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Vos talents ne chantent pas en anglais ? Bad Bunny non plus

Qu’est-ce que l’entreprise choisit réellement de reconnaître comme talent ? La capacité à performer … ou celle à entrer dans ses codes ?

Publié le 09/03/2026

Mis à jour le 09/03/2026

Par Manuelle Bermann

Pour ceux d’entre vous qui affectionnent la grotte comme lieu de vie durant cet humide et interminable hiver : Bad Bunny n’est pas la version trash du cartoon grignoteur de carotte, mais la star portoricaine du reggaeton venue enflammer l’édition 2026 du Super Bowl. Il est aussi l’artiste le plus streamé au monde depuis trois ans. Des milliards d’écoutes, des stades pleins sur cinq continents, une influence culturelle qui dépasse largement le cadre de la musique. Il n’a, pourtant, jamais chanté en anglais ; pas une chanson, pas un couplet, pas un refrain stratégiquement glissé pour toucher le marché américain. Bad Bunny a conquis la planète en restant exactement là où il était : à Porto Rico, dans ses codes, sa langue et sa culture. 

On pourrait y percevoir une simple belle histoire comme l’industrie de l’entertainment sait en produire régulièrement. J’y vois plutôt un miroir tendu, doté d’une douceur un peu espiègle, vers nos organisations.

Chante en anglais… ou tais-toi à jamais 

Pendant des décennies, l’industrie musicale fonctionnait selon une règle simple : pour percer, un artiste latino devait chanter en anglais. Jennifer Lopez, Ricky Martin, Shakira, Marc Anthony… ; tous se sont pliés à cette exigence tacite, devenue une évidence. C’était le prix du billet d’entrée dans le monde fabuleux du worlwide entertainment. Personne ne l’imposait vraiment, rien n’était explicitement écrit, mais tout le monde l’appliquait. 

Bad Bunny n’a pas contourné la règle. Il l’a rendue inutile, non pas en la contestant frontalement, mais en produisant quelque chose d’assez puissant pour que le système accepte, contraint, de se reconfigurer autour de lui.

Viens comme nous sommes 

Dans l’entreprise, ce billet d’entrée existe aussi. Il ne se nomme pas « chanter en anglais », mais maîtriser les codes dominants de la culture d’entreprise, être à l’aise dans des cercles utiles, user habilement d’un vocabulaire qui rassure, savoir se vendre en interne. Bref, être capable de se livrer à des contorsions dignes des plus grands circassiens pour être acceptable auprès de ceux qui évaluent.

On appelle cela, pudiquement, « travailler son acceptabilité ». Le vocable est presque élégant. La réalité l’est beaucoup moins car il s’agit non plus de dépenser son énergie à créer, résoudre ou transformer, mais à anticiper les réactions, calibrer ses prises de parole, lisser ses désaccords… dans l’unique dessein de plaire.

Ce mode de fonctionnement, que l’on pourrait qualifier « d’inclusion conditionnelle » produit des collaborateurs lisses, consensuels, désengagés, tuant dans l’œuf créativité, singularité, compétitivité des équipes et, de facto, de l’entreprise. Bienvenue à toi, nouveau talent, à condition de te fondre dans notre moule et de parler notre langue, au sens propre comme au sens figuré.

Ah ça IA, ça IA, ça IA… ou pas

Bad Bunny a eu la chance d’évoluer dans un écosystème (celui des plateformes de streaming) qui ne filtre plus selon les codes d’antan. L’algorithme ne parle pas anglais. Il compte factuellement les écoutes, mesure la performance réelle, et n’a que faire de la conformité aux codes de ceux qui évaluent.

C’est exactement la promesse que l’IA fait aujourd’hui au recrutement et à la gestion des talents : dépasser l’intuition et les biais humains, voir des potentiels là où les filtres traditionnels sont aveugles.

Cette promesse est fragile car un algorithme n’est pas neutre. Il apprend de nos données, de nos décisions passées, de notre propre définition, souvent étriquée, de ce qu’est un « bon » parcours ou un « bon » profil ».

Déployer de l’IA sans interroger ces données revient à automatiser l’acceptabilité et industrialiser le billet d’entrée.

L’enjeu pour la fonction RH n’est donc pas technologique. Il est profondément politique au sens noble du terme : qu’est-ce que l’entreprise choisit réellement de reconnaître comme talent ? La capacité à performer … ou celle à entrer dans ses codes ? L’IA peut gommer ces derniers, à condition d’oser, d’abord, remettre en cause la norme que nous lui demandons d’apprendre. Solo queda.

Illustration : chaîne Youtube de Bad Bunny

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Auteur :

  • Manuelle Bermann

    Rédactrice en chef du média Parlons RH & Responsable pôle Content Marketing

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À propos de l’auteur

  • Manuelle Bermann

    Rédactrice en chef du média Parlons RH & Responsable pôle Content Marketing

    Spécialisée dans le digital, Manuelle est rédactrice en chef du média Parlons RH et anime le pôle Content Marketing de l’agence Parlons RH. Titulaire d’un diplôme d’école de commerce (NEOMA) et d’un master 2 en journalisme (CELSA), elle met à la disposition des acteurs RH sa double expertise. Avant de rejoindre la Team, Manuelle a été directrice marketing dans les médias et l’e-commerce, puis journaliste indépendante. Sa devise : « l’intelligence, c’est la faculté d’adaptation ». Son credo : accompagner, écrire, convaincre.