Le travail ne devrait jamais être un risque : tel est tout l’enjeu de la sécurité au travail, mise en lumière chaque 28 avril par le biais de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail. La sécurité physique reste une urgence absolue à surveiller comme le lait sur le feu. Sécurités psychologique, relationnelle, managériale, organisationnelle, moins souvent évoquées sont pourtant tout aussi fondamentales. Nous vous expliquons pourquoi et de quelles façons en prendre soin.
La sécurité physique, toujours une urgence
Lorsque l’on évoque la sécurité au travail, difficile de ne pas penser d’abord à la sécurité physique. Le drame survenu le 17 avril dans le Gard, où un jeune stagiaire de 15 ans a perdu la vie après un accident impliquant un chariot élévateur, nous le rappelle de la pire des manières.
Le rapport annuel 2025 de la branche Accidents du travail et Maladies professionnelles (AT-MP) de la Sécurité sociale, consacré aux résultats de 2024, nous apprend que le nombre total d’accidents du travail recule légèrement (-1,1 %). On pourrait s’en réjouir. En réalité, s’ils sont à peine moins nombreux, ils sont aussi plus graves : 1 297 décès ont été recensés tous sinistres confondus, soit près de trois morts par jour. Difficile, dans ces conditions, de parler de bonne nouvelle.
Dans le détail, 764 décès sont directement liés à des accidents du travail, 318 à des accidents de trajet et 215 à des maladies professionnelles. Ce bilan, très partiel, ne concerne que les 20,8 millions de salariés du régime général. Les agents publics, les travailleurs agricoles et une partie des indépendants n’y figurent pas. On peut donc facilement imaginer que le bilan est encore plus lourd.
Par ailleurs, la sécurité physique ne concerne pas seulement l’accident qui fait les gros titres. Les maladies professionnelles continuent de progresser en 2024 (+6,7 %), avec en tête les troubles musculosquelettiques (+6,6 %), mais aussi les pathologies liées à l’amiante (+8,5 %).
La sécurité physique est donc essentielle : c’est le premier niveau de protection. Cependant, si l’on veut vraiment parler de sécurité au travail en 2026, il faut aussi s’intéresser à ses autres formes, parfois moins connues.
La sécurité au travail, au-delà du risque physique
Difficile de ne pas commencer par la sécurité psychologique, tant elle s’est imposée ces dernières années dans les discussions sur le travail. Elle désigne la possibilité, pour un salarié, de travailler sans être durablement fragilisé sur le plan mental et émotionnel. En d’autres termes, évoluer dans un environnement qui ne génère pas en permanence du stress excessif, de l’anxiété, de la peur ou de l’épuisement. En 2026, selon le Baromètre Santé mentale & QVCT de Qualisocial x Ipsos-BVA, 22% des actifs, soit près de 6 millions de personnes, se déclarent en mauvaise santé mentale. Il y a encore un peu de boulot !
La sécurité relationnelle, elle, se joue dans les interactions du quotidien : c’est l’ambiance d’une équipe, la manière dont les collaborateurs se parlent, ce qui est toléré, ou non. Ce sont aussi les petites humiliations, les remarques “pour rire” qui n’ont rien de drôle, les comportements déplacés et les réflexions sexistes, racistes ou homophobes. Dans son 18e baromètre sur les discriminations dans l’emploi, le Défenseur des droits, autorité administrative indépendante chargée de veiller au respect des libertés et des droits des citoyens, indique que 34% des actifs sont exposés sur leur lieu de travail à des propos ou comportements sexistes, racistes, homophobes ou handiphobes.
La sécurité managériale mérite, elle aussi, d’être abordée. Vous l’avez peut-être déjà vécu, un manager peut être un repère… ou devenir une source de tension permanente. Règles qui changent sans cesse, consignes floues, ton brutal, pression constante, recadrages devant tout le monde : dans ces conditions, se protéger devient plus important que travailler Une étude internationale de DDI révèle que 57% des salariés déclarent avoir déjà quitté un emploi à cause de leur manager.
Last but not least, la sécurité organisationnelle englobe tout ce qui relève du cadre de travail : priorités, charge, rôles, interruptions… Elle est mise à rude épreuve quand tout est urgent, quand il faut gérer cinq sujets en même temps, quand une tâche en chasse une autre avant même d’être terminée. L’étude Apec publiée en 2025 sur la santé mentale des cadres et des managers est très évocatrice : 63% des cadres disent devoir penser à trop de choses à la fois dans leur travail, et 72% doivent fréquemment interrompre une tâche pour en effectuer une autre non prévue.
La sécurité d’abord… et plus si affinités
Voici quatre bonnes raisons de prendre soin de la sécurité, sous toutes ses formes, de vos collaborateurs.
1. Renforcer la fidélisation des collaborateurs
Avez-vous déjà eu envie de quitter une entreprise où vous vous sentiez bien ? A quelques exceptions près (meilleur salaire ou opportunité rare), non. Vos collaborateurs non plus. Plutôt que de les retenir, donnez-leur donc de bonnes raisons de rester. Parmi elles : une ambiance de travail saine et sereine.
2. Réduire les coûts invisibles de l’insécurité
Les coups invisibles sont vastes et couvrent notamment les arrêts de travail qui se multiplient, les talents qui se désengagent silencieusement ou encore les managers qui passent leur temps à éteindre des départs de feu. L’insécurité psychologique est moins spectaculaire qu’un accident, mais beaucoup plus coûteuse à long terme. L’absentéisme, pour ce citer que lui, coûterait 4000 €/an et par salarié. Soit, en France, plus de 100 milliards d’euros par an (près de 5 % du PIB).
3. Renforcer la marque employeur de votre entreprise
Vous pouvez afficher toutes les belles promesses sur votre site carrière, rien n’est plus fort que le ressenti de vos collaborateurs qu’ils soient toujours en poste ou non. Glassdoor, LinkedIn, Tik Tok… tout se sait très vite et les candidats adorent se renseigner avant de postuler. Ils scrutent les sites comme Glassdoor, cuisinent les anciens salariés, scrollent sur les réseaux sociaux à l’affût du moindre petit indice. Prendre soin de vos collaborateurs, c’est aussi en séduire de nouveaux.
4. Affronter les transformations sans trembler
Vous voulez lancer une réorganisation, déployer un nouvel outil, changer les règles du jeu ou embarquer vos équipes vers une nouvelle destination ? Très bien. Avant le départ, regardez d’abord dans quel état sont vos troupes. Un management bienveillant, une écoute réelle, des repères clairs, des espaces où l’on peut parler sans crainte : voilà à quoi ressemble une bonne préparation. Les équipes qui se sentent en sécurité absorbent mieux les remous, coopèrent davantage et gardent le cap quand ça secoue.
Une entreprise qui laisse s’installer l’insécurité, quelle qu’elle soit, finit toujours par en payer le prix. En arrêts, en départs, en tensions, en erreurs, en culpabilité. Protéger les collaborateurs, c’est une responsabilité. Il est temps d’arrêter de faire semblant et de l’assumer pleinement.



