Cette semaine, la rédaction de Parlons RH a mis la main sur une infographie signée Comundi consacrée à l’impact de l’intelligence artificielle sur la formation. Deux chiffres nous ont interpellés : le premier laisse entrevoir des formations beaucoup plus personnalisées. Le second promet aux formateurs de récupérer un peu de temps qui leur manque tant. Deux bonnes nouvelles ? Pour le vérifier, nous avons choisi de les décortiquer, de prendre un peu de recul et, surtout, de vous dire franchement ce qu’on en pense. Vous allez voir, il y a de quoi se réjouir. À nous de ne pas tout gâcher.
44 % des enseignants voient dans l’IA un avantage majeur de personnalisation de l’apprentissage : on signe !
Sur ce point, difficile de ne pas partager leur enthousiasme. Si l’intelligence artificielle tient cette promesse, elle pourrait bien transformer radicalement la formation telle qu’on la connaît aujourd’hui. Le Baromètre 2025 de la formation professionnelle dans les entreprises, réalisé pour EdTech France, révèle d’ailleurs que 87 % des salariés interrogés rencontrent au moins une difficulté lorsqu’ils se forment et devinez quoi ? Le manque de personnalisation des contenus (24 %) est l’un des cailloux qui se glisse le plus souvent dans la chaussure des apprenants. Aïe.
La personnalisation est donc, sans l’ombre d’un doute, l’une des promesses les plus emballantes faite par l’IA. Grâce aux résultats obtenus, au rythme de progression ou aux difficultés rencontrées, celle-ci peut faire évoluer le parcours de chaque collaborateur à son rythme et selon ses besoins. En d’autres termes, la technologie offre la possibilité à chaque apprenant de ne pas perdre de temps sur ce qu’il maîtrise déjà ou d’approfondir lorsqu’il y a des lacunes.
Confortable, c’est certain. Efficace ? Jugez plutôt. Les recherches menées sur l’apprentissage adaptatif démontrent que cette personnalisation peut aussi améliorer les résultats d’apprentissage. Une méta-analyse publiée en 2024, portant sur 45 études, observe que les apprenants utilisant des dispositifs adaptatifs reposant sur l’IA obtiennent de meilleurs résultats d’apprentissage que ceux suivant des dispositifs classiques et génériques.
Comme si cela ne suffisait pas, la personnalisation dépasse largement le cadre du parcours de formation. Avec l’IA générative à portée de clic, l’apprenant peut facilement confronter ce qu’il vient d’apprendre à un autre point de vue, pousser un raisonnement dans ses retranchements, tester une idée, demander des contre-arguments ou même challenger les propos du formateur. Que demande le peuple ?
L’idée n’est toutefois pas de mettre le cerveau des apprenants au placard. Comprendre demande du temps, des tâtonnements et parfois quelques erreurs. L’IA peut facilement nous faire sauter quelques étapes pour arriver plus vite au résultat. C’est pratique, évidemment. Un peu trop, parfois. Le risque, c’est de réussir un exercice sans avoir vraiment appris à le faire.
85 % des formateurs comptent sur l’IA pour gagner du temps sur la conception de leurs supports : bonne nouvelle, ils ont mieux à faire !
Ils auraient tort de se priver : il y a de quoi faire entre la conception des supports, la préparation des quiz, la création d’exercices et cette flopée de petites tâches qui précèdent l’entrée en scène du formateur. L’IA peut désormais en expédier une grande partie en quelques minutes. Lucie Dhorne, spécialiste de l’IA appliquée à la formation, parle à ce sujet d’une utilisation encore très « pompier » : un besoin, une urgence, quelques prompts et le feu est éteint. Houra !
Entre nous, si le temps gagné sert uniquement à produire quelques PowerPoint de plus dans la journée, l’occasion serait franchement ratée. Quand n’importe quelle réponse peut s’obtenir en trois secondes, le rôle du formateur n’est plus tout à fait le même. Ce temps bonus doit lui permettre de prendre de la hauteur, de susciter de la curiosité chez ses apprenants et de faire évoluer sa manière de transmettre. Le formateur de demain ne sera donc pas celui qui aura toutes les réponses. Tant mieux, l’IA s’en charge. « Je pense, donc je forme », disait Descartes (à peu de choses près).
L’intelligence artificielle peut aussi mettre les mains à la pâte de manière très concrète dans la construction pédagogique d’une formation. L’utiliser pour challenger des objectifs pédagogiques, analyser les forces et les faiblesses d’un parcours de formation ou encore repérer la séquence qui risque d’envoyer tout le monde dans les bras de Morphée. En revanche, rien ne saurait remplacer l’expertise d’un bon formateur. Celle qui lui permet de savoir pourquoi une méthode fonctionne (ou pas), et de comprendre la psychologie humaine, propre à chacun. La pédagogie n’est malheureusement pas une recette qu’il suffirait de suivre à la lettre.
Vous la voyez, la différence entre une utilisation de l’IA pour produire plus vite et celle qui consiste à mieux former ? La première option est déjà largement à portée de main. La seconde demande davantage de méthode.
L’IA ne remplacera donc ni l’envie d’apprendre ni le talent de transmettre. Elle peut en revanche nous aider à mieux apprendre et à mieux former. À nous, à vous de ne pas gâcher cette occasion en or.

Source : Comundi



