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Burn-out : le mépris d’Éric Brunet

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Samedi dernier, Thierry Ardisson recevait Benoît Hamon pour parler de sa démarche de faire reconnaitre le burn-out comme une maladie professionnelle. En plateau, Éric Brunet, journaliste et animateur radio, se livre à un one man show ahurissant : le burn-out est la dernière trouvaille de la société actuelle pour ne pas bosser…

 

Pour celles et ceux qui auraient raté quelques épisodes, reprenons tout depuis le début : fin mai 2015, le ministre du Travail, François Rebsamen, a soumis à l’Assemblée Nationale son projet de loi sur le dialogue social. Le député des Yvelines, Benoit Hamon, a déposé plusieurs amendements pour faire reconnaître le burn-out parmi les 112 maladies professionnelles déjà recensées à ce jour en qualifiant ce mal-être comme une maladie des temps modernes. Si les députés soutiennent cette démarche à la majorité, le remboursement des soins ne serait plus pris en charge par la sécurité sociale, mais par les entreprises.

 

Le burn-out est-il vraiment une maladie ?

 

Avant de recevoir Éric Brunet en plateau, l’animateur Thierry Ardisson propose aux invités de visionner l’édito de Blako pour pouvoir ensuite participer au débat.

 

 

Dès le début du magnéto, nous apprenons qu’environ 3 millions de Français sont stressés par leur travail (ce chiffre provient du cabinet d’expertise Technologia agréé par le Ministère du Travail). Ce mal-être, qui peut être à la fois émotionnel, psychologique et physique, est la résultante d’un marché du travail sous pression permanente. Celle  des objectifs difficilement réalisables dans le but de booster la rentabilité des salariés ; des méthodes de travail qui ne cessent d’être chamboulées pour améliorer sans cesse la productivité et une nouvelle technologie qui nous rend joignables en permanence… difficile pour certain de garder la tête froide dans ces conditions. A ce titre je vous invite à lire le Silence des cadres de Denis Monneuse, sociologue poil à gratter des RH (Cet ouvrage a reçu le Stylo d’Or 2014 remis par l’ANDRH).

 

Oui, mais voilà, Stéphane Blakowski souligne les difficultés pour faire valider les amendements de Benoit Hamon :

  • Le burn-out n’est à ce jour pas reconnu parmi les  pathologies recensées dans le Diagnostic and Statistical Manual Of Mental Disorders (DSM-5) qui est le guide de référence pour tous les psychiatres : peut-on vraiment le déclarer comme une maladie ?
  • Les symptômes du burn-out ressemblent beaucoup trop à ceux de la dépression pour en faire une maladie à part d’autant plus que c’est le trouble mental le plus répandu actuellement en France : comment faire la distinction ?
  • Et pour finir, comment savoir si ce mal-être trouve ses origines dans la vie privée ou la vie professionnelle du salarié ?

 

« Moi j’ai une dizaine de copains qui disent qu’ils ont fait un burn-out. Moi je ris sous cape !»

 

De retour sur le plateau, Eric Brunet commence fort son intervention en disant d’emblée : « Benoit Hamon, avec un certain talent, finalement, rentre dans une idée très dominante de la gauche française depuis la fin du 19ème siècle disant que le travail ce n’est pas bien, ça abime voir même, ça tue. C’est donc une nouvelle porte d’entrée, le burn-out, très 3ème millénaire, très sympa, très moderne ».

 

Une minute plus tard, il affirme qu’à ce stade, le petit coup de fatigue de l’hiver pourrait être aussi reconnu comme une maladie professionnelle ! Puis il enchaine en disant que si le burn-out était officialisé comme étant une maladie professionnelle (qu’il considère à ce jour comme une « sous-dépression », car non reconnu par les psychiatres), cela serait une tragédie pour l’économie française, car tout le monde irait chez son médecin demander un arrêt médical simplement pour avoir terminé son travail à 19h pendant 8 jours… et il cite comme exemple, les jeunes de 25 ans en pleine forme qui peuvent obtenir assez facilement aujourd’hui un arrêt chez leur médecin en moins d’une minute (sic). Et pour justifier ses propos, il affirme que ça « arrange » son ami Antoine de dire qu’il est en burn-out simplement parce qu’il est au chômage, qu’il a une vie sociale compliquée et qu’il ne s’entend pas avec sa femme.

 

 Le débat se situe à partir de 21:50

 

Un profond mépris et une méconnaissance du sujet

Que retenir de cette intervention ? Sur les réseaux sociaux, quelques personnes ont grincé des dents…

 

 

La qualité de vie au travail est un des sujets qui préoccupent réellement les acteurs RH. Si on se base sur notre revue du web RH, c’est l’une des thématiques les plus plébiscitées par notre lectorat RH.

 

Début avril 2015, Deloitte et Cadremploi révélaient que pour 57 % des salariés français, la surcharge de travail est la première source de stress. Les principaux leviers d’influence pour améliorer la qualité de vie au travail ont même été identifiés :

 

 

Alors assimiler le burn-out à l’entreprise buissonnière est assez fort de café ! Quel est le rapport entre les deux ? Aucun ! Des abus, il y en aura toujours alors pourquoi assimiler tous les salariés à des tirs aux flancs potentiels ? Et puis, les jeunes de 25 ans ne vont pas tous chez le médecin pour avoir un arrêt médical d’autant plus qu’avec un taux de chômage de près de 25% chez les jeunes, c’est plutôt l’effet inverse qui se produit : ils recherchent du boulot !

