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À l’ère de l’IA, les jeunes talents ne veulent plus choisir entre salaire, sens et évolution

Une marque employeur peut attirer. Seule l’authenticité permet de convaincre durablement.

Publié le 26/06/2026

Mis à jour le 25/06/2026

Par Amine Ezzerouali, SKEMA Business School

Salaire, sens, management, intelligence artificielle, employabilité : les attentes des jeunes professionnels n’ont jamais été aussi élevées. Plus exigeants, plus lucides et déjà familiers de l’IA, ils redéfinissent en profondeur ce qu’ils attendent de leur futur employeur.

Une génération qui sait ce qu’elle veut

Les entreprises ont longtemps regardé les jeunes générations avec une forme d’incompréhension. On les a qualifiées de volatiles, d’impatientes, parfois même d’ingrates. Je crois profondément que cette lecture est devenue obsolète.

Depuis quatre ans que nous interrogeons les jeunes talents à travers notre Baromètre Talents SKEMA x EY, je constate surtout une chose : cette génération sait exactement ce qu’elle attend du travail et ce qu’elle n’est plus prête à accepter.

Bien sûr, la rémunération reste un critère majeur. Cette année encore, elle arrive en tête des attentes. Toutefois, ceux qui résument les aspirations des jeunes à une question de salaire passent à côté de l’essentiel. Les profils en début de carrière recherchent un travail utile, stimulant, enrichissant. Ils veulent comprendre pourquoi ils se lèvent le matin et ce qu’ils apportent concrètement. La quête de sens fait désormais partie des fondamentaux.

Autre enseignement qui me semble particulièrement révélateur : l’importance accordée à l’ambiance de travail. Derrière ce terme, les jeunes actifs parlent bien sûr de relations entre collègues, mais aussi de management. Ils attendent de leurs managers qu’ils montrent l’exemple, les accompagnent et les aident à progresser. À cela s’ajoutent des attentes désormais bien installées autour de la flexibilité, de l’autonomie ou encore du télétravail.

Ce qui a véritablement changé ces dernières années, ce n’est pas la nature de ces attentes, mais leur niveau d’exigence. Les jeunes d’aujourd’hui ne raisonnent plus en termes de compromis. Ils veulent tout à la fois : une rémunération attractive, un management de qualité, une bonne ambiance de travail et du sens. C’est sans doute ce qui caractérise le mieux cette génération.

Cette exigence s’explique aussi par le contexte dans lequel ils ont grandi. Entre crises économiques, tensions géopolitiques et bouleversements technologiques, cette génération ne se fait guère d’illusions sur le monde du travail. Elle sait que l’épanouissement ne viendra pas uniquement de la sphère professionnelle. Dès lors, elle refuse les compromis qu’acceptaient parfois ses aînés.

C’est aussi pour cette raison que je suis convaincu que l’authenticité est devenue un enjeu majeur pour les employeurs. Les jeunes talents passent du temps sur les réseaux sociaux, analysent les prises de parole des entreprises et confrontent les promesses à la réalité. Lorsqu’ils découvrent un décalage entre le discours affiché et l’expérience vécue, la confiance se rompt presque instantanément.

Une marque employeur peut attirer. Seule l’authenticité permet de convaincre durablement.

Une génération connectée, mais pas naïve

S’il reste encore des personnes pour penser que l’intelligence artificielle est un sujet futuriste, je les invite à regarder ce qui se passe aujourd’hui chez les profils juniors. Pour cette génération, l’IA fait partie du quotidien.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 96% des jeunes professionnels déclarent avoir déjà utilisé une IA générative et 61% l’utilisent au moins une fois par jour. Dans les salles de cours, les assistants conversationnels sont devenus aussi naturels que les moteurs de recherche l’étaient pour les générations précédentes. Les jeunes talents les utilisent pour approfondir un sujet, vérifier une information, préparer un travail ou explorer de nouvelles idées.

