Les Éditions Tissot et Payfit ont interrogé 829 professionnels des RH pour dresser un état des lieux de leur quotidien en 2025. Résultat : une fonction toujours plus sollicitée, confrontée à des marges de manœuvre qui se réduisent. Deux chiffres de cette infographie issue de leur Baromètre 2025 ont retenu l’attention de la rédaction de Parlons RH, tant ils reflètent la réalité d’un métier sous tension. Comment les entreprises répondent-elles à la question de la rémunération des collaborateurs, jugée prioritaire par les RH eux-mêmes ? La charge de travail permet-elle encore aux équipes RH d’assumer un rôle stratégique ? L’IA, omniprésente dans les discours, a-t-elle déjà un impact concret sur les pratiques ? Décryptage.
66% des salariés attendent des réponses sur la rémunération
Ce chiffre a retenu notre attention parce qu’il dit tout d’une tension croissante dans les entreprises. La rémunération est aujourd’hui la deuxième attente prioritaire des salariés, juste derrière la qualité de vie au travail. Autrement dit : deux tiers des collaborateurs placent la rémunération au cœur de leurs attentes. Pourtant, l’agenda RH 2025 ne semble pas totalement à la hauteur.
Prenons un peu de recul : seuls 36% des professionnels des RH déclarent avoir travaillé en 2024 sur une politique de rémunération plus attractive, un recul net par rapport à 2023 (45%). La suite n’est pas plus rassurante : 27% des professionnels de la fonction RH n’ont prévu aucune action en la matière pour 2025, contre seulement 5% un an plus tôt. Inquiétant, non ?
Vous l’aurez compris : l’attente salariale est forte, mais les marges de manœuvre semblent se réduire. Un paradoxe qui soulève une réelle question de cohérence entre priorités perçues et actions engagées. D’autant que les mesures prévues pour rendre la rémunération plus attractive ne suffisent pas à inverser la tendance : en 2025, seules 47% des entreprises envisagent des augmentations individuelles (contre 62% en 2024). Les primes individuelles sont elles aussi en recul (30% vs 40%).
En parallèle, une transformation profonde se profile. En juin 2026, une directive européenne imposera une transparence salariale renforcée dans les entreprises de l’Union Européenne. Objectif : lutter efficacement contre les inégalités de rémunération entre les femmes et les hommes. Une révolution qui va rebattre les cartes et pousser toutes les organisations à documenter, justifier et corriger leurs écarts. En clair : ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour le sera bientôt, de gré ou de force.
Alors que la fidélisation et l’engagement sont plus que jamais stratégiques, ignorer l’enjeu de la rémunération est un risque à ne surtout pas prendre.
60% des RH passent la moitié de leur temps sur de l’administratif
Ce chiffre nous frappe par ce qu’il dit du quotidien RH. 60% des professionnels déclarent consacrer au moins la moitié de leur temps à des tâches administratives. Soit plusieurs dizaines d’heures chaque semaine mobilisées sur des activités qui, bien qu’indispensables, n’apportent ni reconnaissance ni véritable impact stratégique. Cette donnée interroge : comment les RH peuvent-elles jouer pleinement leur rôle de partenaires du changement si l’essentiel de leur énergie est accaparée par la gestion de processus ?
La charge est lourde, et bien réelle. Un quart des répondants disent passer plus de six jours par mois sur la seule gestion de la paie. Deux mois par an, rien que ça ! Pour tenter d’alléger cette pression, les outils digitaux sont devenus incontournables. La paie, les absences, le temps de travail, les dossiers du personnel et les notes de frais composent le top 5 des solutions utilisées. Ces outils permettent de fluidifier certaines tâches, mais ils servent encore trop souvent à gagner du temps sans pour autant permettre un recentrage stratégique des missions RH.
Dans le même temps, la question de l’automatisation reste ouverte. Seuls 17% des RH utilisent aujourd’hui l’intelligence artificielle de manière régulière. 10% la perçoivent même comme une menace. L’IA n’a pas encore transformé en profondeur la fonction RH. Du moins, pas pour l’instant. D’après le 1er Baromètre national de l’IA appliquée aux RH réalisé par Parlons RH, seul un tiers des professionnels estime qu’elle a déjà eu un impact significatif sur leur métier. Pour les autres, c’est encore discret, parfois difficile à percevoir dans le quotidien.
Cette perception évolue rapidement. Plus des trois quarts des RH sont convaincus que la transformation est inévitable. On assiste à une phase de transition, portée par des HésItAnts (56 %) prudents mais curieux, aux côtés des EnthousIAstes (32 %) déjà dans l’action. Même les DénIAlistes (12 %) ne pourront ignorer longtemps ce mouvement de fond. L’IA est là pour s’installer durablement dans les pratiques RH.
Entre attentes salariales en hausse, injonctions réglementaires à venir et surcharge administrative persistante, les professionnels des RH avancent sur une ligne de crête. Pour rester à la hauteur de leur mission, un choix s’impose : passer du pilotage des urgences à la conduite du changement. L’enjeu n’est plus seulement de suivre les évolutions, mais de les devancer.

Source : Les Éditions Tissot et Payfit



