Le marché de l’emploi français continue de résister, malgré un contexte économique et politique loin d’être serein. Derrière des indicateurs rassurants, il entre pourtant dans une nouvelle ère, moins euphorique, plus sélective, et traversée par des transformations profondes. La rédaction de Parlons RH a sélectionné trois chiffres clés dans cette infographie réalisée par l’Insee pour mieux comprendre cette photographie du marché du travail : un taux d’emploi record, une montée en compétences spectaculaire des actifs en poste et un télétravail qui, loin des effets d’annonce, s’ancre dans les pratiques. Explications.
Le taux d’emploi à son plus haut historique
C’est LE chiffre qui retient notre attention : en 2025, 69,3% des personnes âgées de 15 à 64 ans sont en emploi, du jamais vu depuis que l’INSEE mesure cet indicateur, en 1975. Les seniors tirent particulièrement leur épingle du jeu avec +0,9 point par rapport à 2024, signe que le recul de l’âge de la retraite commence à produire ses effets.
Une excellente nouvelle ? Non. Les entreprises recrutent, mais différemment. Le baromètre annuel d’Hellowork nous révélait il y a quelques semaines que le volume d’offres d’emploi publiées a reculé de -9,8% en 2025 par rapport à 2024. Un chiffre alarmant ? Non plus. Il traduit plutôt une normalisation du marché de l’emploi.
C’est d’ailleurs ce qu’explique David Beaurepaire, Directeur Délégué au développement de Hellowork : après une année 2024 exceptionnelle, 2025 marque un retour à un rythme plus classique, dans un contexte d’instabilité politique et budgétaire en France, mais aussi de fortes incertitudes géopolitiques. Si les entreprises continuent de recruter, elles le font avec davantage de prudence. Les embauches restent à un niveau historiquement élevé, mais elles sont moins poussées par la croissance que par les mouvements internes du marché : départs à la retraite, démissions, ruptures conventionnelles, fins de CDD ou de périodes d’essai.
Le directeur délégué d’Hellowork nous alerte également sur l’impact de l’IA. Bien qu’il soit encore trop tôt pour mesurer précisément les effets de l’intelligence artificielle sur la création ou la destruction d’emplois, il observe déjà une baisse du nombre d’offres destinées aux juniors sur certains postes de cols blancs, notamment dans le conseil ou le développement informatique. Si les entreprises automatisent aujourd’hui les premiers niveaux d’entrée, où trouver les seniors de demain ?
La montée en compétences connaît une progression spectaculaire
Près d’un salarié sur deux est aujourd’hui diplômé du supérieur, soit +5,9 points en six ans seulement. Cette progression confirme la transformation profonde du marché du travail. À l’inverse, la part des peu ou pas diplômés (au plus le brevet) recule de 2,7 points pour tomber à 11,2%.
Ce basculement traduit une montée en compétences généralisée, liée à la tertiarisation de l’économie, à la complexification des métiers et à l’importance croissante des savoirs techniques, analytiques ou relationnels. Pour les entreprises, cela implique de manager des équipes plus diplômées et de composer avec des attentes plus élevées en matière d’autonomie, de sens, de reconnaissance ou encore de perspectives d’évolution.
Ce salarié plus diplômé est aussi plus exigeant. Il négocie mieux son salaire, connaît ses droits, et sait ce que le marché peut lui offrir. La directive européenne sur la transparence des salaires, qui entrera en vigueur dans moins de deux mois, ne devrait qu’amplifier cette tendance, en obligeant les entreprises à aligner et afficher clairement leurs grilles salariales.
Le télétravail s’installe durablement
En 2025, un salarié sur cinq télétravaille au moins un jour par semaine. Un chiffre qui confirme que la pratique s’est installée dans le paysage professionnel français. Dans le détail, 39,2% ont télétravaillé deux jours (+0,3 point), tandis que la part de ceux qui télétravaillent trois jours ou plus recule à 22,6% (-2,1 points).
Faut-il y voir le grand retour du présentéisme triomphant ? Pas vraiment, malgré quelques cas très médiatisés de retour au bureau. Selon l’Apec, 89% des entreprises n’ont pas modifié leur politique de télétravail en 2025, et seules 9% l’ont réduite ou supprimée. Cherry on the cake : 94% des entreprises n’envisagent aucune évolution de leur politique de télétravail en 2026.
Ce mouvement de stabilisation s’accompagne d’une évolution plus profonde. Le télétravail n’est plus perçu comme une réponse exceptionnelle à une crise, mais comme une modalité d’organisation du travail à part entière. Il s’inscrit désormais dans des équilibres à trouver entre présence, collaboration, performance et qualité de vie.
Il est aussi devenu un marqueur fort d’attractivité, en particulier pour les cadres. L’Apec rappelle que près d’un cadre sur deux envisagerait de quitter son entreprise si un retour en arrière était imposé. Pour beaucoup, la question n’est plus de savoir s’ils peuvent télétravailler, mais dans quelles conditions, avec quel niveau de flexibilité et d’autonomie.
Le marché de l’emploi tient, mais ne fonctionne plus comme avant. Moins expansif, plus sélectif, traversé par des transformations profondes, il pousse désormais les entreprises à ajuster leurs pratiques plutôt que de capitaliser sur l’élan des dernières années.

Source : Insee
Illustration : Shutterstock / Inthon Maitrisamphan