L’IA est progressivement devenue un compagnon de tous les jours. Elle accompagne les apprentissages, aide à organiser le travail et répond à une multitude de questions. Pour beaucoup de jeunes, solliciter une IA est devenu un réflexe.

Cette réalité ne doit pourtant pas être interprétée comme une adhésion aveugle à la technologie. Ils connaissent ses limites, savent qu’elle peut se tromper et perçoivent très bien les transformations qu’elle provoque déjà sur le marché du travail.

Plus des deux tiers d’entre eux considèrent ainsi que l’IA représente une menace pour certains postes juniors. Les jeunes actifs entendent les discours annonçant la disparition de certains métiers. Ils observent les entreprises qui ralentissent leurs recrutements ou réorganisent leurs activités autour de l’intelligence artificielle. Ils voient les compétences évoluer à grande vitesse. Tout cela nourrit une conviction : leur employabilité dépendra en partie de leur capacité à comprendre et à maîtriser ces nouveaux outils.

Loin de les décourager, cette prise de conscience agit comme un accélérateur. Les jeunes savent qu’ils évolueront dans un environnement où l’IA sera omniprésente. Ils savent également qu’ils seront en concurrence avec d’autres candidats capables d’en tirer parti. Plus que l’enthousiasme ou l’inquiétude, c’est cette lucidité qui me semble caractériser le mieux cette génération.

Former à l’IA ne suffira pas

Derrière les attentes exprimées autour de l’intelligence artificielle se cache en réalité une préoccupation plus profonde : l’employabilité. Les profils juniors considèrent désormais que les employeurs ont un rôle à jouer dans cette évolution et leur permettent de développer les compétences dont ils auront besoin demain.

Cette attente va bien au-delà de la simple formation. Les jeunes actifs entendent pouvoir utiliser l’IA au quotidien, expérimenter, apprendre et progresser. Pour eux, il serait difficilement compréhensible d’être privés en entreprise d’outils qu’ils utilisent déjà chaque jour dans leurs études ou dans leur vie personnelle.

Cette liberté d’usage ne signifie pas qu’ils souhaitent évoluer sans cadre, au contraire. Les jeunes talents réclament davantage de transparence. Ils veulent comprendre comment l’intelligence artificielle est utilisée dans l’entreprise et selon quelles règles. En d’autres termes, ils attendent un contrat de confiance.

Je suis convaincu que les entreprises ont une responsabilité majeure sur ce sujet. Elles doivent naturellement accompagner l’upskilling et le reskilling de leurs collaborateurs. Mais elles commettraient une erreur en réduisant la question à quelques formations sur les outils d’IA.

Dans un monde où les algorithmes produisent des réponses en quelques secondes, la valeur humaine reposera de plus en plus sur la capacité à prendre du recul, exercer son esprit critique et porter un jugement éclairé. Les compétences techniques resteront indispensables, mais elles devront s’accompagner d’une capacité à questionner, interpréter et décider.

Avant de former à l’IA, les entreprises doivent surtout définir ce qu’elles veulent en faire. L’enjeu n’est pas de suivre une tendance parce que tout le monde le fait, mais de construire une stratégie cohérente avec leurs métiers, leurs compétences et leur vision du travail. 

À mes yeux, c’est là que se joue l’essentiel. L’IA est un outil parmi d’autres au service d’une transformation beaucoup plus profonde du travail. Les entreprises qui réussiront ne seront pas celles qui adopteront le plus rapidement les nouvelles technologies, mais celles qui sauront accompagner leurs collaborateurs dans cette transformation avec cohérence, transparence et ambition.

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À propos de l’auteur

  • Amine Ezzerouali

    SKEMA Business School

    Professeur et Directeur du MSc International Human Resources & Performance Management

    Amine Ezzerouali est Professeur de comportement organisationnel et Directeur du MSc International Human Resources & Performance Management à SKEMA Business School. Il analyse ici les évolutions des pratiques organisationnelles au travers du regard des jeunes talents, à partir des résultats du Baromètre Talents 2026, étude Ipsos BVA pour SKEMA Business School et EY.