En cette semaine consécutive au 8 mars, la Rédaction de Parlons RH met les femmes à l’honneur dans la Revue du web. Le tableau n’est pas franchement réjouissant, c’est vrai. Mais c’est précisément en regardant ces réalités en face que l’on peut espérer faire bouger les lignes. Au programme : on commence avec celles qui veulent aller plus haut… dans la hiérarchie, et ce constat en demi-teinte : les quotas font avancer la parité dans les comex, mais les postes de DG et de PDG restent encore largement hors de leur portée. On poursuit avec le poids des mots, ou plutôt celui de ces petites phrases qui sapent la confiance, entretiennent les biais et freinent les carrières sans toujours en avoir l’air. On s’arrête ensuite sur la ménopause, sujet trop peu traité alors qu’il pèse très concrètement sur les parcours professionnels et les retraites. On enchaîne avec la tech, où certaines entreprises peinent encore à retenir leurs talents féminins, freinés par des environnements de travail parfois peu inclusifs. Puis direction le marché du travail, où vieillir n’est vraiment pas une sinécure pour les femmes. Pour finir, le chiffre de la semaine rappelle qu’en matière de santé mentale aussi, les femmes paient le prix fort. Bonne lecture… quand même 😉 !
[ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES] Pour aller plus haut, aller plus haut…
Depuis le 1er mars, les entreprises de plus de 1 000 salariés doivent compter au moins 30% de femmes dans leurs instances dirigeantes. La France ne fait pas totalement figure de mauvais élève. Comme le raconte Le Parisien, ce seuil est déjà quasiment atteint dans les grands groupes, avec une progression très nette depuis la loi Rixain de 2021. Le message est simple : quand la loi impose, les entreprises bougent. Et plutôt vite. Cependant, attendez un peu avant de sabrer le champagne. Si les comex se féminisent, le sommet du sommet reste encore très masculin : les postes de DG ou de PDG demeurent largement hors de portée de la gent féminine. En clair, on progresse sur la photo d’ensemble… mais beaucoup moins sur les postes qui concentrent vraiment le pouvoir. Le véritable enjeu commence donc maintenant : transformer l’effet quota en trajectoires durables, et faire en sorte que la féminisation ne s’arrête pas à la porte du bureau du patron. Je lis l’article
[MANAGEMENT] Le poids des mots, le choc des lourdauds
Le sexisme au travail ne prend pas toujours la forme d’un clash frontal. Pour Courrier Cadres, Frédérique Picard Le Bihan, fondatrice de DareWomen, décortique ces phrases qui minent les trajectoires professionnelles des femmes, qu’elles viennent des autres… ou d’elles-mêmes. D’un côté, les réflexes d’auto-censure, cette façon de s’excuser trop vite, de minimiser son expertise ou d’attendre d’être irréprochable avant d’oser. De l’autre, les remarques sexistes à peine déguisées sur l’autorité, la maternité ou le leadership, qui installent un doute insidieux là où il devrait y avoir de la reconnaissance. Ces formulations ne sont pas de simples détails de langage : elles façonnent des postures, entretiennent des biais et finissent par peser très concrètement sur les carrières. Frédérique Picard Le Bihan ne s’arrête pas au constat et partage avec nous des réflexes utiles pour réagir : recadrer calmement, poser ses limites, affirmer une décision ou cesser de s’excuser quand il n’y a pas lieu. Bref, reprendre sa place. Je lis l’article
[SANTÉ AU TRAVAIL] Ménopause : un tabou qui coûte cher
On parle souvent de la ménopause comme d’un sujet de santé. Beaucoup moins comme d’un sujet de carrière. Et pourtant. L’article de Senior Actu le rappelle sans détour : en entreprise, ce tabou ne se contente pas de compliquer le quotidien, il peut aussi rogner la future retraite de millions de femmes. Symptômes tus, arrêts de travail, passages à temps partiel, promotions refusées ou départs anticipés : tout cela finit par peser lourd sur les trajectoires professionnelles… et donc, fatalement, sur la pension de retraite. Ce qui frappe, c’est à quel point le sujet reste absent des politiques RH, alors même qu’un récent rapport parlementaire a enfin commencé à le traiter sérieusement. Intégration de la ménopause dans la visite médicale de mi-carrière, guide pour les managers, meilleure prise en compte dans les parcours professionnels… des pistes existent, et elles changeraient déjà beaucoup de choses. Au fond, la vraie question est peut-être celle-ci : combien de carrières continue-t-on d’abîmer simplement parce qu’on refuse encore de mettre des mots sur ce que vivent les femmes ? Je lis l’article
