L’intelligence artificielle n’est plus un simple sujet d’exploration pour les équipes formation. Elle s’installe dans les usages, commence à transformer les pratiques et oblige déjà à revoir certaines certitudes pédagogiques. Derrière l’enthousiasme affiché, une autre réalité se dessine. À partir de cette infographie signée Centre Inffo, construite avec les données issues du Baromètre de la formation professionnelle 2026 d’Edflex, en partenariat avec l’ILDI (International Learning & Development Institute), Parlons RH a retenu trois chiffres qui illustrent bien ce changement majeur : une IA désormais installée dans le paysage de la formation, des usages qui oscillent encore entre gains de temps et nouvelles promesses pédagogiques et une transformation plus profonde qui touche jusqu’au rôle du formateur.
L’IA s’installe pour de bon dans la formation
71% des répondants considèrent que l’arrivée de l’IA en formation constitue une évolution naturelle et qu’elle provoque déjà des changements profonds. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’intelligence artificielle n’apparaît plus comme une lubie techno réservée aux plus curieux, ni comme une promesse encore lointaine. Ce même Baromètre de la formation professionnelle 2026 d’Edflex, publié le 17 avril 2026, démontre que lorsque l’IA est réellement intégrée dans les pratiques des équipes, les bénéfices sont bien réels : moins de temps consacré aux tâches opérationnelles, meilleure adéquation entre besoins identifiés et ressources proposées ou encore arbitrages plus rapides. Oui, nous avons bel et bien changé d’époque.
Pas si vite. Comme le dit si bien Edflex, l’enthousiasme autour de l’IA s’accompagne d’une “maturité encore en construction”. Rien d’anormal pour une technologie aussi récente, surtout dans un domaine aussi sensible que la formation. Alors que 95% des responsables formation considèrent que les formats IA répondent à leurs enjeux, seulement 66 % jugent que leurs équipes ont le niveau pour s’approprier la technologie. Quant aux répondants, 72 % s’auto‑évaluent à moins de 5 sur 10 dans l’utilisation de l’IA dans le champ de la formation. Plusieurs freins parfaitement identifiés justifient ces résultats, tels que les contraintes budgétaires, des solutions jugées imparfaites et les craintes liées à la cybersécurité et à la RGPD.
Gain de temps et nouvelles promesses d’innovations pédagogiques
67% ont déjà intégré l’IA dans leurs projets ou processus de façon régulière et systématique. Ce chiffre conforte, si cela était nécessaire, l’idée que l’IA générative s’est bel et bien installée dans les pratiques de la formation. Prenons toutefois un peu de hauteur : les usages restent encore, dans bien des cas, très utilitaires. La technologie est utilisée d’abord là où elle rend service immédiatement : produire plus vite, structurer un contenu, générer un quiz, reformuler un support, gagner quelques précieuses heures sur des tâches chronophages. Ce n’est pas rien, loin de là, mais ce n’est pas encore ce qu’on appelle un basculement pédagogique.
Déjà tournés vers l’avenir, les responsables formation commencent déjà à lui prêter une ambition plus large. Ils y voient un levier pour mieux évaluer les compétences, suivre la progression des apprenants, recommander les bons contenus ou ajuster les parcours après chaque évolution. Outre cela, l’IA commence à rouvrir un champ que la formation avait parfois un peu laissé de côté : celui de l’expérimentation : elle permet d’imaginer des expériences d’apprentissage plus vivantes et donc, plus plus engageantes. Jeux de rôle assistés par l’IA, classes virtuelles enrichies, avatars pédagogiques… autant de formats qui répondent à des irritants bien connus des équipes de formation que sont la lourdeur logistique des dispositifs à distance ou la difficulté à maintenir l’attention.
Plus que produire plus vite, l’intelligence artificielle peut aussi redonner un peu de souffle à des formats qui, sans cela, risquent de tourner à l’exercice forcé.
Le rôle du formateur évolue
Troisième et dernière preuve de cette révolution : 84% des répondants se disent certains de maintenir leurs budgets IA dans le futur. Plus de doute, le plébiscite est total ! Les responsables formation ne misent plus seulement sur des gains immédiats, Ils commencent à parier sur une transformation plus structurelle.
L’essentiel est peut-être ailleurs. L’IA ne change pas seulement la manière de fabriquer une formation, elle transforme déjà la façon dont elle est vécue. Désormais, face à une difficulté, un doute ou une question, le premier réflexe de l’apprenant n’est plus toujours de se tourner vers le formateur. La réponse est à portée de clic, disponible immédiatement. Le formateur n’est plus seulement là pour apporter une réponse. Il aide à comprendre, à faire des liens, à prendre du recul, à progresser.
Pour que l’IA améliore réellement l’expérience d’apprentissage, deux conditions semblent indispensables. D’abord, l’apprenant doit avoir produit quelque chose avant qu’elle n’entre en scène : une réponse, une idée… Bref, une trace d’effort. Si l’IA intervient trop tôt, elle risque surtout de court-circuiter ce qui fait la matière même de l’apprentissage : la réflexion. Le formateur doit également savoir précisément ce qu’il attend de l’outil. Non pas l’utiliser simplement pour aller plus vite, mais pour déclencher un type d’effort chez l’apprenant. Sans cette intention pédagogique claire, l’IA fera ce qu’elle sait très bien faire : simplifier. Ce qui n’est pas toujours la meilleure façon d’apprendre.

Source : Centre Inffo



