En 2025, la santé mentale a été érigée Grande cause nationale, plaçant pour la première fois le bien-être psychique au cœur du débat public et des priorités des organisations. En ce mois de décembre, si l’heure est venue de préparer les fêtes de fin d’année, c’est aussi l’occasion, pour la rédaction de Parlons RH, de faire le bilan. Entre prise de conscience, initiatives prometteuses et actions encore trop timides, retour sur douze mois qui ont ouvert la voie… mais laissent encore beaucoup à construire pour 2026.
Santé mentale, grande cause nationale 2025 : retour, en chiffres, sur une année de réflexions et d’expérimentations
2025 aura marqué un tournant : pour la première fois, la santé mentale a été hissée au rang de grande cause nationale par le gouvernement. À l’origine de ce choix, un constat quelque peu alarmant : l’état psychique de la population française n’a jamais été aussi préoccupant. En effet, 13 millions de personnes présentent un trouble mental chaque année1, et 53 % déclarent avoir traversé une période de souffrance mentale au cours des douze derniers mois, selon l’Ifop.
À cela s’ajoute un paradoxe : alors que la prévalence des troubles augmente, 70 % des Français estiment que la santé mentale reste un sujet tabou2. Dans les organisations, ce silence pèse particulièrement sur les plus jeunes. La génération Z, confrontée à un climat de polycrises (inflation, tensions géopolitiques, instabilité sociale), est l’une des plus fragilisées : 20 % de ses membres affirment avoir été tellement stressés qu’ils n’ont pas pu travailler pendant une période3.
Face à cette réalité, la grande cause nationale 2025 a été pensée comme une année de mobilisation collective, reposant sur quatre piliers :
- Déstigmatiser les troubles psychiques, pour libérer la parole et briser les préjugés ;
- Renforcer la prévention, grâce à la sensibilisation, au repérage précoce et à la formation du plus grand nombre ;
- Améliorer l’accès aux soins, en facilitant l’orientation et la prise en charge sur tout le territoire ;
- Accompagner les personnes concernées, dans toutes les dimensions de leur vie : professionnelle, sociale, familiale.
Santé mentale : les initiatives du gouvernement qui ont marqué l’année 2025
Tout au long de l’année, les campagnes de prévention se sont donc multipliées, du côté des pouvoirs publics. Si la prise de conscience est bel et bien lancée, les actions tangibles, elles, se la jouent encore timides. Retour sur trois initiatives majeures qui ont tout de même marqué le paysage.
La Charte santé mentale au travail : un engagement symbolique… et opérationnel
Alors qu’un quart des salariés se déclarent en mauvaise santé psychologique, selon le baromètre Qualisocial, cette charte, lancée par l’Alliance pour la Santé Mentale en collaboration avec le gouvernement, invite les entreprises à dépasser la seule obligation légale de prévention pour inscrire la santé mentale dans une politique RH durable.
Concrètement, elle fixe quatre engagements à déployer dans un délai de trois ans :
- Sensibiliser et démystifier le sujet de la santé mentale ;
- Installer un cadre de dialogue sur la prévention, la qualité de vie, l’organisation et les conditions de travail ;
- Améliorer continuellement les conditions de travail ;
- Accompagner les situations individuelles.
Chaque organisation signataire s’engage en parallèle à assurer un suivi et une évaluation régulière des actions menées, puis à partager ses bonnes pratiques au sein du réseau de l’Alliance. Une démarche encore volontaire, mais qui pose un cadre clair aux entreprises souhaitant structurer leur stratégie de prévention. Au 20 novembre dernier, on recensait plus de 170 entreprises signataires de cette charte, seulement trois mois après son lancement.
Mon Soutien Psy : un accès facilité à l’accompagnement psychologique
Autre dispositif phare de l’année, Mon Soutien Psy poursuit sa montée en puissance. Créé en 2022 pour faciliter l’accès à un psychologue, il a franchi un cap en 2025 avec des mesures destinées à le rendre plus lisible et plus accessible à tous. Parmi les évolutions marquantes de 2025, on retrouve :
- 12 séances remboursées par an, pour toute personne dès 3 ans présentant des troubles légers à modérés ;
- Fin du passage obligatoire chez le médecin depuis avril 2025 : un changement majeur pour fluidifier l’accès aux soins ;
- Tarif revalorisé à 50 €, avec une prise en charge de 60 % par l’Assurance Maladie ;
- Une campagne nationale, du 30 mars au 20 avril 2025, pour encourager le recours au dispositif et lutter contre la stigmatisation.
Avec ces évolutions, le gouvernement entend répondre à un enjeu central : lever les barrières financières, administratives et psychologiques qui freinent encore l’accès à un accompagnement adapté. Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 587 000 patients qui ont pu bénéficier du dispositif depuis son lancement.
La subvention RPS Accompagnement : un soutien financier pour les petites entreprises
Parce que la prévention des risques psychosociaux reste un défi majeur pour les TPE et petites structures, l’Assurance Maladie a renforcé en 2025 la subvention RPS Accompagnement. Destinée aux entreprises de 1 à 49 salariés, elle permet de financer l’intervention d’un consultant spécialisé pour les accompagner dans une démarche de prévention structurée. Deux types de prestations peuvent être pris en charge :
- Un diagnostic, incluant l’analyse des facteurs de RPS et l’élaboration d’un plan d’action ;
- L’accompagnement à la mise en œuvre des actions identifiées.
