Fini le sable fin, les grasses mat’ et les apéros qui s’éternisent. Next steps : l’automne, et Noël… Voilà, voilà. Pour beaucoup de salariés (la rédaction de Parlons RH n’est pas exclue), le retour à la réalité peut s’avérer plus difficile que prévu. Coup de mou, nostalgie, fatigue, difficultés à retrouver son rythme et ses automatismes : le « summer blues » s’invite parfois avec les cahiers, stylos et cartables flambant neuf. Comme toute douloureuse séparation, celle-ci mérite bien de passer par quelques étapes.
Quand les vacances révèlent ce qui cloche au travail
Vos collaborateurs avaient quitté leurs collègues lunettes de soleil sur le nez et valise à la main, et les retrouvent quelques semaines plus tard le moral dans les chaussettes. Une exception ? Pas vraiment. 61 % des professionnels RH constatent une hausse des alertes ou signalements liés au mal-être au travail au retour de vacances. De quoi prendre au sérieux ce fameux « summer blues ».
Derrière cette expression aux airs de tube de l’été indien se cache un phénomène bien réel. Loin des deadlines, des transports bondés et des urgences du quotidien, certains problèmes peuvent soudain apparaître sous un autre jour : surcharge, perte de sens, tensions managériales, organisation bancale… Résultat des courses : des collaborateurs blasés, fatigués et démotivés rien qu’à l’idée de reprendre le chemin du boulot.
Professionnels des RH, votre rôle est donc capital : accompagner autant que possible vos salariés pour les aider à accepter, étape par étape, que les vacances sont bel et bien terminées. Snif.
Le déni : « Non, non et non. Les vacances ne sont pas finies ! »
Lundi matin, le réveil sonne aux aurores. Finis les petits-déjeuners à rallonge : le café se boit désormais en express pour éviter d’être en retard à la réunion de 9h. Ah, il faut aussi remettre la main sur son badge et, accessoirement, se souvenir du mot de passe de son ordinateur… Le retour à la réalité peut être brutal. Alors, côté RH, évitez d’en rajouter une couche.
Pas question de passer du transat aux réunions à la chaîne en moins de 24 heures. Au retour des vacances, encouragez les collaborateurs à reprendre en douceur. Se replonger tranquillement dans les dossiers, reprendre contact avec les clients, renouer avec les collègues : cette phase de reconnexion est essentielle.
Mais il s’agit aussi d’encourager les managers à ne pas leur « tomber dessus » dès leur retour. Tout n’a pas besoin d’être traité le premier jour. Bref, laissez les collaborateurs atterrir avant de leur demander de redécoller. Après tout, accepter que les vacances soient terminées est déjà suffisamment douloureux comme ça.
La colère : « MAIS QUE S’EST-IL PASSÉ PENDANT MON ABSENCE ??? »
Imaginez : vous arrivez au bureau après trois semaines de vacances. Vous avez pris le temps de raconter à votre collègue préféré votre super trail dans les Cévennes au petit matin pour admirer le lever de soleil. Vous en avez encore des souvenirs plein les yeux lorsque vous allumez votre ordinateur et là… La dégringolade : 250 mails non lus, 46 notifications Teams et votre agenda de la semaine déjà plein à craquer. Vous connaissez une situation plus agaçante ? Nous non. C’est pourtant la réalité de nombreux salariés à leur retour de congé.
Alors, plutôt que de les laisser partir seuls à l’assaut de cette montagne d’informations, facilitez-leur l’ascension. Encouragez les managers à faire le tri : quelles décisions importantes ont été prises ? Quelles priorités ont changé ? Quels dossiers nécessitent réellement leur attention ? Un rapide point de reprise ou un récap des informations essentielles peut leur épargner des heures d’archéologie numérique.
Et pour les prochaines vacances, anticipez ! Passations claires, informations importantes centralisées, responsabilités identifiées pendant les absences… L’objectif n’est pas de savoir tout ce qui s’est passé pendant qu’ils étaient en mode avion, mais de savoir ce qui compte vraiment.
Le marchandage : « Ok pour reprendre… mais on garde un peu de dolce vita, non ? »
Bon, les tongs sont rangées, le message d’absence désactivé et les 250 mails (presque) digérés. Vos collaborateurs commencent doucement à accepter l’inévitable : oui, les vacances sont bel et bien terminées. Mais personne n’a dit qu’il fallait laisser toute la légèreté de l’été aux oubliettes. Septembre, c’est aussi l’occasion de recréer du lien et de refaire équipe. Déjeuner, café, afterwork… Peu importe le format, tant qu’il permet de se retrouver autrement qu’autour de la to-do list de rentrée.
Pour vous, professionnels des RH, ainsi que pour les managers, c’est aussi le moment de prendre des nouvelles, des vraies. Au-delà du traditionnel « alors, bonnes vacances ? », profitez de la reprise pour prendre la température : comment le collaborateur aborde-t-il sa rentrée ? Dans quel état d’esprit revient-il ? De quoi a-t-il besoin ? Un échange simple et sincère peut suffire à recréer du lien. (Certes, ça ne remplace pas le bonheur ultime de siroter un Spritz au bord de la piscine, mais bon…)
La dépression : « Encore 332 jours avant le prochain mois d’août… »
Oui, on a vraiment compté… et c’est déprimant. Alors plutôt que de laisser vos collaborateurs sombrer dans la déprime en rayant jour après jour les cases de leur calendrier, offrez-leur de nouveaux horizons plus réjouissants.
Car septembre a lui aussi des airs de nouveau départ. Les batteries sont (normalement) rechargées, les cerveaux un peu plus disponibles et les bonnes résolutions pas encore complètement oubliées. C’est le moment idéal pour insuffler un nouvel élan : lancer ce projet repoussé avant l’été, proposer une formation, expérimenter une nouvelle façon de travailler ou dépoussiérer quelques habitudes collectives.
Pas besoin pour autant de lancer une révolution dès septembre. Supprimer cette réunion hebdomadaire dont plus personne ne comprend vraiment l’utilité depuis 2022, c’est déjà un début. L’objectif : créer de nouvelles perspectives pour que le prochain horizon réjouissant ne soit pas forcément le 1er août 2027.
L’acceptation : « Allez, on se remotive ! »
Le réveil matinal ? Accepté. Les tongs au placard ? Accepté. Les 332 jours avant le prochain mois d’août ? Bon… il faudra faire avec. Si tout se passe bien, avec le temps et nos conseils avisés, vos salariés devraient retrouver leur motivation. En revanche, restez attentifs à tout mal-être qui semblerait s’installer durablement. Regretter son transat devant la machine à café quelques jours après son retour, rien de très alarmant. Mais si le coup de blues s’installe, mieux vaut ne pas tout mettre sur le dos de la rentrée. Fatigue persistante, démotivation, irritabilité, désengagement ou envie d’explorer de nouveaux horizons peuvent signaler une difficulté plus profonde.
Le chiffre évoqué en début d’article le rappelle, les vacances peuvent agir comme un révélateur de ce qui n’allait déjà plus : surcharge, perte de sens, manque de reconnaissance, tensions managériales ou organisation défaillante. Dans ce cas, inutile de prescrire une nouvelle dose de dolce vita ou de compter sur le prochain team building pour arranger les choses : il est temps de s’attaquer aux véritables causes du « summer blues ». Faire le deuil de l’été, oui. Faire le deuil de sa motivation, certainement pas.
Sur ce, la rédaction de Parlons RH vous souhaite une rentrée en toute sérénité et en douceur. (Allez, courage… plus que 332 dodos.)



