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Hélène Darroze : « La sensibilité, l’émotion et l’authenticité peuvent devenir de véritables leviers de leadership »

Hélène Darroze, cheffe étoilée, livre son regard sur les tendances qui redessinent le leadership à l’horizon 2026.

Publié le 11/12/2025

Mis à jour le 11/12/2025

Par Manuelle Bermann

Cheffe multi-étoilée, Hélène Darroze est l’une des figures emblématiques de la gastronomie française. Profondément attachée au terroir et aux produits cultivés dans le respect de la nature, elle défend une cuisine d’émotion, guidée par l’authenticité et la générosité. Des valeurs que l’on retrouve dans la façon dont elle dirige, accompagne et fait grandir ses équipes. Architecte des saveurs et bâtisseuse de collectifs, Hélène Darroze nous livre sa vision des tendances managériales 2026, fruit d’une expérience où le leadership s’exerce au cœur de l’exigence.

La tendance managériale de 2026, selon vous ?

Je crois que la tendance forte, et essentielle, c’est le management par la confiance. L’époque impose de lâcher le contrôle absolu et d’oser faire grandir ses équipes en leur donnant du sens, de l’autonomie et le droit à l’erreur.

Apprendre à déléguer, à ne pas vouloir tout faire soi-même, c’est accepter qu’une équipe possède sa propre force et sa propre dynamique.

Cela suppose de lâcher prise, de renoncer à l’illusion du contrôle permanent, et de reconnaître la valeur de chacun tout en restant garant du cap et de la vision collective.

Celle qui va droit dans le mur ?

Le management par la peur, ou celui qui pense que la pression suffit à faire grandir les gens. A mon sens, la terreur ne fait que rétrécir les talents.

Comment cultive-t-on l’esprit d’équipe lorsque tout le monde est sous tension ?

Par l’écoute et la communication. En service quand il y a un problème, cela ne sert à rien de crier. On trouve une solution, on répare et on échange ensuite calmement, lorsque la pression est retombée, afin de faire en sorte que cela ne se reproduise plus.

Vous avez dirigé des brigades d’hommes, dans un monde d’hommes. Qu’est-ce que les femmes apportent de plus au leadership ?

Le leadership ne se réduit pas à une question de genre. Ce qui fait la différence, ce n’est pas de chercher à « jouer » un rôle, en l’occurrence celui de l’homme dans un univers majoritairement masculin, mais d’assumer pleinement sa singularité. La sensibilité, l’émotion et l’authenticité peuvent devenir de véritables leviers de leadership, à condition de les revendiquer comme des forces et non comme des faiblesses.

Parmi les valeurs essentielles qui s’imposent à mon sens dans la direction d’équipes (qu’elles soient en cuisine ou en entreprise) figurent la générosité, l’humilité et le respect. Ce dernier est central dans ma façon de fonctionner et de manager : respect des collaborateurs, des partenaires, mais aussi de ceux à qui l’on s’adresse, clients ou convives. Lorsqu’il est incarné au quotidien, il irrigue naturellement l’atmosphère de travail, qui, par ricochet, gagne en sérénité et en engagement collectif.

Dans un environnement où la pression est forte, comme lors du fameux « coup de feu » en cuisine, le rôle du leader est de canaliser les tensions, sans jamais les amplifier. Le choix d’une communication apaisée, qui peut passer par le regard ou des gestes discrets plutôt que par la voix, favorise la concentration, limite le stress et permet à chacun de donner le meilleur de lui-même.

En résumé, je dirais que le leadership ne réside pas dans la reproduction de modèles existants, mais dans la capacité à créer les conditions d’un climat de confiance et de performance durable, en assumant pleinement son style, sa personnalité et ses valeurs.

Peut-on manager avec le cœur dans un univers aussi exigeant que le vôtre ?

Dans un univers aussi exigeant que le nôtre, on ne peut manager qu’avec le cœur. Dans le cas contraire, on s’effondre. Notre métier est certes une affaire de rigueur et de maîtrise, mais il est avant tout un univers d’émotions. Le cœur n’est donc pas une faiblesse, il est une force, un moteur.

