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Paroles d'entreprise : trois mots tendance décryptés
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Paroles d’entreprise : trois mots tendance décryptés

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Dans l’univers de l’entreprise émergent régulièrement des mots tendance. Les anglicismes, notamment, pourraient faire à eux seuls l’objet d’un article dédié. Aujourd’hui, ce n’est pas à de nouveaux mots que nous nous proposons de nous intéresser, mais à l’évolution de la signification de trois termes depuis peu sur le devant de la scène RH. Pourquoi les mots « agilité », « disruption » et « sens » sont-ils aujourd’hui sur toutes les lèvres ? Décryptage.

 

Agilité : agile, oui, mais contorsionniste ?

C’est un effet collatéral de la digitalisation de nos vies et de nos modes de consommation : l’agilité s’est imposée comme le nouveau Graal des entreprises. Nous sommes entrés, en changeant de millénaire, dans une ère d’innovation perpétuelle où tout s’accélère : les nouvelles innovations remplacent plus rapidement les innovations précédentes, les désirs des consommateurs changent plus vite, les marchés évoluent à toute allure. Dans ce contexte, l’entreprise doit être plus adaptable, plus flexible, évoluer toujours plus rapidement sous peine d’être dépassée, voire de disparaitre : il lui faut anticiper le futur et s’y préparer.

Rien d’étonnant, dans ce monde où les forces vives de l’entreprise doivent actualiser en permanence leurs connaissances et compétences, à ce que les employeurs privilégient de plus en plus les soft-skills aux compétences techniques… Ni à ce que la « compétence naturelle » la plus demandée soit l’agilité. À l’instar de l’entreprise, le collaborateur doit démontrer sa capacité à s’adapter perpétuellement à un environnement toujours plus complexe et changeant.

Notons que la montée en puissance du mot agilité, par jeu de balancier, fait se raréfier un autre terme qui, il y a peu encore, était souvent utilisé dans les services RH : la polyvalence. Au fond, qu’est-ce concrètement que l’agilité attendue par l’employeur chez un salarié sinon une polyvalence améliorée, en d’autres termes une capacité à accomplir des tâches très différentes, mais qui évoluent sans cesse ?

Il va sans dire qu’ériger l’agilité en qualité numéro 1 des entreprises et des collaborateurs change profondément le rapport au travail. De façon positive, en permettant de rompre avec les routines et de créer un climat intellectuellement stimulant. Mais, aussi, de façon moins bénéfique.

Tout d’abord, plus l’exigence d’agilité est grande, plus elle reflète la volonté de l’entreprise de pouvoir imposer rapidement, quand elle le souhaite, des changements organisationnels et opérationnels, de remplacer des activités par d’autres, de faire évoluer des tâches et des métiers. Cela génère chez les salariés une « insécurité de la situation de travail », l’une des six catégories de RPS (risques psychosociaux) répertoriées par l’INRS : pour l’institut, en effet, l’insécurité de la situation de travail ne recouvre pas seulement l’insécurité économique (peur de perdre son emploi, contrat précaire…), mais « le risque de changement non maîtrisé de la tâche et des conditions de travail », qui fait peser une « incertitude sur l’avenir de son métier ».

Autre point qui mérite d’être soulevé : certaines qualités naturelles, comme la loyauté, sont elles aussi précieuses pour l’entreprise, surtout à l’heure où la fidélisation des talents représente un enjeu majeur. Cette loyauté n’est pas forcément antinomique de l’agilité, mais peut-elle être un trait de caractère fort chez des collaborateurs prêts à s’adapter à tout et à tous ?

Alors certes, l’agilité est aujourd’hui incontournable, mais il pourrait être dangereux pour l’entreprise de ne plus voir qu’elle, de ne tendre que vers elle et de la transformer en dogme. Les organisations doivent garder à l’esprit que certaines choses, par exemple une marque (commerciale, corporate ou employeur), ne se construisent et ne deviennent crédibles que sur la durée, en faisant preuve de beaucoup de constance.

 

Disruption : quand créer la rupture devient une fin

Innovation disruptive, formations disruptives, discours disruptif, position disruptive… Dans le langage de l’entreprise, c’est une véritable éruption de disruption !

