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Marie-Sophie Dolladille, Responsable des Partenariats RH chez Ayming – “L’absentéisme est la crise silencieuse des entreprises”

Entretien avec Marie-Sophie Dolladille, Responsable des Partenariats RH chez Ayming, en avant-première de Parlons RH, l’Émission dédiée à l’absentéisme.

Publié le 05/09/2025

Mis à jour le 17/12/2025

Par Stéphane Varisellaz

L’absentéisme n’est plus un simple indicateur RH. Il s’installe comme un phénomène structurel, aux répercussions économiques, sociales et humaines majeures. Pourquoi continue-t-il de progresser en France ? Quelles en sont les causes profondes ? Que manque-t-il aux RH pour agir efficacement ? Que se passera-t-il si rien n’est fait ? Entretien riche et passionnant avec Marie-Sophie Dolladille, Responsable des Partenariats RH chez Ayming, à découvrir en avant-première de Parlons RH, l’Émission dédiée à l’absentéisme, diffusée en live mardi 30 septembre à 11h. Pour cette première édition, Manuelle Bermann, Rédactrice en chef du média Parlons RH, donnera la parole à Marie-Sophie Dolladille et Stéphanie Fraise, Chief Human Ressources Officer chez OpenClassrooms, autour du thème : « Absentéisme : comment prévenir, agir, et guérir ? ».

Avec un taux d’absentéisme moyen de 4,5% en 20241, un record, comment ce phénomène impacte-t-il concrètement la performance des entreprises ?

L’absentéisme impacte la performance des entreprises de façon bien plus large que ce que laisse entendre un simple taux. Derrière ce chiffre se cachent des conséquences économiques, organisationnelles et humaines majeures. D’après Laurent Cappelletti, l’absentéisme coûterait 4000 €/an et par salarié. Soit, en France, plus de 100 milliards d’euros par an (près de 5 % du PIB). Ce chiffre comprend les coûts directs, comme le maintien de salaire, et indirects, souvent moins visibles, liés au remplacement des absents, à la formation de nouveaux collaborateurs ou encore à la perte de productivité. Ces coûts indirects peuvent être deux à trois fois plus élevés que les coûts directs.

L’impact ne se limite pas à la sphère financière. Il se fait aussi sentir sur les équipes présentes. Lorsqu’un collaborateur est absent, la charge de travail ne disparaît pas : elle est souvent redistribuée entre les collègues. Cela peut entraîner une surcharge, un déséquilibre dans l’organisation, voire un sentiment d’injustice et d’un manque de soutien

Progressivement, cela peut également peser sur leur motivation, leur engagement et leur rapport au travail. 

Pourquoi l’absentéisme au travail continue de progresser en France ?

L’absentéisme au travail progresse depuis plusieurs années, avec une nette accélération depuis la crise du Covid-19. La question de la santé mentale, désignée grande cause nationale en 2025, est devenue centrale. La charge de travail, l’épuisement professionnel ou encore le burn out étaient déjà présents auparavant, mais ils ont pris une nouvelle ampleur.

Si la première cause reste la maladie, hors maladie professionnelle, on observe toutefois une part croissante d’absences liées à la démotivation, à l’insatisfaction au travail ou à des situations personnelles complexes. Par exemple, certains salariés aidants doivent s’absenter pour faire face à une surcharge de responsabilités en dehors de leur vie professionnelle…

L’absentéisme ne peut plus être appréhendé uniquement sous l’angle de l’entreprise. Il s’inscrit désormais dans un environnement plus large, façonné par le contexte sociétal. L’instabilité mondiale, les crises géopolitiques ou encore les tensions sociales influencent directement le moral des collaborateurs. Ce climat pèse sur leur bien-être et, par effet de ricochet, se répercute inévitablement sur l’organisation.

Que manque-t-il aujourd’hui aux professionnels RH pour enrayer l’absentéisme ?

Le premier besoin exprimé par les professionnels des ressources humaines est de comprendre les causes profondes de l’absentéisme. Beaucoup peinent à en identifier clairement les origines, tant elles sont nombreuses et souvent interconnectées. Cette complexité rend le diagnostic délicat et complique la mise en place d’actions adaptées et cohérentes.

Vient ensuite la question de la prévention. Les entreprises ont souvent mis en place des actions ponctuelles, mais ce qu’il manque aujourd’hui, c’est une démarche continue. Une dynamique vivante, qui évolue dans le temps, se nourrit des retours terrain et s’ajuste aux nouvelles réalités. Dans certains secteurs, la progression des accidents du travail et des maladies professionnelles demande une attention particulière.

La disponibilité des équipes RH est limitée. Plus l’absentéisme progresse, plus la gestion administrative des absences devient chronophage. Cette pression sur les tâches à faible valeur ajoutée grignote le temps et l’énergie que les professionnels pourraient consacrer à leur véritable mission : l’accompagnement humain. 

Pour regagner cette marge de manœuvre, de plus en plus d’entreprises s’ouvrent à des solutions concrètes comme l’externalisation de certaines tâches opérationnelles. La gestion des visites médicales, à la fois indispensable pour la prévention des risques et lourde à administrer, illustre bien ce virage. En la confiant à un partenaire externe, l’entreprise sécurise ses obligations légales tout en allégeant la charge pesant sur ses équipes internes. 

Les RH peuvent enfin se recentrer sur des missions stratégiques comme le développement des compétences ou l’écoute des collaborateurs.

Pensez-vous que l’IA peut permettre d’enrayer l’absentéisme dans les années à venir ?

L’intelligence artificielle ne va pas, à elle seule, enrayer l’absentéisme. En revanche, elle peut devenir un outil puissant pour mieux comprendre les situations, mieux accompagner les équipes RH et soutenir les transformations en cours dans les entreprises.

L’IA permet d’exploiter pleinement les données RH pour agir plus vite et plus justement. En détectant les signaux faibles et en mettant en perspective des informations souvent sous-utilisées, comme les entretiens de retour d’absence, elle aide les professionnels des RH et les managers à mieux comprendre les situations, anticiper les risques et cibler les actions de prévention.

  1. Baromètre de l’Absentéisme 2025 d’AXA ↩︎

Crédit photo : Shutterstock / sylv1rob1

Intervenants
Marie-Sophie  Dolladille

Responsable des Partenariats RH chez Ayming

Marie-Sophie DOLLADILLE dispose de plus de 25 ans d’expérience dans le conseil et la formation en Ressources Humaines. Elle intervient auprès d’organisations des secteurs privé et public, avec une spécialisation dans l’accompagnement des transformations RH et managériales. Actuellement responsable des partenariats chez Ayming, elle pilote le développement et l’animation de collaborations stratégiques visant à enrichir les approches RH et à répondre efficacement aux enjeux de performance.

À propos de l’auteur

  • Stéphane Varisellaz

    Content Manager RH chez Parlons RH

    Stéphane a développé son appétence pour la création de contenus au cours de plusieurs expériences variées, en start-up et en agence. Passionné par l’univers des ressources humaines, tout particulièrement par la marque employeur et le recrutement, il officie chez Parlons RH en qualité de Content Manager. À la suite de sa licence Économie-Gestion, il obtient un Master 2 en Communication et Management du sport à l’ESG Management School de Paris.