Je rappelle souvent à mes équipes que nous sommes des marchands de bonheur. Deux fois par jour, les convives viennent chercher auprès de nous un moment spécial. C’est une responsabilité que nous portons ensemble, et qui suppose d’y mettre une part de nous-mêmes.

On ne peut pas espérer rendre les autres heureux au travail si l’on n’éprouve pas soi-même une vraie joie de vivre et de faire. C’est cette énergie qui se transmet et qui nourrit à la fois l’équipe et les clients. Manager avec le cœur, c’est donc maintenir ce cercle vertueux qui permet de concilier exigence, plaisir et performance.

La recette secrète d’une équipe performante et épanouie, selon vous ?

Elle tient en deux ingrédients majeurs : le respect et l’humilité.

Le respect, d’abord, car il constitue le socle de toute relation de travail saine. Respect des personnes, de leurs idées, de leur contribution, mais aussi du collectif que nous formons. C’est lui qui permet de créer la confiance et d’instaurer un climat de sécurité psychologique, indispensable pour que chacun ose prendre la parole, proposer, se tromper et apprendre. Sans respect, il n’y a ni sérénité, ni engagement durable.

L’humilité, ensuite, car aucune réussite n’est jamais acquise. Dans une brigade comme dans une entreprise, il faut accepter que tout soit toujours à recommencer, que chaque service, chaque projet, chaque performance se gagne à nouveau. L’humilité, c’est cette capacité à se remettre en question, à rester ouvert aux idées des autres, à apprendre en permanence. Elle protège de l’arrogance et rappelle que la réussite n’est jamais l’œuvre d’un seul, mais du collectif.

En combinant respect et humilité, on obtient une alchimie puissante : une équipe qui progresse sans cesse, qui garde le goût de l’effort et du dépassement, mais qui le fait dans un climat de bienveillance et de cohésion. 

Le management en cuisine a, encore aujourd’hui, une image très rigide. Que faudrait-il désapprendre pour mieux diriger ?

Il faudrait se détacher de l’idée selon laquelle le manager doit tout savoir, tout décider et tout dominer. Le manager, quel qu’il soit, n’est plus un chef d’orchestre avec une baguette de fer. C’est un passeur qui crée les conditions pour que chacun puisse exprimer son talent et contribuer à l’harmonie collective.

En cuisine, comme dans beaucoup d’autres environnements, la rigueur reste indispensable. Elle exige une certaine autorité et explique sans doute cette image de dureté associée au management culinaire. Mais rigueur ne doit pas être synonyme de rigidité. Mieux diriger, c’est comprendre que l’exigence et l’excellence ne se construisent pas contre les autres, mais avec eux. L’autorité trouve alors sa juste place, non pas dans la domination, mais dans la capacité à transmettre et à fédérer.

Enfin… si vous deviez coacher un DRH comme vous coacheriez un jeune chef : que commenceriez-vous par lui dire ?

Je lui dirais : soyez humble, à l’écoute et transmettez les valeurs d’exigence, de bienveillance et de respect qui sont les miennes et celles de mon groupe.

Illustration : Shutterstock / 5 second Studio

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  • Manuelle Bermann

    Rédactrice en chef du média Parlons RH & Responsable pôle Content Marketing

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À propos de l’auteur

  • Manuelle Bermann

    Rédactrice en chef du média Parlons RH & Responsable pôle Content Marketing

    Spécialisée dans le digital, Manuelle est rédactrice en chef du média Parlons RH et anime le pôle Content Marketing de l’agence Parlons RH. Titulaire d’un diplôme d’école de commerce (NEOMA) et d’un master 2 en journalisme (CELSA), elle met à la disposition des acteurs RH sa double expertise. Avant de rejoindre la Team, Manuelle a été directrice marketing dans les médias et l’e-commerce, puis journaliste indépendante. Sa devise : « l’intelligence, c’est la faculté d’adaptation ». Son credo : accompagner, écrire, convaincre.