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Dessin Cerveau de Thierry Guilbert
© Thierry Guilbert
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HPI : ces zèbres qui vous veulent du bien

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Actuellement, trois mots font le buzz : « atypiques », «  zèbres » et « soft skills ». Savez-vous que ce sont les atouts d’un même avion de chasse ? Dirigeants, DRH, managers, voulez-vous booster votre entreprise et votre business en utilisant à bon escient ces profils particuliers ? Vous ne le savez peut-être pas, mais vous en avez déjà probablement dans vos murs. Voulez-vous réenchanter ces ressources humaines et savoir ce que vous pouvez faire ensemble ?

 

La puissance du neuro-atypique

Sous les termes « atypiques » et « zèbres » se cachent ce que l’on appelle les hauts potentiels intellectuels (HPI) et les très hauts potentiels intellectuels (THPI). Atypiques, oui, un peu, car ils ont un fonctionnement cérébral un tantinet différent. Les psychologues parlent de neuro-atypiques, les coachs de zèbres et de multipotentialistes. Les personnes concernées, elles, ne se nomment pas. En général, elles cachent leur atypisme ou ne savent pas qu’elles sont des hauts potentiels !

Il est l’heure de casser un mythe : ces personnes n’ont ni rayure, ni fourrure, ni trois têtes et sept bras. Voilà, c’est dit… Les hauts potentiels naviguent seulement avec une pensée complexe, dite en arborescence, ils puisent dans leur grande capacité d’analyse systémique pour parvenir à faire des liens entre différents domaines. Ils sentent et ressentent les choses et les gens en version mach 3 et ils sont affublés d’une grande fidélité, d’une loyauté tout aussi tenace et d’un sens aiguë de la justice. Et en plus, leur sens de la communication est parfois déroutant. Ils osent tout ! Pas comme ceux d’Audiard, mais bien par naïveté et honnêteté relationnelle et intellectuelle. Vous voyez maintenant de qui il s’agit ?

 

Chercher l’impact, pas le pouvoir

Oui, lui, qui vous trouve des solutions en trois jours au lieu de trois mois. Oui, elle, qui vous pose mille questions (ce qui vous agace profondément) pour tout comprendre et agir ensuite d’une manière inattendue pour régler votre problème. Oui, celui-là, qui vous semble hyper émotif, trop même (ce qui vous déroute tant l’expression des sentiments ne fait pas partie des codes de l’entreprise), surtout si c’est un homme et c’est tellement agaçant quand c’est une femme. Oui, elle, qui vous parle des personnes derrière ces chiffres qu’il faut supprimer du tableau de la productivité et qui vous propose un autre transfert de charge pour ne pas les effacer. Oui, lui, qui vous disrupte les process, en place depuis des années, pour vous prouver la performance de son nouveau modèle. Oui, elle, qui vous invente un nouveau parcours clients sur votre plateforme e-commerce ou qui vous crée un sharePoint dédié au top management en une semaine alors que vos équipes ne connaissent même pas l’outil.

Vous voyez de qui il s’agit ou vous vous reconnaissez ?

Bon, à partir de là, nous pouvons avancer. Déjà, il est essentiel de le rappeler : le haut potentiel ou le très haut potentiel se fiche du pouvoir. Ce n’est pas ce qui l’anime. Donc rassurez-vous, avec ses idées surprenantes et ses solutions sorties de nulle part, il ne cherche pas à se faire valoir, ni à vous piquer votre poste de manager ou de directeur. Non, il cherche juste des solutions, il cherche à avoir de l’impact et à donner du sens à ses actions et aux actions collectives. Donc la peur du pouvoir, vous pouvez la ranger dans votre poche droite. Et dans la gauche, ma foi, vous pouvez y ranger l’ego, car il n’a pas besoin d’entrer dans la compétition.

