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Équilibre vie pro et vie perso : ce retard français
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Équilibre vie pro et vie perso : ce retard français

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Une majorité de salariés estime que leur employeur ne les aide pas beaucoup à concilier vie pro et vie perso. Le retard des RH en France sur ce sujet vient paradoxalement de la mise en place des 35 heures.

 

En France, un sujet de femmes ?

L’équilibre entre vie pro et vie perso était considéré comme LE sujet RH des années 1990 aux États-Unis. Les politiques de « comp&ben » ? La gestion des talents ? L’accompagnement du changement ? Ce n’était pas nouveau ! En revanche, la question à laquelle il fallait répondre était : comment faire face à l’accélération du temps, aux aspirations des nouvelles générations et au développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) ?

 

Cette préoccupation s’est diffusée dans de nombreux pays de l’OCDE. À titre d’illustration, lors d’un stage au début des années 2000 à NTT au Japon — l’équivalent de France Télécom —, j’ai pu observer que la direction et les syndicats avaient pris le sujet à bras le corps. Il y avait des affiches de sensibilisation sur les murs présentant des salariés dont la tête explosait à force de travailler tard. Et, certains soirs de la semaine, des représentants du personnel passaient voir les salariés, un par un, pour leur taper sur l’épaule afin de les inciter à rentrer chez eux, tandis que la direction coupait la climatisation pour pousser les salariés dehors.

 

En France, le sujet était bien moins prégnant dans les entreprises et avant tout perçu comme « un sujet de femmes ». Je me souviens par exemple d’une conférence organisée par un organisme professionnel sur le sujet, à laquelle je n’ai pas pu assister, car… elle était uniquement réservée aux femmes !

 

Création d’emplois contre équilibre de vie

Quand j’interrogeais dirigeants et responsables RH sur leurs actions en faveur de la conciliation entre vie pro et vie perso, j’obtenais souvent la réponse suivante : « On a les 35 heures ! ». Sous-entendu : pas de problème d’équilibre entre vie pro et vie perso chez nous. Erreur ! Les lois sur les 35 heures ont avant tout été votées pour créer des emplois, pas dans une réelle perspective d’équilibre de vie, au grand dam de sociologues comme Dominique Méda par exemple.

 

D’un côté, les ouvriers travaillant stricto sensu 35 heures par semaine ont souvent vu leur temps de travail s’annualiser ; ils ont perdu en prévisibilité. De plus, ils n’étaient pas spécialement demandeurs de travailler moins, ils souhaitaient surtout un meilleur pouvoir d’achat ; d’où le succès du « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy.

 

De l’autre côté, les cadres ont continué à travailler tout autant, voire plus, mais sur un plus petit nombre de jours. Pour tout le monde, le travail s’est intensifié avec moins de temps quotidien pour souffler. Les 35 heures ont donc peu œuvré à un meilleur équilibre journalier entre vie pro et vie perso. Elles ont juste remisé le sujet sous le tapis en accordant plus de congés.

 

Les DRH mis le dos au mur

On agit plus souvent par réaction que par anticipation. Les responsables RH ne sont pas étrangers à cette loi humaine. Il a fallu des accidents — et lesquels ! — pour que le sujet de l’équilibre entre vie pro et vie perso vienne sur le devant de la scène. C’est avec la médiatisation de la « vague de suicides » à France Télécom que la prise en compte des risques psychosociaux s’est inscrite dans l’agenda des DRH. Puis l’intérêt pour la qualité de vie s’est fait croissant, car on a voulu positiver les choses.

 

Et c’est généralement dans le cadre des accords et plans d’action QVT qu’un volet équilibre de vie ou conciliation entre vie pro et vie perso s’est ouvert. La prise de conscience du phénomène de burn-out a également joué en toile de fond, même si on trouve encore de nombreux dirigeants et managers pour penser que ce n’est pas à l’employeur, mais uniquement à chaque individu de se préoccuper de l’équilibre de vie.

 

Bref, avec un tel retard pour aborder un sujet aussi important pour chacun d’entre nous, il n’est guère étonnant que 60 % des salariés français estiment que leur employeur « ne fait pas beaucoup de choses » pour les aider dans ce domaine. Pourtant, c’est une attente forte des salariés et un important facteur de fidélisation du personnel. Et les actions à mettre en place ne manquent pas : sensibilisation des managers, télétravail, aménagement des horaires de travail, évolution des critères d’évaluation, salle de sieste, etc. Mesdames et messieurs les DRH, au travail !

 

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Denis Monneuse

sociologue, conférencier et directeur du cabinet de conseil « Poil à gratter »
Denis Monneuse est sociologue, conférencier et directeur du cabinet de conseil « Poil à gratter ». Il accompagne des particuliers qui souhaitent avoir un meilleur équilibre de vie et aide les entreprises à agir dans ce domaine pour leurs salariés. Il travaille aussi sur la santé et l’égalité femmes/hommes au travail. Il est notamment l'auteur de "Apprenez à jongler entre vie pro et vie perso" (De Boeck, 2020). www.denismonneuse.com

Un commentaire

  1. JOCELYNE MOUTON le 5 octobre 2020

    Équilibre de vie pro – perso, incluant une réflexion sur la QVT, mais pas que !
    Autres facteurs impactant l’équilibre entre le pro et l’extra-pro : développement des COMPÉTENCES, gestion des talents.

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