On tremble devant un film d’horreur, on sursaute à la vue d’une araignée, on frissonne en passant devant une vieille maison abandonnée… Et parfois, la peur nous suit jusque dans les couloirs de l’entreprise. Peur de perdre son travail, de ne pas être à la hauteur, de voir son métier disparaître : à l’occasion d’Halloween, la rédaction de Parlons RH s’est penchée sur 5 monstres qui hantent le quotidien des collaborateurs. Évidemment, à la clé, des solutions concrètes pour les faire disparaître. Sortez vos bonbons préférés, la chasse aux fantômes (professionnels) est ouverte !
Stephen King n’a qu’à bien se tenir. Les études alertant sur la santé mentale des salariés se suivent, se ressemblent et ont tout d’un scénario de film d’épouvante. En 2026, 1 salarié français sur 2 se trouve en situation de détresse psychologique, selon le baromètre Empreinte Humaine, et 83 % d’entre eux estiment que leur travail y contribue au moins en partie. Dans le même temps, les troubles psychologiques représentent désormais 37,8 % des arrêts de travail de plus de 30 jours, selon Malakoff Humanis. Et pour cause : stress, surcharge, incertitudes économiques, peur de mal faire, transformations liées à l’IA… Les raisons de se faire des cheveux blancs ne manquent pas.
Le spectre du licenciement : la peur de perdre son emploi
En voilà une peur universelle, qui traverse les générations sans jamais prendre une ride : celle d’être licencié. Restructurations, recrutements en berne, économies à petites et grandes échelles… Même lorsqu’aucune suppression de poste n’est annoncée, les salariés peuvent rapidement imaginer le pire. D’autant plus en 2026, alors que le contexte économique du pays fait froid dans le dos. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 28 % des cadres se sont senti menacés par un risque de licenciement cette année vs. 23 % l’an passé1. Et perdre son emploi n’est qu’une partie du scénario catastrophe puisque 61 % d’entre eux redoutent surtout de ne pas retrouver ensuite un poste équivalent.
Comment agir ? Premièrement, il faut s’intéresser à ce qui nourrit cette peur. Bien souvent, il s’agit du manque de visibilité. En l’absence d’informations claires, les rumeurs circulent, les interprétations se multiplient et chacun finit par écrire son propre scénario catastrophe. Votre rôle ? Être, autant que possible, transparent et honnête : communiquer régulièrement, y compris lorsque toutes les réponses ne sont pas encore connues ; expliquer les décisions et leur calendrier ; et donner de la visibilité sur les évolutions à venir. Autre levier : rappeler les possibilités de mobilité interne, de formation ou de reconversion.
Le burn-out, pire cauchemar des salariés
Imaginez : vous êtes en poste depuis plusieurs années. Jour après jour, vous étouffez sous un trop-plein de missions, de mails, de réunions. Votre manager vous met la pression. Vous êtes fatigué, irritable, agacé… Jusqu’au jour où vous craquez. Ouf, votre réveil sonne : ce n’était qu’un mauvais rêve. Ah non, en fait, c’est la réalité de 32 % des salariés2. De quoi créer des terreurs nocturnes chez l’ensemble des collaborateurs. D’ailleurs, la peur de faire un burn-out arrivait en tête des pires craintes professionnelles dans un sondage réalisé auprès de 3000 répondants par Gaël Chatelain-Berry, en juin 2025.
Comment agir ? Ici, pas de potion magique. La prévention du burn-out ne peut pas reposer uniquement sur la capacité des salariés à « mieux gérer leur stress » ou à apprendre à décrocher. Votre première étape consiste à agir sur les causes : charge de travail excessive, objectifs irréalistes, manque d’autonomie, injonctions contradictoires ou encore pression managériale. Cela passe notamment par une vigilance accrue sur les signaux faibles, des espaces où les collaborateurs peuvent réellement parler de leur charge de travail et des managers formés à repérer les situations à risque. Et surtout, une règle simple : ne pas attendre que le salarié craque pour commencer à agir.
L’invasion des robots : la peur d’être remplacé par l’IA
C’est actuel et factuel : les salariés craignent de plus en plus l’arrivée de l’IA dans le monde professionnel. Au-delà de la peur de voir son poste supprimé, il y a celle de voir son métier changer très (trop) vite, ses compétences transformées, ou plus simplement, de ne pas réussir à suivre la cadence. En 2026, 23 % des cadres considèrent ainsi l’IA comme une menace pour leur métier, tandis que 39 % estiment qu’elle aura un impact fort sur leur propre métier, selon l’Apec. Ils ne ressemblent peut-être pas encore aux robots inquiétants des films de science-fiction, mais ChatGPT, Copilot et leurs petits camarades ont bel et bien investi les entreprises et il faut désormais apprendre à faire avec.
