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Santé mentale : agir maintenant, transformer durablement

L’année 2026 devra marquer un changement de paradigme pour inscrire durablement la santé mentale dans la gouvernance des entreprises.

Publié le 07/01/2026

Mis à jour le 21/01/2026

Par Camy Puech, Qualisocial

La santé mentale est devenue l’un des marqueurs les plus précis de l’état de nos organisations et de notre société. Les données montrent une dégradation durable, portée autant par les transformations macro-économiques, écologiques et technologiques que par les tensions du travail lui-même. Si la Grande Cause Nationale 2025 a levé un tabou et ouvert un mouvement inédit, les réponses restent encore très en retrait face à l’ampleur des enjeux. L’année 2026 devra marquer un changement de paradigme : passer de la sensibilisation au pilotage, reconstruire les conditions du travail et inscrire durablement la santé mentale dans la gouvernance des entreprises.

L’état de la santé mentale des travailleurs en France : plus qu’un ressenti, une réalité chiffrée

Prenons la définition de l’OMS comme base commune : la santé mentale est un état qui permet à chacun de déployer son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, d’être productif et de contribuer à la communauté. Une société sans santé mentale est une société qui perd sa capacité de résilience. Ce n’est pas un combat entre salariés et dirigeants, ni un sujet qui relèverait de la seule sphère RH. C’est un enjeu de société, et nous devons le traiter comme tel.

Trois chiffres suffisent aujourd’hui à prendre la mesure de la situation. D’abord, 22% des salariés se déclarent en mauvaise santé mentale d’après le baromètre 2026 Santé mentale & QVCT de Qualisocial x IPSOS. Ce n’est plus un contrecoup post-Covid, c’est une situation durable. Ensuite selon ce même baromètre, un salarié qui manque de confiance dans l’avenir a 12% de risque en plus d’être en mauvaise santé mentale. Ce n’est donc pas seulement l’organisation du travail qui fragilise, c’est aussi le contexte collectif marqué par l’incertitude, les tensions géopolitiques, la transition écologique, la révolution technologique. Enfin, l’impact sur le travail est net : +133% d’énergie au travail pour un salarié en bonne santé mentale et 49% d’engagement supplémentaire. La santé mentale conditionne directement la performance.

Ce que nos données montrent surtout, c’est que le débat doit sortir d’une vision trop polarisée. Non, la dégradation de la santé mentale ne peut pas s’expliquer par un “effet de mode” ou par une fragilité individuelle soudaine. Non, elle n’est pas non plus le résultat d’une défaillance généralisée du management. La réalité est bien plus large : la France, comme beaucoup d’autres pays, fait face à des transformations qu’elle ne maîtrise pas totalement. Quand une société perd la main sur son destin, technologique, écologique ou économique, cela crée mécaniquement de la tension psychologique. Le monde du travail n’en est que le réceptacle.

Le paradoxe, c’est que les dispositifs de prévention sont encore trop inégalement déployés. 44% des salariés n’ont accès à aucune action dédiée, et seuls 21 % bénéficient d’un accompagnement structuré. Cela ne reflète pas un manque de volonté, mais plutôt l’absence d’un cadre clair, partagé et soutenu pour agir collectivement à la hauteur des enjeux.

Grande Cause Nationale en 2025 : un tournant culturel… mais pas encore structurel

Oui, 2025 a marqué un tournant. La santé mentale est devenue un sujet public, politique, collectif. La dynamique enclenchée par la Grande Cause Nationale est réelle. Lors de l’événement Cap sur la santé mentale, 174 organisations ont signé la Charte pour la Santé Mentale, alors que 30 signatures seulement étaient attendues. Ce dépassement spectaculaire n’est pas un détail : il signifie qu’un seuil culturel a été franchi, qu’un tabou a été levé.

La prise de conscience est là. L’enjeu désormais est d’accompagner cette dynamique par des moyens concrets, durables, et à la mesure de l’ampleur des besoins exprimés sur le terrain.