Le soutien financier est significatif : 70 % du coût HT, plafonné à 25 000 €, avec un minimum de 1 000 €. Une aide précieuse, donc, pour des structures souvent dépourvues de ressources internes dédiées, et pourtant particulièrement exposées aux risques psychosociaux.
Les initiatives santé mentale portées par les acteurs du marché RH
Si l’État a donné l’impulsion, les acteurs du marché RH n’ont pas tardé à s’emparer du sujet. Associations professionnelles, cabinets spécialisés, solutions dédiées à la santé mentale… 2025 a vu émerger (et se renforcer) une multitude d’initiatives destinées à soutenir les entreprises face à la montée du stress, de l’absentéisme et des burn-out.
L’ANDRH : une mobilisation constante pour accompagner les DRH
Première communauté de professionnels RH en France, l’ANDRH a intensifié son action en 2025 pour outiller les entreprises. Entre toutes les ressources mises à disposition des professionnels des RH, une initiative en particulier a retenu l’attention de la rédaction de Parlons RH : le parcours « Santé mentale, comment accompagner les collaborateurs ? », conçu en partenariat avec Alan.
Chaque semaine, du 15 février au 15 mars, les adhérents ont pu recevoir dans leur boîte mail un contenu exclusif pour mieux comprendre les enjeux de santé mentale et trouver les clés pour agir concrètement en entreprise. Au programme : des conseils et bonnes pratiques pour prévenir les situations de fragilité psychologique et accompagner les collaborateurs en souffrance.
Au-delà de ce parcours, l’ANDRH a enrichi l’année de nombreuses ressources : rappel des obligations de l’employeur en matière de prévoyance, partages de bonnes pratiques, et même des webinaires dédiés à des sujets encore trop invisibles, comme la prise en charge des collaborateurs victimes de violences conjugales. Un travail de fond qui illustre une tendance de plus en plus nette : la santé mentale est devenue une compétence à part entière pour les DRH.
Les initiatives privées et solutions RH pour lutter contre la mauvaise santé mentale
Face à l’épuisement professionnel, les acteurs privés innovent et proposent des réponses complémentaires à celles du secteur public. Parmi eux, on retrouve MoodHouse, ouvert très récemment, en novembre 2025. Pensé comme un lieu de répit et de reconstruction, MoodHouse propose des séjours « hors du quotidien », conçus pour prévenir l’épuisement ou accompagner le retour à l’équilibre après un burn-out. Les participants bénéficient d’un accompagnement pluridisciplinaire (psychologues, coachs, thérapeutes), d’espaces d’échanges entre pairs mais surtout d’un environnement propice à la déconnexion pour prendre soin de sa santé mentale.
En parallèle, l’écosystème RH a vu se renforcer l’adoption de solutions dédiées à la santé mentale, telles que Moka.care ou Teale, pour n’en citer que deux, devenues des partenaires clés pour les organisations souhaitant structurer leur démarche de prévention. Ces plateformes sont de précieux outils pour évaluer le bien-être des collaborateurs, identifier les signaux faibles, former les managers et bien plus encore. Pour beaucoup d’organisations, ces solutions constituent aujourd’hui un levier rapide pour poser les bases d’une véritable politique de santé mentale.
La santé mentale : grande cause nationale renouvelée pour 2026
L’annonce est tombée le 27 novembre dernier : la santé mentale restera Grande cause nationale en 2026. Une décision portée par Matignon, soutenue par l’ancien Premier ministre Michel Barnier et par la Commission Nationale de Psychiatrie. Le constat est sans appel : malgré une prise de conscience réelle en 2025, le sujet nécessite plus de temps, de moyens et d’actions concrètes pour produire un véritable impact. Selon le gouvernement, cette année a permis de « changer le regard sur la santé mentale ». La parole s’est libérée, les ressources ont gagné en visibilité, et les entreprises, comme le grand public, se sont davantage emparées du sujet.
Pourtant, les difficultés persistent sur l’ensemble du territoire : manque d’accès aux soins, disparités régionales, dispositifs encore méconnus, prévention insuffisamment structurée en entreprise… En 2026, le gouvernement annonce vouloir aller « plus loin » et rendre les initiatives « plus concrètes et plus visibles pour les Français ». Plusieurs axes prioritaires ont été définis :
- Renforcer la coordination interministérielle, afin que la santé mentale ne relève plus uniquement du champ de la santé, mais aussi de l’éducation, du travail, de la justice, du numérique, de la jeunesse, etc. ;
- Amplifier le soutien aux familles, aux associations et aux territoires, qui jouent un rôle essentiel dans la prévention et l’accompagnement des troubles psychiques ;
- Mieux faire connaître les ressources d’aide, encore trop peu identifiées, et faciliter leur mobilisation par les citoyens comme par les organisations ;
- Intégrer la santé mentale dans toutes les politiques publiques, y compris celles liées à l’entreprise : prévention des RPS, formation des managers, qualité de vie au travail, accompagnement des publics fragilisés.
Au terme de cette année placée sous le signe de la santé mentale, le constat reste contrasté. 2025 aura incontestablement permis de libérer la parole et de briser certains tabous autour de la santé mentale. Mais une prise de conscience, seule, ne suffit pas. 2026 devra s’appuyer sur les enseignements de cette première année pour voir fleurir des mesures concrètes et efficaces.