Le dictionnaire Larousse livre de l’adjectif « disruptif » la définition suivante : « se dit de la décharge électrique qui éclate avec une étincelle ». Quant à la « disruption », elle n’y est pas encore entrée. D’après le Littré de 1874 le terme, qui vient du latin disrumpere (de dis-, préfixe, et rumpere, rompre), signifie « rupture, fracture ». La disruption, dans le monde professionnel, désigne une innovation provoquant une rupture.

Dans le milieu économique, le mot s’est répandu sous l’impulsion des premières start-ups à avoir utilisé le numérique pour transformer radicalement certains marchés (comme Uber celui des taxis ou Airbnb dans le secteur de l’hôtellerie). Les grandes entreprises – faisant preuve d’agilité – se sont emparées du mot et du concept que celui-ci recouvre désormais dans le monde professionnel : toutes s’efforcent aujourd’hui d’avoir des « idées disruptives », c’est-à-dire d’être pionnières en proposant des offres correspondant aux attentes générées par les nouveaux usages numériques. Et ainsi de disrupter les marchés existants que l’on croyait bien établis : voitures sans chauffeurs, téléphones sans touches, ou encore dispositifs injectant l’insuline de façon « intelligente » aux diabétiques sans aucune intervention de ces derniers, la disruption est en marche.

Mais le mot ne s’applique pas seulement à des produits ou des services en B to C. Dans toutes les fonctions de l’entreprise, il faut s’efforcer de trouver l’idée disruptive, celle qui apportera un progrès net, rapide et foudroyant. Quid de la disruption dans la fonction Ressources Humaines, dont tout le monde convient qu’elle doit se réinventer ? Être disruptif implique de sortir de la posture de gestionnaire, de regarder une problématique sous un angle différent, d’oser expérimenter. Un pas qu’il n’est pas toujours aisé de franchir ; car si rompre avec les anciennes pratiques est une chose, proposer une disruption qui fasse sens en est une autre.

 

Sens : la quête de sens, un challenge de plus pour les DRH

Cet article s’intéressant au nouveau sens donné à certains mots dans l’univers de l’entreprise, il serait dommage de faire l’impasse sur le mot « sens » lui-même ! Penchons-nous sur le sens de « sens » et sa recrudescence dans le langage professionnel actuel.

Le travail a-t-il encore du sens ? Poser la question, c’est déjà y répondre un peu, car le sens du travail devrait être évident ! Il faut croire qu’il l’est de moins en moins, sinon on ne parlerait pas autant de « sens du travail » et de « quête de sens » des collaborateurs. On ne parlerait pas, non plus, de « bullshit jobs ». Cette dernière expression est apparue il y a 5 ans, quand l’anthropologue américain David Graeber a posé dans une tribune les fondements de sa théorie sur les « jobs à la con ». Selon celle-ci, « la technologie a été mobilisée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus. Pour y arriver, des emplois effectivement inutiles ont dû être créés ». Les secteurs particulièrement visés par l’anthropologue ? Le management, le conseil, la finance et… les ressources humaines.

Pour synthétiser l’idée, l’économie se « bureaucratise » de plus en plus, car on demande toujours plus de normes, de processus, de sécurité. Selon Graeber, il suffit pour savoir si on exerce un bullshit job d’imaginer l’impact sur la société qu’aurait la disparition de son travail. Si on a l’impression que cet impact serait inexistant, le verdict tombe : bullshit job ! Le raisonnement est sans doute un peu simpliste, mais il est vrai que de nombreux métiers tertiaires (contrairement à des professions comme infirmière, boulanger, professeur, pilote de ligne, musicien…) interrogent ceux qui les exercent sous le prisme de leur utilité : qu’apportent-ils, au fond, à la communauté ? Pour nombre de salariés, la quête de sens nait de cette impression de flou quant à leur rôle dans la société.

Selon l’étude « Sens au travail ou sens interdit », réalisée par Deloitte et Viadeo pour Wisdom Paris, un salarié sur deux aurait choisi son métier pour répondre à une quête de sens au travail, mais plus d’un sur deux (56%) estime que le sens au travail se dégrade. Un phénomène confirmé par l’apparition, après le burn-out et le bore-out, du terme brown-out. Selon un article du JDN, « un salarié atteint de brown-out est un salarié n’ayant plus aucune énergie pour faire ce qu’il fait, pour la bonne et simple raison qu’il ne donne plus aucun sens à sa tâche, voire qu’il considère sa tâche comme étant à l’opposé de ce qu’il conviendrait de faire ».