Le haut potentiel n’est pas omniscient. S’il est sur-compétent dans ses domaines, il ne vous rend pas, vous, incompétent pour autant. La lutte des égo n’a pas sa place entre vous. Surtout que son égo à lui, il est au chaud dans le fond de sa poche depuis bien longtemps. Il est même un peu abîmé, un peu écorché par manque de reconnaissance et parfois trop de maltraitance hiérarchique ou relationnelle. Le haut potentiel est humble, peu sûr de lui et timide. Oui, oui, ça ne se voit pas forcément, car tout le monde juge ses prises de paroles, ses solutions et ses digressions comme du mépris et un manque chronique de modestie. Mais non justement, c’est l’inverse.

Vous avais-je dit que le haut potentiel est souvent d’une grande maladresse, dans ses gestes et dans ses paroles ? Oui, il lui manque cette petite couche de vernis social qui rend les relations au travail lisses et sans arêtes. Par contre, connaissez-vous ses domaines d’excellences ?

 

Casiers rouages, un dessin de Thierry Guilbert

© Thierry Guilbert

 

Cognitif, soft skills et hard skills, la potion magique du HPI

Savez-vous pour quelles activités votre avion de chasse est doué ? Si vous voulez booster votre activité et lui permettre de déployer ses ailes, voici quelques pistes :

  • grâce à ses compétences cognitives en arborescence, votre avion de chasse à une aisance naturelle pour faire du lien entre différentes disciplines et différentes idées. Il voit en méta, il associe, il relie, il confronte et réorganise différentes données dans un ensemble cohérent. Il construit et intellectualise un tableau global qui mêle des problématiques parfois éloignées dont personne n’avait fait le rapprochement. A cette pensée en arborescence, il va ajouter ses soft et ses hard skills. Fabrice Micheau, coach de THPI en France et à l’international depuis une trentaine d’années illustre parfaitement cette arborescence lors de ses conférences. Il parle de pensées en quatre dimensions.

 

  • La caractéristique des compétences comportementales, ces fameuses soft skills, du haut potentiel est qu’elles s’expriment plus complètement, elles sont interconnectées et se révèlent essentielles pour accompagner l’entreprise, les équipes, les dirigeants. Vous pouvez construire de belles ressources humaines avec ses dons d’empathie, de leadership et son aisance relationnelle. Vos collaborateurs déplaceront des montagnes grâce à la force de conviction du HPI, son humour contagieux, son intelligence émotionnelle et son adaptabilité au service de la créativité. Laissez-le piloter des dossiers d’accompagnement d’équipe ou de direction, car il a le sens des liens, des organisations quand il sait aussi créer de la force d’engagement dans un collectif. Votre avion de chasse est extrêmement poreux à la reconnaissance, aux valeurs humaines, au bon relationnel humain, à la confiance mutuelle et à une certaine forme de liberté dans ses actions. Nicolas Gauvrit est mathématicien et chercheur en psychologie. Ses études et ses écrits sur la psychologique cognitive éclaire le sujet. Dans son livre Les surdoués ordinaires (Puf, 2014), il expose le concept d’intelligence émotionnelle, développé depuis 1989. L’intelligence émotionnelle (évaluée QE – quotient émotionnel) en est la capacité à comprendre et à utiliser ses propres émotions ainsi que celles des autres. Nicolas Gauvrit détaille « les surdoués semblent mieux se conformer à ce qu’on attend d’eux (mesure de désirabilité sociale) et ils semblent avoir un avantage en ce qui concerne le leadership et le jugement moral ». Il poursuit en corrélant QI (quotient intellectuel) et créativité. Les personnes à QI élevé ont tendance à avoir des scores de créativité élevés, c’est un lien statistique, vérifié à de multiples reprises.