[EMPLOI] La tech peine toujours à garder ses talents féminins
En Europe, les femmes ne représentent plus que 19% des effectifs dans les métiers technologiques, ce qui représente une baisse de 3 points versus l’année dernière. La première explication tient en deux mots : culture d’entreprise. Sexisme, besoin de prouver davantage que les autres, sentiment d’isolement ou encore progression plus difficile vers le management… À force, beaucoup décrochent. Le sujet est d’autant plus sensible au moment où l’IA redistribue les cartes : si les femmes restent à l’écart des fonctions les plus exposées à ces transformations, elles risquent aussi de rester à l’écart des futures positions de pouvoir. La bonne nouvelle, c’est que le rapport propose aussi des leviers très concrets présentés dans cet article signé Euronews, tels que suivre de près la représentation des femmes, rendre les promotions plus justes, muscler le mentorat et créer de vraies passerelles vers les métiers de l’IA et les postes à responsabilité dans les entreprises technologiques. En clair, la question n’est plus seulement d’ouvrir la porte. Il faut aussi arrêter d’organiser, parfois sans le dire, les conditions de la sortie. Je lis l’article
[SENIORS] Être une femme plus âgée, tu sais c’est pas si facile
Vieillir sur le marché du travail n’a déjà rien d’une promenade de santé. Pour une femme, cela ressemble davantage à un chemin de croix. L’article de la RTBF présente une réalité brutale : les femmes seniors sont davantage discriminées que les hommes, aussi bien dans leur recherche de poste que dans leur évolution de carrière. Retour à l’emploi plus difficile, temps partiel plus fréquent, déclassement, mises à l’écart, plafond de verre encore et toujours bien présent… À mesure que les années passent, les obstacles s’accumulent. Le plus frappant, c’est que cette mécanique ne concerne pas uniquement les plus de 55 ans. Les jeunes femmes relèvent aussi plus souvent que les hommes des remarques dévalorisantes ou des discriminations liées à leur âge proférées à leur attention. Trop jeune, pas assez expérimentée. Trop âgée, plus tout à fait dans le coup. Entre les deux, les stéréotypes liés à la maternité, aux carrières jugées moins linéaires ou à une supposée moindre disponibilité continuent de peser lourd. Je lis l’article
📊 Le chiffre de la semaine : 25%
25% des femmes salariées se disent en mauvaise santé mentale, contre 19% des hommes. C’est l’un des signaux forts du baromètre “Santé mentale & QVCT 2026” réalisé par Ipsos-BVA pour Qualisocial. Le plus frappant, c’est que cette fragilité se concentre chez les plus jeunes : 29% des femmes de moins de 40 ans disent aller mal, contre 22% chez les 40 ans et plus. Les causes, elles, sont tout sauf abstraites : manque de temps pour soi, difficultés personnelles ou familiales, charge mentale, mais aussi un regard plus critique sur les relations de travail ou l’égalité en entreprise. En clair, la santé mentale des femmes ne se joue pas seulement au bureau. Elle se fragilise là où la vie pro déborde sur tout le reste.
💻 Le post LinkedIn de la semaine : L’emploi est-il encore genré en 2026 ?
France Travail nous donne la réponse. Derrière les discours sur la mixité, les choix d’orientation restent massivement marqués par le genre et les chiffres de cette infographie le montrent sans détour. 63% des femmes inscrites à France Travail recherchent des métiers où elles sont déjà surreprésentées, seules 8% s’orientent vers des secteurs davantage masculins, et dans le bâtiment, elles ne représentent que 3% des candidats. Ce que ce post met surtout en lumière, c’est que les inégalités ne commencent pas au moment du recrutement. Elles se construisent bien en amont, dans les représentations, dans les trajectoires d’orientation, dans cette difficulté à se projeter vers certains univers professionnels dès lors qu’ils apparaissent comme trop masculins ou trop féminins. France Travail parle d’« effet frontière ». L’expression est juste et rappelle une chose essentielle : tant que certains métiers resteront socialement codés, la mixité progressera à petits pas, pendant que les stéréotypes, eux, continueront d’avancer à grandes enjambées.
Illustration : Shutterstock / Olga Arminen & Sergey Mironov



