À l’occasion de cette #593ème Revue du web, les fantômes quittent les salles de cinéma pour s’inviter dans les processus de recrutement : et oui, les candidats maîtrisent désormais, eux aussi, l’art du ghosting. Bouh ! De son côté, la Gen Z fait de la résistance face à l’intelligence artificielle, parfois jusqu’à saboter discrètement les stratégies IA de son entreprise. “Je vous demande de vous arrêter” : non il ne sera pas question d’Edouard Balladur dans cet épisode mais bien des managers qui tentent de gérer les conflits d’équipes. Découvrez dans le 3ème article de cette Revue du web ce qu’il ne faut surtout pas faire (spoiler : attendre que “ça passe tout seul” ne fonctionne pas). En parlant de conflit, vous êtes plutôt team télétravail ou team bureau ? Avec leur dernière étude, l’Insee et la Dares viennent peut-être de signer le traité de paix de cette guéguerre qui dure depuis trop longtemps. P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non. On termine avec une nouvelle qui risque de vous bouleverser : on nous ment depuis des décennies. La curiosité, loin d’être un vilain défaut, serait en réalité une valeur positive du management. Le chiffre de la semaine s’intéresse quant à lui au grand écart entre l’image que l’on a de soi et celle que perçoivent réellement nos collègues. Allez courage… et bonne lecture !
[RECRUTEMENT] SOS Fantômes
Breaking news ! Les entreprises ont perdu le monopole de la maîtrise du ghosting, ce phénomène qui consiste à ne plus donner de nouvelle pendant le processus de recrutement. Capital a mené l’enquête et désormais, les candidats aussi se prennent pour Casper le gentil fantôme. Le ghosting peut prendre plusieurs formes : lapin posé au premier entretien, silence radio après plusieurs échanges ou même évaporation totale après la signature du contrat. Abracadabra. Pour éviter ces disparitions en série, certains recruteurs misent sur plus de souplesse sur le créneau de l’entretien, sans imposer d’horaire, davantage d’échanges tout au long du processus ou, a minima, des rappels avant les entretiens. Les candidats seraient-ils simplement en train de rendre la monnaie de leur pièce à certains recruteurs adeptes du j’suis là – j’suis plus là ? Je lis l’article
[IA] La Gen Z fait de la résistance
On nous avait vendu la génération Z comme la meilleure amie de l’intelligence artificielle : née avec Internet, ultra-connectée, parfaitement à l’aise avec les outils numériques. Plot twist. Selon le rapport Gallup, Walton Family Foundation et GSV Ventures, relayé par Science & Vie, les jeunes actifs se montrent de plus en plus méfiants envers l’IA au travail. L’enthousiasme aurait chuté de 14 points en un an à cause des menaces qui pèsent directement sur leur apprentissage et leurs futurs postes. La résistance ne se limite pas aux discussions à voix basse à la machine à café. Une enquête de Writer et Workplace Intelligence révèle que près de la moitié des salariés issus de la Gen Z saboteraient les stratégies IA de leur entreprise : certains refusent d’utiliser les outils imposés quand d’autres truquent volontairement les évaluations de performance. Face à cette fronde, les entreprises ne semblent toutefois pas prêtes à lever le pied et la majorité des dirigeants interrogés envisageraient même de se séparer des salariés qui refusent d’utiliser l’IA. Au point de faire appel à Martin Lamotte, alias Super-Résistant, pour sauver la Gen Z ? Je lis l’article
[MANAGEMENT] “Je vous demande de vous arrêter”
Au début, ce n’est qu’un petit désaccord en réunion. Puis les regards deviennent plus lourds, les piques plus fréquentes et finalement, toute l’équipe est contaminée. Les Echos s’intéressent à ces conflits entre collègues que beaucoup de managers espèrent voir disparaître “naturellement”. Mauvaise idée, plus on laisse traîner, plus les tensions s’installent. Faut-il alors désamorcer ce conflit au plus vite ? Non plus. Vouloir réconcilier tout le monde dans l’urgence sans identifier la source du conflit revient à coller un pansement sur une jambe de bois. Parfois, le problème ne vient pas des personnes elles-mêmes mais d’une organisation floue, de responsabilités mal réparties ou d’objectifs qui se contredisent. Ne voyez toutefois pas le conflit systématiquement comme un échec managérial. Dans une équipe, il fait partie de la vie collective et peut révéler des problèmes déjà présents depuis longtemps. Le plus important reste donc de savoir quand et comment intervenir. Je lis l’article