Les rouages de l'entreprise illustrés par Thierry Guilbert

© Thierry Guilbert

 

  • Côté compétences techniques, les hard skills, le HPI en a un certain nombre, un peu surdimensionnées, c’est-à-dire qu’il peut être très bon, très vite. Ses atouts sont la maîtrise rapide de techniques et de technologies dans des domaines différents, qu’il parvient à combiner. Le haut potentiel excelle dans l’IT, car ses ramifications neuronales fonctionnent un peu comme le langage informatique. Il est doué en mathématiques, en statistique, en physique, en biologie, en conception et architecture de systèmes complexes, en prospective et bien sûr en innovation digitale. Il est doué pour faire, défaire, refaire des process, repenser des organisations, des stratégies et des audits complexes. Il est doué pour les métiers des relations humaines (coaching, psychologie, conseil, communication) et des arts. Un peu comme tout le monde finalement, mais un peu plus et un peu mieux que tout le monde… François, par exemple, est polytechnicien, ingénieur, diplômé des Mines ParisTech. Il excelle en conception et architecture de systèmes complexes, en prospective, innovation et analyse des processus. Il a œuvré au sein de la Sagem, de Dassault Aviation, à la DGA (Direction générale de l’armement). Il a travaillé sur le programme Rafale, sur des programmes de recherche et R&D européennes. Et quand ses compétences techniques peuvent trouver un terrain de jeu, les résultats valent tout l’or du monde pour une entreprise.

Et surtout, un conseil, ne laissez pas un HPI s’ennuyer ! Un haut potentiel qui s’ennuie, c’est un peu comme le Gremlins que vous avez nourri après minuit…

 

Atteindre l’efficacité générale

Voyez-vous maintenant l’intérêt pour toute entreprise, privée ou publique, de s’ouvrir sur cette reconnaissance des hauts et très hauts potentiels ? Dans un contexte professionnel ouvert, aux relations managériales équilibrées, votre avion de chasse saura surperformer. Il est primordial pour l’entreprise de laisser les hauts potentiels exprimer pleinement leur nature, et même si certaines de leurs skills vous titillent (émotions, humour, franc-parler), elles ont aujourd’hui toute leur place en entreprise. C’est l’heure de réparer l’entreprise et les collaborateurs par l’échange.

Il est l’heure, dans notre société en profonde mutation phygitale (physique et digitale), de faire décoller tous les avions de chasse. Non pas pour faire la guerre et prendre le pouvoir, mais bien pour rendre l’entreprise et le collectif plus agiles et plus efficients. Il est grand temps d’ouvrir la transversalité des métiers et des disciplines enfermées dans des silos. Il est grand temps d’ouvrir les multiples potentiels pour atteindre l’efficacité générale du travail et de la société.

 

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Aliénor Rouffet

Fondatrice et directrice de La Part Des Anges conseil
Fondatrice et directrice de La Part Des Anges conseil. Conseils en communication stratégique, accompagnement des équipes et des projets, formation aux grands leviers de la communication par l’information. Ancienne journaliste de presse nationale et régionale, attachée de presse et directrice de la communication.

10 Commentaires

  1. Fabrice Micheau le 23 février 2019

    un magnifique article qui éclaire avec subtilité, pertinence et intelligence la place qui peut être trouvée aux HPI sans faire peur à l’organisation. Dans ces périodes de transformations rapides et parfois traumatisantes, nous avons tous intérêt à travailler ensemble pour rendre plus agile, performante et respectueuses les entreprises (publiques et privées). Merci Aliénor.

    • Rouffet le 25 février 2019

      Merci Fabrice pour ce commentaire précieux.
      Il l’est d’autant plus que vous travaillez sur ces sujets depuis…. 30 ans !
      La suite dans un article avec un éclairage sur les HPI-THPI patrons de startups et PME.
      A bientôt
      Aliénor

  2. CéM le 26 février 2019

    Bonjour et merci pour ce bel article qui explique parfaitement ce qu’est un HPI… et ce qu’il n’est pas (ni ambitieux ni parfait ^^). Il ne reste plus qu’à convaincre des employeurs…
    Juste une remarque : bien que les HPI soient en effet atypiques au niveau cérébral, le terme “neuro atypique” est plutôt utilisé par et pour les autistes.

