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Santé mentale au travail : indicateurs en progrès, malaise persistant

La santé mentale au travail progresse dans les chiffres. Sur le terrain, les fragilités, les inégalités et les tabous restent bien ancrés.

Publié le 31/03/2026

Mis à jour le 28/03/2026

Par Stéphane Varisellaz

La santé mentale au travail s’est imposée comme un sujet central dans les organisations. Derrière les prises de parole, où en sont vraiment les salariés français ? À partir d’une infographie réalisée par Moka.Care, issue de leur Grande Enquête sur la santé mentale au travail, menée aux côtés du Boston Consulting Group (BCG), du GHU Paris psychiatrie & neurosciences et du Groupe Ifop, la rédaction de Parlons RH vous propose de décrypter trois questions clés. Quel est aujourd’hui l’état réel de la santé mentale des salariés en France ? Les femmes et les hommes sont-ils touchés de la même manière ? Les préjugés autour des troubles psychiques et de l’accompagnement ont-ils la peau dure ? Analyse.

74% des salariés sont en situation de bien-être mental

À première vue, le chiffre pourrait presque rassurer. En 2026, 74% des salariés se déclarent en situation de bien-être mental, soit 4 points de plus qu’en 2025. Il y a donc une amélioration, et elle mérite d’être relevée. Dans un contexte où la santé mentale s’impose enfin comme un sujet majeur dans le monde du travail, voir ces indicateurs repartir légèrement à la hausse n’a rien d’anecdotique.

Toutefois, cette progression ne doit surtout pas raconter une histoire trop confortable. Dans le même temps, 7 salariés sur 10 déclarent avoir déjà ressenti au moins un trouble de santé mentale à cause du travail. Voilà qui change sérieusement la perspective. Le malaise n’est donc ni marginal, ni ponctuel, il s’est installé dans le quotidien du travail.

Les conséquences, elles, sont loin d’être anodines. Sur le plan humain d’abord, une santé mentale fragilisée ne se résume pas à un simple passage à vide. Elle peut entraîner une fatigue durable, des difficultés de concentration, une perte de motivation, un désengagement progressif ou des arrêts maladie. Fatalement, ce qui touche l’individu finit par déséquilibrer le collectif : tensions dans les équipes, absentéisme, turn-over, accidents du travail, baisse de la qualité… Quand la santé mentale se fissure, ce n’est jamais seulement une personne qui vacille. C’est souvent toute une organisation qui se dérègle.

Pour l’entreprise, la facture est bien réelle. Les absences répétées désorganisent l’activité, le turn-over oblige à recruter et reformer, les erreurs ou retards pèsent sur la performance, tandis qu’une marque employeur fragilisée finit par coûter cher en attractivité comme en fidélisation. La légère progression des indicateurs ne doit donc pas faire illusion. Les lignes bougent, certes. Mais en matière de santé mentale au travail, le vrai risque serait de croire trop vite que le plus dur est derrière nous.

38% des femmes déclarent avoir vécu du stress chronique à cause du travail, contre 25% des hommes

L’écart est trop net pour être traité comme une simple variation statistique. Tout d’abord, ce décalage ne relève pas d’une plus grande “fragilité” féminine, comme certains raccourcis paresseux pourraient encore le laisser croire. Il renvoie surtout à une accumulation de pressions, de contraintes et d’inégalités qui pèsent plus lourdement sur les femmes tout au long de leur parcours professionnel.

Il y a d’abord cette charge mentale qui ne s’arrête pas aux portes du bureau. Beaucoup de femmes doivent encore composer avec une double injonction tenace : être pleinement investies dans leur travail, tout en continuant d’assumer une part disproportionnée de l’organisation familiale, domestique ou parentale. Résultat : une tension continue, une sensation de surcharge, l’impression de devoir tenir partout, tout le temps, sans jamais pouvoir réellement relâcher la pression. À cela s’ajoutent des freins structurels identifiés, mais toujours bien présents : discriminations à l’embauche ou dans l’évolution de carrière, plafond de verre, accès plus compliqué à certains postes, sentiment de devoir prouver davantage pour être reconnue à égalité.

Le sujet devient encore plus sensible quand on regarde certaines réalités souvent sous-traitées dans les politiques RH. Harcèlement moral ou sexuel, violences subies dans ou hors du travail, retour de congé maternité vécu comme un moment de fragilisation plutôt que comme une étape normale de la vie professionnelle, monoparentalité massivement portée par les femmes, manque de soutien dans des périodes de bouleversements comme la grossesse, le post-partum ou la ménopause… Sans oublier les conditions particulièrement éprouvantes de nombreux métiers très féminisés, souvent marqués par une forte intensité émotionnelle, une faible reconnaissance et peu de marges de manœuvre. Bref, si les femmes déclarent davantage de stress chronique, ce n’est pas parce qu’elles “gèrent moins bien” la pression. C’est surtout parce qu’elles sont encore trop nombreuses à devoir en absorber davantage.

29% des salariés pensent que consulter un psychologue est un échec

Parler de santé mentale au travail progresse. Demander de l’aide, beaucoup moins. C’est bien là que le bât blesse : 29% des salariés considèrent encore que consulter un psychologue est un échec. Plus inquiétant encore, 32% estiment que les troubles psychiques sont un signe de faiblesse. On n’est pas sorti de l’auberge.

Dans beaucoup d’organisations, tenir bon reste plus valorisé que reconnaître ses limites. On accepte plus facilement qu’un salarié dise qu’il est fatigué ou stressé. Dès qu’il s’agit d’un accompagnement psychologique, le regard change. La peur d’être jugé, de paraître moins fiable, moins solide, moins capable, reste bien présente. Comme si demander de l’aide revenait à admettre une faille. Comme si consulter un professionnel fragilisait d’un coup la crédibilité d’un salarié. Ce regard-là est redoutable, parce qu’il pousse à se taire.

Or consulter un psychologue n’a rien d’un aveu d’échec. C’est souvent tout l’inverse. C’est reconnaître qu’une situation mérite d’être prise au sérieux avant qu’elle ne s’aggrave et choisir de mettre des mots sur ce qui pèse, de prendre du recul, de retrouver des marges de manœuvre. Bref, c’est un acte de lucidité, pas un signe de faiblesse. Tant que cette démarche restera entachée de honte ou de suspicion, les entreprises auront beau afficher de bonnes intentions, elles continueront de buter sur le même plafond invisible. La santé mentale progressera vraiment au travail le jour où demander de l’aide sera reconnu comme une démarche responsable, parfois nécessaire, souvent salutaire.

Les chiffres progressent. Tant mieux. Mais la santé mentale au travail ne se réglera ni avec des discours rassurants, ni avec des tabous bien rangés sous le tapis. Le vrai progrès commencera quand les entreprises arrêteront enfin de confondre résistance, silence… et performance.

Santé mentale au travail : indicateurs en progrès, malaise persistant

Source : Moka.Care

Illustration : Shutterstock / Bigyy

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À propos de l’auteur

  • Stéphane Varisellaz

    Content Manager RH chez Parlons RH

    Stéphane a développé son appétence pour la création de contenus au cours de plusieurs expériences variées, en start-up et en agence. Passionné par l’univers des ressources humaines, tout particulièrement par la marque employeur et le recrutement, il officie chez Parlons RH en qualité de Content Manager. À la suite de sa licence Économie-Gestion, il obtient un Master 2 en Communication et Management du sport à l’ESG Management School de Paris.