Redonner du sens, tel est donc l’un des grands challenges des entreprises à l’approche de la décennie 2020. La tâche n’est pas facile, le sens étant de moins en moins à chercher dans l’activité de l’organisation, et de plus en plus dans la façon dont elle fonctionne. En effet, telle entreprise qui aujourd’hui fabrique des téléphones mobiles peut, demain, délaisser cette activité pour se concentrer sur une autre plus porteuse (la fameuse et indispensable agilité). En revanche, le mode de fonctionnement interne, l’organisation du travail, la qualité du dialogue social, le souci de l’écologie, et plus globalement toutes les pratiques liées à la QVT et à la RSE, mais aussi à l’expérience collaborateur, sont le reflet d’une croyance de l’entreprise en certaines valeurs. Ce sont ces valeurs qui seront perçues comme porteuses de sens par les salariés.

C’est donc en s’appuyant sur ces valeurs, authentiquement ressenties et partagées dans l’organisation, qu’il faudra chercher et trouver du sens au travail. On prendra garde, ce faisant, à bien définir ce qu’est une valeur. Au DRH de se saisir du sujet en s’appuyant pour identifier ses valeurs sur une vraie démarche de marketing RH, qui lui permettra de construire une plateforme de marque, puis de déployer dans un second temps une marque employeur crédible. Le succès d’une telle démarche implique, chez le DRH, de ne plus être dans la posture ou la recherche de certifications rassurantes en termes de communication, mais d’avoir une volonté réelle de replacer l’humain au cœur de l’entreprise. En passant, notons que replacer l’humain au cœur de l’entreprise pour que les collaborateurs retrouvent le sens de leur action est une mission qui, en elle-même, donne tout son sens à la fonction RH !

Osons, enfin, affirmer que la quête de sens au travail ne touche pas équitablement tous les échelons de salariés. Le sens du travail demeure avant tout une préoccupation de cadres supérieurs et/ou de collaborateurs avec des salaires élevés, comme l’explique fort bien un article du Figaro : « à un certain niveau de salaire, c’est le sens du travail qui importe : travailler dans une entreprise qui partage les mêmes valeurs, qui propose des missions qui ont du sens, animées par des dirigeants qui soutiennent et croient en leurs équipes ».

Est-il permis de penser qu’en dessous de ce niveau de salaire le premier sens du travail reste, pour des millions de salariés, de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur foyer ? Une étude que vient de produire ADP relève, ce qui n’est pas une grande surprise, que la rémunération est le premier facteur de motivation et d’engagement des salariés français (47 %) : un chiffre qui, d’après l’éditeur, « montre le pouvoir continu du salaire comme facteur émotionnel du bien-être au travail »…

 

Les mots reflètent toujours l’évolution d’une société. Nous n’avons ici abordé que trois des mots tendance aujourd’hui dans le monde professionnel, mais il en existe beaucoup d’autres. N’hésitez pas à nous donner votre avis sur les termes en vogue dans votre contexte professionnel, et sur ce qu’ils révèlent selon vous de l’évolution du travail et de l’entreprise. Pour l’heure, restez agiles et soyez disruptifs à bon escient… autrement dit, sans jamais perdre de vue le sens de votre action.

 

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Jean de LOŸS

Responsable éditorial - Concepteur-rédacteur chez Parlons RH
Jean sait dimensionner une prise de parole RH ou corporate grâce à des contenus à forte valeur ajoutée éditoriale ou créative. Il met à profit son expertise, acquise dans les meilleures agences de communication RH, B2B et dans la publicité, dans l’élaboration de tribunes, newsletters et messages impactants. Diplômé en langues, Jean est aussi doté d'un Master en communication.

2 Commentaires

  1. ADS94 le 28 juin 2018

    Bonjour, parmi les anglicismes “tendance”, on peut relever entre autres le terme “compliance”. De quoi s’agit-il ?

    • Jean de LOŸS le 3 juillet 2018

      Bonjour,

      D’après le Cercle de la compliance, la compliance se définit comme « l’ensemble des processus qui permettent d’assurer le respect des normes applicables à l’entreprise par l’ensemble de ses salariés et dirigeants, mais aussi des valeurs et d’un esprit éthique insufflé par les dirigeants ». La lecture de cet article vous aidera à mieux appréhender cette notion.

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