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Congé paternité et d’accueil de l’enfant, le coming out des papas et des mamans poules ?

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Quand bébé paraît, tout se trouve bouleversé dans le foyer… et dans l’entreprise aussi. Car depuis l’instauration des congés paternité et d’accueil de l’enfant le 1er janvier 2002, le temps de pouponnage n’est plus, ou ne devrait plus, être un monopole féminin, même si dans les faits des progrès restent à faire… On peut s’en réjouir et voir dans cette loi une avancée pour l’égalité des hommes et des femmes dans les couples hétérosexuels, mais pas seulement. Car cette mesure, concerne également les couples homosexuels. Dans le cas d’un couple de femmes, les responsables RH peuvent  se confronter à l’intimité de salariés qui n’avaient peut-être pas jusqu’alors choisi de dévoiler leurs préférences sexuelles pour bénéficier d’une mesure d’état. Une problématique RH qui comme une autre doit être traitée avec professionnalisme et empathie.

 

Le congé paternité et d’accueil de l’enfant, un congé sur mesure ?

Pour rappel, le congé paternité et d’accueil de l’enfant est un droit ouvert à tous les salariés quelles que soient l’ancienneté ou la nature de leurs contrats. La personne qui souhaite en bénéficier doit avertir son employeur au moins un mois avant la date du début de son absence et également préciser la fin de la période du congé souhaité. Il devra être pris 4 mois maximum après la naissance de l’enfant. La durée du congé paternité et d’accueil de l’enfant est de 11 jours consécutifs au plus (samedi, dimanche et jour férié compris) et de 18 jours en cas de naissance multiple.

Pour en bénéficier, il faut être le père du bébé ou conjoint de la mère/du père. Ce dernier statut est suffisant pour bénéficier d’un congé qui peut donc être étendu à deux personnes : le père et la personne avec laquelle la mère vit.

 

Le congé paternité et d’accueil de l’enfant à l’épreuve

Cette mesure a été une petite révolution chez certains RH et dans l’entreprise, car elle a permis d’acter le rôle devenu plus actif du père dans l’éducation et le besoin des hommes de passer plus de temps avec leurs enfants. Ce temps, qui n’est plus consacré à l’entreprise, peut pourtant être encore mal perçu par les employeurs qui n’étaient pas habitués à voir leurs salariés masculins prendre des congés pour une naissance. D’ailleurs, encore aujourd’hui, la pression sociale ou hiérarchique peut influer sur la décision du futur père d’utiliser ses droits. À ce jour 7 pères sur 10 en profitent, mais 90 % d’entre eux n’utilisent pas la durée totale. Quand on interroge les DRH sur ce sujet, cette sous-utilisation relative du congé par les pères s’expliquerait à 40 % par la pression sociale et à 24 % par peur d’une interprétation de désengagement personnel.  Autre raison plus pragmatique, mais primordiale : le budget. Certains pères (44,5 %) ne prennent pas leur congé lorsque le maintien de la rémunération n’est pas acté dans les accords de l’entreprise.

 

Un congé en forme de coming out ?

Malgré la persistance de réticences, les choses évoluent dans le bon sens pour voir éclore de futures générations de papas poules. Néanmoins, cette mesure qui tend à vouloir proposer plus d’égalité entre hommes et femmes peut s’avérer plus délicate à gérer lorsque son application concerne les couples de femmes. Face à cette situation, les RH deviennent parfois les réceptacles d’un coming out provoqué pour les femmes souhaitant bénéficier de ce congé conçu au départ pour la gent masculine. Et si la société tend à être plus tolérante que par le passé, on ne peut pas prévoir la réaction de toutes les personnes au sein de l’entreprise. Dans certains cas, ces « révélations » peuvent exposer la bénéficiaire du congé à des moqueries ou des quolibets. Dans d’autres circonstances, cet état de fait ne changera en rien les rapports entre les personnes dans l’entreprise.  Mais pour les RH qui doivent avant tout veiller à l’harmonie au sein d’une structure, le principe de précaution et de discrétion devra être plus que jamais appliqué. Plus qu’avec une demande dite « classique» de congés paternité et d’accueil de l’enfant, les RH concernés devront prendre en compte la typologie sociétale de l’entreprise, jauger le niveau de tolérance des équipes. Le choix de partager cet heureux événement avec ses collègues ou de rester en retrait par rapport à la situation devant in fine rester du ressort de la personne concernée.

 

L’effet sociétal du congé paternité et d’accueil de l’enfant

Avec le recul, le congé paternité et d’accueil de l’enfant peut être considéré comme un vrai progrès. Il a permis à de nombreuses personnes de participer plus activement aux premiers moments de la vie d’un enfant et de soulager un peu les mamans durant cette période particulièrement exténuante que constituent les premiers jours (et les premières nuits) d’un nourrisson. Cette mesure qui est au départ une reconnaissance du rôle actif que doit avoir le père, a également permis de décomplexer les hommes vis-à-vis des clichés qui ont encore la vie dure dans notre société. Fini (en théorie) l’homme qui regardait sa femme changer les couches, donner le biberon, donner le bain en spectateur. Le congé paternité et d’accueil de l’enfant a constitué une sorte de consécration pour les nouveaux pères plus impliqués, même si les machos peuvent aussi en profiter. Cette première étape vers plus de reconnaissance rejoint le besoin de n’importe quelle personne d’être reconnue en tant que parent actif sans se soucier des stéréotypes. Pour les couples de femmes ou d’hommes, cette mesure (amendée le 1er janvier 2013), a constitué un nouveau droit. Un progrès qui ne doit pas faire oublier le chemin qu’il reste à faire dans la reconnaissance des familles qui ne rentrent pas forcément dans la case papa+maman  (vaste question qui a alimenté les débats lors du vote du mariage pour tous).

Entre des hommes pouvant mieux assumer un rôle actif dans le début de vie de leur enfant et des femmes ayant la possibilité de faire reconnaître l’importance de leur présence aux côtés de leur compagne, le congé paternité et d’accueil de l’enfant a certainement facilité un coming out de la parentalité revendiqué par de nombreux  papas et mamans poules.

 

Crédit photo : Shutterstock /Lattesmile

 

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Cyril DESMARGEZ

Rédacteur RH senior chez Parlons RH
Rédacteur à ses débuts en agence de communication, Cyril démarre ensuite une carrière en free-lance riche en différentes missions. Livres blancs, contenus, script, sites … il acquiert durant cette période une grande expérience en rédaction, mais aussi en gestion de la relation client. L’envie de participer à un beau projet commun, de travailler en équipe lui fait par la suite rejoindre Parlons RH. Cyril est diplômé Art et lettres et ancien élève des beaux-arts. Et même s’il a délaissé les pinceaux pour la plume, il garde toujours à l’esprit que pour bien travailler sur un sujet, il faut une bonne structure et une bonne idée.

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