Accueil | L’emploi, le recrutement et l’attractivité : trois mots pour dire qu’on ne se comprend plus

L’emploi, le recrutement et l’attractivité : trois mots pour dire qu’on ne se comprend plus

Dans le marché du travail, l’État parle d’emploi, l’entreprise de recrutement, et le collaborateur, de travail. Trois mots, trois réalités.

Publié le 15/12/2025

Mis à jour le 15/12/2025

Par Thomas Chardin

Dans le grand théâtre du marché du travail, chacun parle sa langue.
L’État parle d’emploi, l’entreprise de recrutement, et le collaborateur, lui, parle de travail.
Trois mots, trois réalités, trois angles morts.

Pour les pouvoirs publics, l’emploi est une équation macroéconomique : des taux, des courbes, des millions de destins réduits à des indicateurs. On y compte des catégories de chômeurs, des emplois créés, détruits, aidés, mais rarement vécus. L’emploi, dans cette perspective, est une matière à administrer — une variable d’ajustement du PIB, plus qu’une aventure humaine.

Pour l’entreprise, le recrutement est une quête : celle du profil rare, du mouton à cinq pattes, du talent introuvable et insourcable. Quand elle échoue, elle incrimine “le marché qui manque de flexibilité”, “Le travail de France Travail”, “les candidats au mieux inadaptés, au pire inexistants” ou “les jeunes qui ne veulent plus bosser”. Le recrutement devient alors une mécanique frustrée, une chasse à l’équilibre impossible entre compétences, salaires et aspirations.

Et pour l’individu, le travail reste une expérience intime : un espace d’identité, de lien, parfois de survie. Le salarié ne parle pas de “marché” ni d’“offre d’emploi”, il parle de reconnaissance, de sens, d’utilité, de rythme de vie, de salaire.

Trois visions, trois légitimités, mais aucune congruence.
Et c’est bien là que le bât blesse.

Car si chacun regarde le travail par le bout de sa lorgnette, aucun ne voit l’objet dans son entier. L’État cherche à créer des emplois, les entreprises à combler des postes, les individus à trouver leur place. Or, ces trois mouvements devraient se rencontrer : ce sont les facettes d’un même objet, que l’on pourrait appeler la relation de travail — ou mieux encore, le pacte de contribution.

Un pacte, parce qu’il suppose un engagement réciproque.
De contribution, parce qu’il ne s’agit plus exactement de “donner de son temps contre un salaire”, mais de participer à une œuvre collective, à un projet qui a du sens.

Aujourd’hui, cette congruence est rompue.
Les politiques publiques parlent d’emploi comme on parle d’un stock.
Les entreprises parlent de recrutement comme on parle d’un manque.
Les salariés parlent de travail comme on parle d’un équilibre perdu.

On juxtapose des logiques sans jamais les aligner.
Le résultat : des tensions permanentes, des incompréhensions mutuelles, et le sentiment généralisé de vivre en absurdie.

Pourtant, si l’on y regarde bien, les trois cherchent la même chose : la mise en mouvement des énergies humaines.

L’État veut l’activité, l’entreprise veut la performance, l’individu veut l’accomplissement.
Mais ces trois forces ne tirent pas dans le même sens.

Ce dont nous manquons, ce n’est pas de talents ni d’emplois — c’est de résonance.
De cette capacité à faire vibrer ensemble les motivations du salarié, les besoins de l’entreprise et les ambitions de la société.
Tant que chacun joue sa partition sans écouter l’autre, la symphonie du travail sonnera faux.

Il ne s’agit donc plus de parler d’emploi, de recrutement ou d’attractivité, mais de retrouver le fil du travail vivant : celui qui relie les acteurs au lieu de les opposer.

C’est peut-être cela, le futur du marché du travail : un espace commun, où l’on cesse de compter les emplois, de chasser les talents, ou de fuir les entreprises, pour recommencer à faire œuvre ensemble.

Illustration : Shutterstock / julia.mlozano

Partagez cet article

Les événements

À propos de l’auteur

  • Thomas Chardin

    Dirigeant fondateur de Parlons RH

    Thomas est expert des Ressources Humaines et du Marketing. Il accompagne depuis plus de 25 ans les DRH et leurs partenaires dans l’intégration du digital dans leur stratégie de marque qu’elle soit employeur ou corporate. Il est par ailleurs spécialiste des technologies dédiées au management des RH, Vice-Président du Lab RH, Co-fondateur de HR Technologies France, senior advisor de start-ups RH, conférencier, intervenant au CNAM, Sciences Po Paris et à la Sorbonne. Il est l’auteur de « DRH, mission ou démission, 3 pistes d’action à l’heure du choix » aux éditions Diateino.