[TÉLÉTRAVAIL] P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non
Le débat sur le télétravail ressemble à s’y méprendre à une guerre froide version entreprises : d’un côté ceux qui jurent qu’on ne travaille “jamais aussi bien qu’au bureau”, de l’autre ceux qui répondent depuis leur chez-eux en affirmant être plus efficaces au calme, loin de l’open-space. L’Insee et la Dares viennent peut-être de signer le traité de paix (et non, celui-là ne se transformera pas en jour férié). Leur étude, relayée par 20 Minutes, révèle que les entreprises ayant maintenu le télétravail après le Covid ont enregistré un léger gain de productivité. Rien de spectaculaire, mais suffisamment pour rappeler que le télétravail ne transforme pas automatiquement les salariés en binge-watchers professionnels. Moins de trajets, davantage d’autonomie, un environnement plus calme, un management plus efficace ou une meilleure organisation… plusieurs facteurs expliqueraient cette progression. Que tout le monde garde son calme : au-delà d’un certain seuil de télétravail, les bénéfices s’estompent et les problèmes de coordination commencent à pointer le bout de leur nez. Finalement, nous sommes encore loin d’un traité de paix officiel (et encore plus d’un nouveau jour férié). Je lis l’article
[MANAGEMENT] La curiosité est une jolie qualité
Pourquoi la curiosité est-elle injustement taxée d’être un vilain défaut ? Sans doute parce qu’elle évoque chez nous l’histoire d’Ève, qui croqua la pomme interdite, ou celle de Pandore, qui ouvrit la boîte contenant tous les maux. The Conversation défend l’idée que la curiosité est une valeur positive du management : être curieux, c’est une manière de prendre soin des autres. La curiosité stimulerait la créativité, renforcerait la coopération entre les équipes, améliorerait l’engagement des collaborateurs et favoriserait un climat de confiance et de sécurité psychologique. Rien que ça. Certaines entreprises commencent même à en faire une véritable valeur interne : encourager les collaborateurs à poser des questions, aller davantage sur le terrain, valoriser le droit à l’erreur ou encore recruter des profils capables d’explorer plutôt que simplement d’exécuter. Le fameux “pourquoi ?” pourrait bien devenir aussi important que le traditionnel “pour quand ?”. Je lis l’article
📊 Le chiffre de la semaine : 70%
Selon un sondage publié par BFM Business, près de 7 Français sur 10 avouent avoir déjà été sidérés par un feed-back au travail qui ne correspondait pas du tout à l’image qu’ils avaient d’eux-mêmes. Le plus fascinant dans l’histoire, c’est que deux tiers des actifs se pensent pourtant lucides sur leur propre personnalité. Entre l’image qu’on a de soi et celle que perçoivent les collègues, il y a parfois un canyon entier. Lorsque le décalage devient trop important, beaucoup préfèrent se défendre plutôt que d’écouter : certains remettent en cause la légitimité de la personne en face, d’autres se justifient immédiatement. En réalité, peu cherchent réellement à comprendre ce qui se joue derrière le feedback. D’où l’importance, aussi, de savoir formuler un retour : un feedback mal amené peut braquer durablement un salarié alors qu’un retour bien formulé peut parfois devenir un vrai levier de progression. Bonne chance.
💻 Le post LinkedIn de la semaine – L’IA a bon dos
Dans son post LinkedIn, Tanguy Bary s’attaque à une petite ritournelle que l’on entend de plus en plus souvent : “nous supprimons des postes à cause de l’IA”. Sauf que. Plusieurs entreprises ayant communiqué sur des licenciements liés à l’IA ont vu leur action lourdement chuter, signe que les marchés ne semblent pas totalement convaincus par le récit. Même Klarna, longtemps présentée comme l’un des symboles du “AI-first”, reconnaît aujourd’hui être allée trop loin et recommence à recruter. Et si l’IA servait surtout de bouc-émissaire ? Derrière certains discours futuristes se cacheraient en réalité des plans d’économies, des restructurations ou des corrections des sur-embauches post-Covid. Des grands classiques. L’intelligence artificielle permettrait surtout d’habiller tout ça avec un vernis d’innovation beaucoup plus vendeur. En somme, après le greenwashing, bienvenue dans l’ère de l’AI-washing.
Illustration : Shutterstock / Roman Samborskyi & renirabbani



