années, on observe une nette évolution : 25 % des cadres estimaient en 2023 que l’IA allait transformer en profondeur leur métier. Ils sont désormais 43 % à le penser en 2025. Derrière ces chiffres, un message clair : les cadres sentent que leur environnement de travail bascule. L’arrivée massive d’outils d’IA générative nécessite alors une adaptation constante, et peut, parfois, engendrer une forme d’inquiétude. Comment rester compétitif lorsque la technologie remplace une partie de nos missions ? Comment continuer à performer si l’on ne comprend pas les nouveaux outils ?
Ces questionnements ouvrent la voie à de nouveaux enjeux pour les professionnels RH. Si l’IA devient incontournable, l’accompagnement et la formation deviennent, eux, urgents.
De l’acceptation à la formation : les entreprises doivent agir (et vite)
Face à la progression de l’IA dans les usages de travail et à la conviction toujours plus forte que cette technologie va transformer en profondeur les métiers, les entreprises n’ont plus le choix : elles doivent agir. Comment ? Premièrement, en acceptant et en encourageant pleinement l’utilisation de l’IA par les équipes. Cela passe forcément par un travail de fond sur le regard que l’on porte sur la machine, mais aussi par la mise en place d’un cadre précis et éthique pour permettre aux collaborateurs d’utiliser l’IA en toute responsabilité.
Ensuite, en formant les équipes. Un autre chiffre de l’étude nous apprend que 79 % des cadres interrogés par l’Apec aimeraient bénéficier d’une formation professionnelle pour apprendre à mieux utiliser l’intelligence artificielle. Une envie d’autant plus présente chez les moins de 35 ans, qui voient dans cette compétence un levier d’évolution, d’employabilité et d’attractivité.
Mais l’infographie de la semaine nous livre également un autre enseignement : les pratiques évoluent plus vite que les politiques d’entreprise, et cela pourrait vite devenir un problème pour les organisations. Il existe un vrai décalage entre, d’un côté, les collaborateurs qui expérimentent et souhaitent que l’IA soit pleinement intégrée à leur quotidien, et de l’autre, les organisations qui hésitent et restent trop souvent sur la réserve, au détriment de leur propre compétitivité. Les entreprises, quelle que soit leur taille ou leur secteur d’activité, ont donc tout intérêt à prendre la mesure et à agir rapidement, pour sécuriser les usages, réduire les risques (éthiques et juridiques) et développer une culture d’entreprise tournée vers l’avenir.
Elles ont surtout intérêt à comprendre ce que les chiffres révèlent très clairement : l’IA est déjà là, et les collaborateurs sont prêts à s’y investir… à condition qu’on leur en donne les moyens.

Source : infographie reconstituée par la rédaction de Parlons RH, à partir de l’étude Futur du travail, 5 chocs majeurs pour le monde du travail des cadres, et du chemin à parcourir pour s’y préparer, Apec, octobre 2025.