Je suis convaincu qu’il faut sortir de la lecture simpliste du débat pour mieux agir. D’un côté, certains affirment que “le travail rend malade”. De l’autre, on entend que l’’“on s’arrête trop facilement” et que la santé mentale serait devenue un prétexte à l’absentéisme. Ces deux discours nous enferment dans un conflit stérile. La dégradation de la santé mentale est le symptôme d’organisations mises sous tension permanente, où les exigences s’accumulent plus vite que les capacités à y répondre.

Dans ce contexte, l’arrêt maladie devient parfois la seule issue possible. Il protège temporairement, mais ne règle pas les causes structurelles du mal-être. Et à long terme, il isole les individus autant qu’il fragilise les collectifs. Miser sur la prévention, c’est construire une réponse plus équilibrée, bénéfique pour chacun et soutenable pour les organisations.

2026 et au-delà : de la sensibilisation au pilotage stratégique

Si l’on veut que 2025 ne soit pas une parenthèse, le prochain pas décisif me semble évident : passer d’une logique de sensibilisation à une logique d’anticipation. La santé mentale ne peut plus reposer sur des actions ponctuelles. Elle doit devenir un sujet de gouvernance, avec des indicateurs, des objectifs, des responsabilités et une évaluation réelle des résultats. Cela implique de mesurer systématiquement, de piloter la santé mentale comme la sécurité ou la qualité, d’outiller les managers sur tout ce qui relève du travail quotidien, et d’investir dans le collectif.

D’ici 2030, trois évolutions majeures devront s’imposer. La première est le passage d’un modèle réactif à un modèle prédictif. Après des années à gérer la santé mentale, il faudra détecter les signaux faibles plus tôt, suivre les équipes en continu et objectiver les risques organisationnels avant qu’ils ne deviennent des impasses humaines. Avec les baromètres réguliers, l’IA et les outils à notre disposition, la prévention deviendra une discipline d’anticipation comparable à la cybersécurité : surveiller pour éviter, plutôt que réparer après coup. On ne parlera plus seulement de bien-être, mais de maîtrise des risques humains.

La deuxième évolution est structurelle : reconstruire le travail pour qu’il protège, au lieu de fragiliser. Transformer les conditions de travail passera par une refonte des charges, des rythmes et des modes de coordination, par une régulation explicite des priorités, et par des espaces où l’on discute enfin du travail réel. La transformation sera d’abord opérationnelle : le soutien aux personnes restera évidemment indispensable. Mais pour agir durablement, il faudra aussi interroger collectivement les modes de fonctionnement qui peuvent, parfois, exposer les équipes à une fatigue excessive. C’est en agissant en amont que l’on construira des organisations plus résilientes.

La troisième évolution portera sur la gouvernance. Entre 2026 et 2030, la santé mentale pourrait suivre une trajectoire comparable à celle de la RSE : passer progressivement du registre de l’intention à celui des attentes formalisées. Rien n’est encore écrit dans un contexte politique et réglementaire mouvant, mais les signaux se multiplient. Les entreprises sont d’ores et déjà incitées à structurer des indicateurs fiables, à intégrer la santé mentale au bilan social, et à se préparer à des exigences accrues de transparence de la part des investisseurs et des donneurs d’ordre, à l’image de ce qui s’est imposé sur l’égalité professionnelle. 

En 2025, nous avons enfin commencé une démarche constructive  pour la  santé mentale. Entre 2026 et 2030, notre responsabilité est désormais  d’être à la hauteur de nos engagements.. et d’obtenir des résultats concrets sur la santé mentale au travail. Notre économie et notre société en dépendent. Les organisations signataires de la Charte sont toutes engagées sur ce défi.

À propos de l’auteur

  • Camy Puech

    Qualisocial

    Fondateur et président de Qualisocial

    Camy Puech est le fondateur et président de Qualisocial, acteur de référence en santé mentale et qualité de vie au travail. Diplômé d’une grande école de management, il quitte rapidement la finance pour créer, dès 2008, une entreprise alignée avec ses convictions : remettre l’humain au centre du travail. Co-président de la Charte pour la Santé Mentale au Travail et membre du comité de direction de CroissancePlus, il a accompagné depuis 18 ans plus de 1100 organisations dans la transformation durable de leurs environnements professionnels, convaincu que le bien-être mental est un levier essentiel de performance collective.