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Frédéric Rousseau : « La maîtrise des coûts implique un meilleur pilotage, basé sur l’analyse de la data et la proactivité »

La data va devenir incontournable dans l’analyse actuarielle et prévisionnelle d’un régime de protection sociale.

Publié le 07/10/2026

Mis à jour le 06/10/2026

Par Stéphane Varisellaz

Pour Frédéric Rousseau, DGA et Directeur Protection Sociale de Howden France, la hausse des coûts impose aux DRH d’adopter une approche plus financière de la protection sociale, afin de mieux comprendre les facteurs de dérive, exploiter les données et agir sur les principaux postes de dépenses. Au-delà de la négociation tarifaire, l’enjeu est désormais de piloter durablement les régimes, en misant notamment sur la prévention et sur la pédagogie auprès des partenaires sociaux. Retrouvez cette interview et bien plus encore dans le neuvième opus de la collection Guides Pratiques de Parlons RH : « Comment repenser la protection sociale pour mieux couvrir et engager les salariés ?« .

Quelles sont les tendances actuelles en matière d’offre de protection sociale ?

La mutuelle santé et la prévoyance ont longtemps été considérées comme un acquis qui n’avait pas besoin d’être valorisé, et non comme un benefit, un complément de rémunération, à l’image du monde anglo-saxon. Aujourd’hui, les employeurs cherchent à faire évoluer leur offre et à mieux la promouvoir. Plusieurs tendances expliquent ce changement, notamment une forte attente de personnalisation des dispositifs de protection sociale. Cette recherche de modularité permet de s’ajuster à la pyramide des âges, mais aussi aux typologies de métiers, de modalités de travail, de situations familiales. Il s’agit de sortir d’une logique de garanties relativement standardisées pour privilégier une approche de parcours de vie.

Une autre tendance est le développement de services annexes, relevant de la QVCT, de la transition vers la retraite, du conseil en épargne salariale, du soutien à la parentalité et aux aidants… Autant de sujets qui ouvrent la voie à une protection sociale étendue. Les entreprises peuvent en faire un axe de différenciation, un levier d’attractivité et de fidélisation – d’autant plus dans les secteurs confrontés à de fortes tensions sur l’emploi.

On observe par ailleurs une tendance inflationniste de la consommation médicale, sur fond de désengagement de l’État, de taxe exceptionnelle sur les complémentaires santé qui pourrait être renouvelée en 2027, et de hausse des prestations prévoyance, ce qui entraîne de fortes indexations annuelles impactant le coût de la protection sociale porté par l’employeur et le salarié.

Dans ce contexte de hausse des coûts, quels sont les principaux enjeux des prochains renouvellements ?

Pour une entreprise, le poste de protection sociale oscille entre 4 et 6 % de la masse salariale : ce n’est pas neutre ! Le sujet est donc de plus en plus repris en main par les DAF. Il est important que la DRH adopte une posture plus financière pour pouvoir maîtriser le pilotage de ce poste.

Les prochains renouvellements s’annoncent sous tension. L’enjeu n’est plus seulement de négocier les tarifs ou de remettre en concurrence, mais de piloter durablement les régimes : comprendre les facteurs de dérive, exploiter les données et agir sur les postes les plus contributifs. La prévention reste un levier majeur de maîtrise des coûts.

Il y a également un enjeu de pédagogie vis-à-vis des partenaires sociaux, pour les embarquer dans la stratégie de protection sociale en ayant une pleine compréhension des contraintes en jeu, notamment financières.

Quelle place occupe aujourd’hui la dimension servicielle, au-delà des garanties ?

Le sujet monte en puissance après une première période de services gratuits, mais à faible valeur ajoutée – et donc sous-utilisés. Aujourd’hui, l’entreprise est de plus en plus actrice du bien-être de ses salariés, qui est un levier majeur de productivité et donc de compétitivité. La création de valeur se déplace ainsi vers les services.

Autre évolution significative : la fin d’une logique de catalogue, au profit d’une ingénierie de services qui va répondre spécifiquement aux besoins de l’entreprise. Là encore, le rôle du courtier prend tout son sens pour identifier les meilleures solutions du marché. Mais un service n’a de valeur que s’il est utilisé : les responsables RH doivent donc en piloter l’appropriation et mesurer régulièrement son usage.

De quelle manière la data peut-elle contribuer au pilotage des contrats ?

Elle permet de mieux anticiper, en misant sur la proactivité. Par exemple, l’analyse fine de l’absentéisme, des risques psychosociaux ou des troubles musculosquelettiques permet de cibler les leviers d’action de prévention les plus efficaces. L’exploitation des données contribue à établir des scenarii pour l’avenir, à s’engager dans une approche plus macro et prospective. Des modèles statistiques, avec l’appui de l’IA, vont augmenter notre capacité de ciblage, d’identification, de décision – tout en respectant le cadre règlementaire de protection des données et de confidentialité.

La notion de projection devient de plus en plus importante dans la protection sociale : la data va devenir incontournable dans l’analyse actuarielle et prévisionnelle d’un régime de protection sociale, mais aussi dans le benchmark du marché et l’identification de tendances sectorielles.

À propos de l’auteur

  • Stéphane Varisellaz

    Content Manager RH chez Parlons RH

    Stéphane a développé son appétence pour la création de contenus au cours de plusieurs expériences variées, en start-up et en agence. Passionné par l’univers des ressources humaines, tout particulièrement par la marque employeur et le recrutement, il officie chez Parlons RH en qualité de Content Manager. À la suite de sa licence Économie-Gestion, il obtient un Master 2 en Communication et Management du sport à l’ESG Management School de Paris.