 

Si le burn-out n’était qu’un effet de mode : comment expliquer les nombreux cas de suicide sur le lieu de travail ? Le dernier remonte au début du mois : Yannick Sansonetti, agent de maîtrise chez Lidl, s’est donné la mort dans l’entrepôt de son employeur : il ne supportait plus le stress généré par ses managers depuis deux ans. Ses collaborateurs sont unanimes sur les raisons qui l’ont poussé à commettre ce geste puisqu’ils vivent également ce stress au quotidien : n’est-ce pas un exemple typique de burn-out ? En minimisant ainsi les faits et les conséquences, parfois dramatiques, qui en découlent, Eric Brunet ne fait que culpabiliser les personnes qui se sont retrouvées dans cette situation en les pointant du doigt et en leur disant que ce ne sont que des fainéants ou des faibles… drôle de démarche !

 

Par ailleurs, si le sujet était soi-disant qu’une « tendance », n’est-ce pas un manque de respect pour tous les acteurs RH et DRH qui déploient leur énergie et consacrent du temps pour améliorer la qualité de vie au travail de chacun ? Il est vrai que les acteurs RH ont un planning tellement allégé que c’est plutôt « cool » d’avoir un petit sujet à la mode pour s’occuper un peu… La prévention des RPS est le 3ème défi des DRH en 2015 selon le « Baromètre Défis RH 2015 ANDRH Inergie pour Entreprise & Carrières ». Les risques psychosociaux représentent une réalité pour une entreprise de plus de 1 000 salariés sur 4 (25%) et un risque potentiel pour également une entreprise sur 5 (26%). La majorité des entreprises (51%) est donc confrontée à ce problème majeur de société.

 

Jean-Luc Odeyer, ancien dirigeant et DRH expliquait dans un article paru sur le site des Échos que le DRH d’aujourd’hui était probablement le futur RQVT (Responsable de la qualité de vie au travail) de demain : « C’est le dirigeant d’une entreprise qui donne le sens de la qualité de vie au travail. Cette notion est sous sa responsabilité. Le Top manager est bien celui qui donne le « la » sur ces questions. Il est le vrai responsable de la qualité de vie au travail. Le RH en tant que garant doit rester en éveil, car la mise en place et la faisabilité de cette qualité de vie au travail reposent en grande partie sur les épaules des équipes RH ». Ironie du sort, les RH eux-mêmes peuvent être victimes de ce fléau ! Aude Selly, ancienne DRH en a même fait un livre de son expérience douloureuse : « Je tiens à mettre l’accent sur le fait que les professionnels RH sont des victimes très fréquentes de cette pathologie et on doit aussi faire très attention à eux. Il faut leur permettre de s’exprimer. On s’occupe du mieux qu’on peut des salariés, mais qui se préoccupent de nous ? »

 

Il ne faut jamais oublier cette équation : une personne en situation de mal-être professionnel, c’est plusieurs victimes potentielles (collaborateurs, famille proche, etc.) et des conséquences multiples et parfois irréparables.

 

J’aurai aimé dans cette séquence que l’on aborde les questions du financement des entreprises pour aider les victimes, la prévention, etc. mais aussi des questions plus techniques : à quel moment on bascule dans une pathologie ? Comment faire la distinction entre une dépression et un burn-out ? Que faire en matière de prévention ? Comment nos pays voisins gèrent-ils ce mal-être ? Finalement, il n’en a rien été. Eric Brunet a préféré faire le show avec des approximations (aucun argument concret et chiffré) et en faisant des histoires personnelles de ses amis, une vérité absolue… triste spectacle auquel les téléspectateurs ont assisté et un moment qui ne rend vraiment pas hommage au journalisme.

 

A l’avenir, Thierry Ardisson, pour ce type de sujets, invitez des gens compétents sur le sujet ! Je n’ai vraiment pas compris l’intérêt de l’intervention d’Éric Brunet, car ce n’était ni du journalisme ni un vrai témoignage… un extrait d’un futur one-man-show peut-être ? Si, c’est le cas, ne comptez pas sur ma présence !

 

Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin sur le sujet :

 

 

Crédit photo :  © Canal+ / Salut Les Terriens

 

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Thomas LARRÈDE

Responsable du pôle Community Management chez Parlons RH
Spécialisé dans la communication digitale, Thomas accompagne les acteurs RH dans le déploiement de leurs stratégies de communication sur internet. Diplômé de deux Master II en Politique de communication (UVSQ) et Métiers de l’information et de la communication (Institut Catholique de Paris), il a également acquis une expertise en rédaction de contenus et en communication interne.

4 Commentaires

  1. François GEUZE le 1 août 2015

    J’adore les “Tontons flingueurs” et cette célèbre réplique … Les cons ça ose tout… c’est d’ailleurs à cela qu’on les r’connais. Une belle illustration non ?

  2. Thomas LARRÈDE le 2 août 2015

    C’est le fond de ma pensée mais je vais rester soft en disant que “Il y a beaucoup plus de sages ignorants que d’érudits sages…” (Robert Blondin) ! 😉

  3. Sansonetti Nicolas frère de Yannick SANSONETTI le 1 septembre 2015

    Cher Monsieur BRUNET,

    Il est trés rare que je manque une seule de vos émissions sur la radio.
    Je suis le frère de Yannick SANSONETTI qui s’est donné la mort à l’entrepôt de LIDL à Rousset dans les BDR le 29 mai 2015.

    Je vous propose de débattre avec moi et votre équipe quand vous le souhaiterez, sur votre radio.

    Cette proposition vous est faite sans aucune contre-partie, et bien volontiers.
    Je souhaite me battre pour faire avancer le débat sur le burn-out et vous m’en donnez l’occasion.

    Au plaisir, cher Monsieur,

  4. Thomas LARRÈDE le 1 septembre 2015

    Bonjour Nicolas, je vous conseille de prendre contact directement auprès de la station de radio RMC. Bon courage dans votre démarche et votre combat.

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