France Travail a publié à la fin du mois de mars une infographie consacrée à la situation des femmes inscrites comme demandeuses d’emploi. Un des enseignements majeurs qu’il faut retenir : les chercheuses d’emploi, de plus en plus diplômées, accèdent moins rapidement à un emploi que les hommes. Si les choix d’orientation professionnelle restent très genrés, ce n’est pas la seule explication possible. La rédaction de Parlons RH a sélectionné trois données clés de cette infographie pour vous aider à y voir plus clair.
48,2% des personnes inscrites à France Travail sont des femmes
Ce chiffre, de la fin d’année 2025, est stable depuis cinq ans. Rien de spectaculaire à première lecture, donc. Pourtant, c’est un point de départ utile et il mérite qu’on s’y arrête un instant : les femmes représentent presque une personne inscrite sur deux à France Travail. Elles ne sont donc pas un “cas à part” dans les statistiques du chômage.
Un autre chiffre permet d’affiner un peu ce portrait. 54,4% des femmes inscrites à France Travail ont exercé une activité professionnelle au cours du mois, dans le cadre des catégories B et C (activité réduite courte et longue). Chez les hommes, cette part descend à 45,6%. Concrètement, cela signifie que les femmes sont plus nombreuses à alterner périodes de recherche d’emploi et activité réduite. Plus qu’un détail, ce chiffre en dit déjà long sur la réalité de leurs parcours, moins linéaires, plus fragmentés.
Voici un dernier repère que vous devez garder en tête avant de passer à la suite : parmi les personnes inscrites à France Travail ayant un diplôme supérieur à Bac+2, 58% sont des femmes. La part a même progressé de 4 points depuis 1996. Les chercheuses d’emploi ne sont donc pas moins qualifiées, bien au contraire. Ce point mérite d’être posé tout de suite, car il évite un contresens facile : si les femmes reviennent moins vite à l’emploi, comme on va le voir ensuite, la réponse ne se trouve pas du côté du niveau de diplôme.
Un retour à l’emploi plus lent pour les femmes
Six mois après leur inscription à France Travail, 44,8% des femmes sont de retour à l’emploi, contre 50,4% des hommes. Cet écart ne disparaît pas avec le temps : 18 mois après leur inscription, 64% des femmes ont retrouvé un emploi, contre 69% des hommes.
Comment expliquer ce décalage ? S’il n’y a pas une seule bonne réponse, plusieurs pistes peuvent être avancées. Vous avez sans doute déjà vu passer l’idée selon laquelle tout se jouerait sur le niveau de diplôme. L’infographie montre pourtant l’inverse : les femmes inscrites à France Travail sont loin d’être moins qualifiées. Il faut donc regarder ailleurs.
Première piste de réflexion : les parcours sont souvent moins linéaires. On l’a vu dans la partie précédente, les femmes sont plus nombreuses à alterner recherche d’emploi et activité réduite. Ce type de trajectoire peut ralentir le retour à un emploi plus durable, ou simplement plus visible dans les statistiques. Une reprise d’activité existe parfois, mais elle ne prend pas toujours la forme d’un retour franc et immédiat.
Autre explication possible, plus structurelle : tous les emplois ne sont pas accessibles dans les mêmes conditions. Horaires atypiques, temps plein, mobilité, distance domicile-travail, amplitude de la journée… Sur le papier, une offre peut sembler ouverte à tous. Dans la réalité, elle ne l’est pas toujours. C’est particulièrement vrai quand la charge familiale, l’organisation du quotidien ou la garde des enfants pèsent davantage d’un côté que de l’autre.
Troisième piste à étudier : les femmes ne reviennent pas forcément vers les mêmes métiers que les hommes, ni vers les mêmes secteurs. Certaines professions offrent plus d’opportunités immédiates. D’autres recrutent, mais dans des conditions moins attractives ou plus précaires. C’est d’ailleurs ce que nous allons voir tout de suite : les recherches d’emploi des femmes restent encore très concentrées dans des métiers déjà largement féminisés.
La recherche d’emploi reste enfermée dans des trajectoires très genrées
Et c’est rien de le dire : 63% des femmes inscrites à France Travail recherchent des métiers dans lesquels les femmes sont déjà surreprésentées. Ce troisième chiffre est intimement lié à celui que nous venons de décortiquer ensemble dans la partie précédente.
Vous seriez tenté d’y voir un simple effet de choix individuel ? Pas si vite, la réalité est bien plus complexe. Les trajectoires professionnelles sont façonnées par l’orientation, les représentations, les expériences passées, les opportunités accessibles et, parfois aussi, par ce que l’on pense possible ou non à un moment donné de sa vie professionnelle.
Vous l’avez sans doute déjà observé autour de vous : certains métiers restent encore perçus comme plus “naturels” pour les femmes, quand d’autres continuent d’apparaître comme des terrains plus masculins. Ce phénomène a un nom : l’effet frontière, qui intervient lorsque plus de 60% de l’effectif d’un métier est uniquement masuclin ou féminin. En conséquence, les recherches d’emploi se concentrent souvent sur un nombre plus restreint de secteurs. C’est le cas, par exemple, des métiers du service à la personne et à la collectivité, des métiers du support à l’entreprise et des métiers du commerce et de la vente.
Le problème, c’est qu’un vivier plus étroit réduit inéluctablement le champ des possibles. Cela peut limiter les opportunités immédiates, mais aussi orienter vers des métiers plus exposés au temps partiel, à des conditions de travail plus contraignantes ou à des perspectives d’évolution plus limitées.
Le retour à l’emploi ne se joue pas uniquement sur la motivation, les compétences ou le nombre d’offres disponibles. Il se joue aussi dans la manière dont le marché du travail continue de répartir les rôles, parfois bien plus qu’on ne veut l’admettre.

Source : France Travail