Comment agir ? Heureusement, nous ne sommes pas encore dans un opus de Terminator. L’IA ne devrait pas se retourner contre nous, pauvres mortels. Alors, en tant que professionnels des RH : rassurez vos collaborateurs ! Déjà, en leur offrant de la visibilité sur ce que la machine va changer concrètement dans votre organisation : quels métiers vont évoluer ? Quelles tâches doivent être automatisées ? Quels outils vont être déployés ? Quelles compétences faudra-t-il développer demain ? La formation joue évidemment un rôle central. Or, aujourd’hui, seuls 29 % des cadres déclarent avoir été formés à l’IA, alors que les deux tiers estiment que sa maîtrise deviendra une compétence importante pour leur avenir professionnel3.
Attention, vampire : quand le manager fait peur
Ils ne portent pas forcément de cape et ne fuient pas à la lumière du jour. Pourtant, certains managers savent très bien faire trembler leur équipe. Il suffit parfois d’un comportement imprévisible, d’une remarque mal placée ou de quelques mauvaises expériences pour qu’un collaborateur réfléchisse à deux fois avant d’agir ou de prendre la parole. Signaler une surcharge, contredire une décision, reconnaître une erreur, proposer une idée ou simplement dire que l’on ne va pas bien peut alors devenir une véritable épreuve. Et les chiffres ne sont pas vraiment rassurants : en 2026, seuls 11 % des salariés français déclarent bénéficier d’un niveau élevé de sécurité psychologique dans leur organisation, selon Empreinte Humaine.
Comment agir ? Rangez les gousses d’ail et autres crucifix. La sécurité psychologique se construit d’abord dans les comportements quotidiens : écouter, accepter la contradiction, accueillir les erreurs, donner du feed-back sans humilier… Il est essentiel de former les managers sur ces sujets. Mais il faut aussi offrir aux salariés d’autres voies de recours lorsque la relation avec leur responsable direct pose problème.
Le monstre sous le bureau : la peur de ne pas être à la hauteur
Ah le fameux syndrôme de l’imposteur… De nombreux salariés le traînent tel un boulet attaché à leur cheville. Celui-ci revêt plusieurs formes : la peur d’échouer, de se tromper, de décevoir son manager, de ne pas atteindre ses objectifs ou tout simplement de ne pas être suffisamment qualifié pour occuper son poste. Un sentiment franchement déplaisant qui peut entraîner démotivation et baisse de performance. Attention toutefois, cette crainte n’est pas seulement le signe d’un manque de confiance individuel, elle peut aussi survenir en raison d’un contexte de travail défavorable : manque de feed-back, objectifs irréalistes, remarques désobligeantes, etc.
Comment agir ? Première mission : arrêter de faire de chaque erreur une scène de crime. Clarifier ce qui est attendu, multiplier les échanges, reconnaître les progrès autant que les résultats et permettre aux collaborateurs de dire « je ne sais pas » ou « j’ai besoin d’aide » sans craindre pour leur réputation sont autant de leviers à la portée des entreprises. Le droit à l’erreur ne consiste évidemment pas à tout laisser passer, mais à distinguer la faute volontaire de l’expérimentation.
Licenciement, burn-out, intelligence artificielle, management, sentiment de ne pas être à la hauteur… Contrairement aux fantômes et autres créatures d’Halloween, les peurs qui hantent les salariés sont, elles, bien réelles. Et, mauvaise nouvelle : elles ne disparaîtront pas comme par magie dès le 1er novembre (admettez que ça aurait été plus simple). Ces craintes, qu’elles vous paraissent rationnelles ou non, ont au moins le mérite de démontrer une chose : dans un contexte économique et géopolitique digne d’un film apocalyptique, les collaborateurs ont besoin d’être rassurés. A vous, professionnels des RH de créer les conditions pour accueillir leur parole et d’agir au mieux pour dissiper leurs peurs. Après tout, le meilleur moyen de faire fuir les monstres reste encore d’allumer la lumière.
- Baromètre Apec – 3eme trimestre 2026 ↩︎
- Selon la 16e édition du baromètre Empreinte Humaine / Ipsos BVA sur la santé mentale au travail, menée du 4 au 18 mai 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 salariés français, 32 % des salariés présentent un risque de burn-out. ↩︎
- Apec, « Les cadres et l’IA », 2026 ↩︎