    • Aliénor Rouffet le 3 mars 2019

      Bonjour,
      En fait, le terme de neuro-atypique est de plus en plus employé, non pour qualifier les différents aspects de l’autisme, mais plutôt pour intégrer une notion “nouvelle” : l’intelligence émotionnelle et viscérale, ce que ne mesurent pas les tests de QI comme le Wais.
      Les neuro sciences font des découvertes intéressantes sur la question des intelligences multiples. Le terme de neuro-atypique veut justement intégrer les différentes formes d’intelligences pour dépasser le seul QI, qui ne reflète pas et ne sait pas mesurer toute la complexité des neurones.

  3. Pat le 27 février 2019

    L’article est très intéressant, mais je m’interroge. Ce n’est pas le première article que je lis sur les multiples avantages des hauts potentiels en entreprise, mais les entreprises recherchent-elles pour autant ce type de profil ? Ou au moins sont-elles prêtes à laisser leur potentiel s’exprimer ? Ou encore si je cherche à monter mon affaire et que je vais chez le banquier avec mes résultats au WAIS IV, est-ce que ce sera un plus ? Avez-vous des éléments concrets ?

    • Aliénor Rouffet le 3 mars 2019

      Bonjour,
      Certaines entreprises cherchent ces profils et savent parfaitement mettre à profit leurs compétences (beaucoup sont dans l’IT et la tech).
      D’autres (la majorité), ne sont pas ouvertes au sujet et n’ont pas de programme RH dédié pour la détection, l’accompagnement et l’utilisation de ces potentiels.

      La question des HP-THP est encore très “confidentielle” en France, contrairement à d’autres pays (Canada, Chine, Israël…). Aucun enfant n’est “testé” automatiquement, aucun programme national n’est mis en place pour accompagner ces jeunes potentiels tout au long de leur carrière. Et des enfants non détectés sont des adultes surdoués qui s’ignorent.
      Les tests sont chers et connus des personnes qui s’y intéressent. Apporter votre Wais à votre banquier ne me semble pas le meilleur des arguments pour décrocher un prêts. Un business plan, avec un business modèle solide, me paraît plus adapté à ce jour 😉

  4. Marc le 4 mars 2019

    Merci énormément d’avoir souligné les désintérêt des HPI pour le pouvoir. J’espère que cette idée va vite se diffuser de manière à ce que des recruteurs et des supérieurs ne voient pas en nous des ambitieux aux dents longues qui risquent de ltenter de prendre leur place mais plutôt des collaborateurs pour lesquels ambition rime avec faire plus mais pas avec commander.

    • Aliénor Rouffet le 11 mars 2019

      Bonjour Marc,
      Merci pour votre commentaire.
      Alors la notion de temps sur la diffusion puis l’intégration de cette info va probablement prendre… quelques années mais la parole s’ouvre ça et là donc un nouveau chemin de compréhension arrive. Et ça, c’est un très beau progrès 🙂

  5. So* le 10 mars 2019

    Dire ou ne pas dire que l’on est HPI à son boss ? Cela peut faire peur, cela peut passer pour de la vantardise… mais cela peut aussi éclairer, expliquer des situations. Tout dépend le niveau de « maturité managériale » de l’interlocuteur. Personnellement je n’ai jamais verbalisé mon potentiel en entreprise. Mais je le regrette parfois. Je me remets souvent en question et doute, je marche sur des œufs. Frustrée je ne peux pas tout exprimer, ni tout régenter. Esprit en ébullition, analyse constante, anticipation, j’ai des nouvelles idées tous les jours. Je pourrai passer pour une folle dispersée, alors que dans m’a tête c’est structurée. 🙃… Bref pas facile de se fondre dans le moule quand on est HPI

    • Aliénor Rouffet le 11 mars 2019

      Absolument. Et vous connaissez surement cette maxime “A force de vouloir rentrer dans le moule, on finit par ressembler à une tarte”…
      S’ouvrir sur son haut potentiel auprès du management, pourquoi pas. Mais comme vous le soulignez, tout dépend de la maturité du management, des RH sur le sujet (ou même seulement sur la connaissance du sujet, sans même parler de maturité…). En fonction de comment, dans quel cadre d’entretien et pourquoi vous abordez la question, cela peut être contre-productif. Donc ça se travail avant.

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